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La pression monte sur l'accès aux soins et Agnès Buzyn promet la création de l'équivalent de 800 généralistes

A l'occasion d'un déplacement d'Agnès Buzyn dans la Manche, un bilan d'étape du plan "Ma santé 2022" a été présenté, notamment sur le recrutement de médecins dans les territoires sous-dotés. Dans le même temps, une lettre ouverte d'une centaine de parlementaires de tous bords demande des efforts accentués en termes d'accès aux soins, notamment en matière de télémédecine.

A l'occasion d'un déplacement dans la Manche, le 3 mai, la ministre des Solidarités et de la Santé s'est longuement attardée sur la question des déserts médicaux et de l'accès aux soins, en visitant le pôle de santé libéral et ambulatoire (une maison de santé) de la Haye-du-Puits (1.500 habitants), la maison de service au public (MSAP) - future "France Service", évoquée par Edouard Philippe le même jour lors de son déplacement en Charente - dans les locaux de la communauté de communes de Carentan (23.000 habitants) et le centre hospitalier de Carentan. L'occasion, pour Agnès Buzyn, de présenter un dossier d'information d'une trentaine de pages, intitulé "Où en sommes-nous des mesures d'accès aux soins dans les territoires ?". Le document dresse un bilan d'étape du plan "Ma santé 2022". La ministre est également revenue sur la question dans une longue interview donnée au Journal du Dimanche du 5 mai.

Une tribune trans-courants signée par 120 élus

Il est vrai que la question des déserts médicaux et de l'accès aux soins a pris une place importante dans le Grand Débat national, qui n'était pas forcément envisagée à l'origine. Lors de sa conférence de presse du 25 avril, Emmanuel Macron a affirmé vouloir prendre en compte la question de l'accès aux soins et "ne plus avoir, d'ici à la fin du quinquennat, de nouvelles fermetures, ni d'hôpitaux ni d'écoles, sans l'accord du maire".

La pression monte en effet encore d'un cran du côté des élus, alors que le projet de loi Santé vient d'être adopté en première lecture à l'Assemblée nationale. Toujours dans le JDD du 5 mai, 35 députés, 60 sénateurs et 23 élus de tous bords (LREM, LR, Union Centriste, Liberté et Territoires, RDSE...) signent une tribune intitulée "Accès aux soins : le compte n'y est pas". Parmi les signataires figurent notamment quatre vice-président(e)s LREM de commissions de l'Assemblée nationale (mais pas celle des affaires sociales), Philippe Vigier, rapporteur (Liberté et Territoires) de la commission d'enquête de l'Assemblée sur les déserts médicaux, Catherine Morin-Desailly, présidente (UC) de la commission de la culture du Sénat, Marc-Philippe Daubresse, ancien ministre et sénateur (LR) du Nord ou encore Renaud Muselier, président (LR) du conseil régional de Provence-Alpes-Côte-d'Azur.

Le salut par la télémédecine ?

S'ils reconnaissent que "les solutions récemment proposées par les pouvoirs publics produiront leurs effets sur le long terme", ces élus estiment que "face à l'urgence de la situation, notre responsabilité collective est de tout faire pour mettre en œuvre des leviers d'action immédiats et efficaces pour les Français". Curieusement, la seule mesure évoquée dans la tribune pour faire face à cette urgence concerne le développement de la télémédecine, un sujet qui rend sans doute plus facile l'obtention d'un consensus transpartisan.

Les signataires affirment en effet que "concernant le remboursement de la téléconsultation, force est de constater que des blocages administratifs limitent la portée de ce remboursement qui n'est aujourd'hui pas à la hauteur des objectifs fixés". Pour ces élus, l'objectif des 500.000 actes de téléconsultations initialement prévus pour 2019 semble en effet "inatteignable" : seuls 7.939 actes de téléconsultation ont été remboursés en six mois selon les signataires, 10.500 selon le ministère de la Santé.

Les déserts médicaux "ne sont pas une fatalité"

Dans son interview au JDD, Agnès Buzyn affirme que les déserts médicaux "ne sont pas une fatalité, à condition de rendre l'exercice médical attractif. Les jeunes veulent travailler à la fois à l'hôpital et en libéral, dans un collectif. A peine 3% d'entre eux souhaitent exercer de manière isolée, ce qui était le modèle depuis des décennies". La ministre de la Santé se veut "pragmatique" et reste en revanche toujours opposée aux mesures coercitives sur l'installation des médecins : "La contrainte à l'installation, c'est contre-productif. Si on les oblige à aller là où ils ne veulent pas, il y aura des stratégies de contournement, comme aller vers des postes de salariés".

Le dossier présenté à l'occasion du déplacement dans la Manche recense l'ensemble des mesures engagées et présente leur état d'avancement. On retiendra notamment que 6.700 médecins ont bénéficié de bourses accordées par l'État ou l'assurance maladie en contrepartie d'une installation, du maintien ou de l'organisation de consultations dans des zones sous-denses (contrat de praticien territorial de médecine générale, médecine ambulatoire et contrat médical de remplacement).

Pour leur part, le nombre de maisons de santé pluriprofessionnelles a progressé de 37% depuis mars 2017 (1.246 fonctionnelles, plus 361 en projet), celui des centres de santé médicaux ou polyvalents de 21% (603) et celui des médecins agréés maîtres de stage universitaires de 17% (pour atteindre aujourd'hui un total de 10.700). De même, la proportion des médecins en cumul emploi-retraite est aujourd'hui de 10% de l'effectif total, un taux qui a doublé depuis 2011. Enfin, le nombre de projets de communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) a progressé de 25% entre décembre 2018 et avril 2019.

Trois millions de consultations "libérées" à l'horizon 2022

De façon plus large, le dossier indique que le développement des dispositifs de délégations de tâches et des coopérations entre professionnels de santé pour libérer du temps médical - qui doit permettre aux médecins de se recentrer sur les tâches nécessitant une expertise médicale et sur les prises en charge les plus complexes - devrait libérer environ trois millions de consultations à l'horizon 2022, soit "l'équivalent de 800 médecins généralistes supplémentaires pour prendre en charge de nouveaux patients".

D'autres dispositifs sont en cours de déploiement, comme le recrutement de 400 généralistes "dans les territoires frappés par la désertification médicale". Annoncée par le chef de l'État lors de la présentation de "Ma santé 2022", la mesure est opérationnelle depuis février, avec un premier volet de 200 postes à exercice partagé ville/hôpital (destinés à des médecins recrutés en tant que praticiens hospitaliers contractuels à temps partiel) et un second volet d'au moins 200 postes de médecins salariés en zone sous-dense ou quartier prioritaire de la ville, grâce à l'octroi d'une aide à l'équipement, d'une garantie financière et d'un accompagnement technique à des employeurs de différentes natures (collectivités territoriales, centres hospitaliers, centres de santé mutualistes...).

Quel calendrier pour la suite ?

Le dossier précise également les prochaines étapes de "Ma santé 2022" : publication des accords conventionnels sur les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et les assistants médicaux avant juin 2019 malgré les difficultés actuelles (voir notre article ci-dessous du 9 avril 2019), premiers financements de CPTS et d'assistants à partir de juin, réforme des contrats incitatifs "État", nouveau modèle de financement des hôpitaux de proximité, déploiement du "pharmacien correspondant" et entrée en formation des infirmières de pratique avancée en psychiatrie à l'automne 2019. Suivront alors le déploiement du dispositif de délivrance directe de certains médicaments par les pharmaciens en décembre 2019, puis, en juin 2020, la publication des premiers protocoles de coopération nationaux et la labellisation des premiers hôpitaux de proximité.

A noter : Agnès Buzyn a également donné des nouvelles de la mission sur le renforcement des soins de proximité, confiée à Sophie Augros, médecin généraliste et présidente du Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (ReAGJIR), à Elisabeth Doineau, sénatrice (Union centriste) de Mayenne et vice-présidente de la commission des affaires sociales, et à Thomas Mesnier, député (LREM) de Charente et médecin urgentiste. Cette mission, qui "a donné lieu à un premier rapport riche d’enseignements à l'automne 2018" (voir notre article ci-dessous du 17 octobre 2018), se poursuivra en 2019 et devrait aboutir à un rapport définitif dès le mois de juin.

 

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