L'automobile a perdu un tiers de ses effectifs entre 2010 et 2023
Les effectifs de la filière automobile (constructeurs et fournisseurs) ont chuté de 425.500 à 286.800 équivalents temps plein (ETP) entre 2010 et 2023, selon l'Insee. Soit un tiers en moins. Et la baisse est généralisée à tous les territoires, même si les départements du Nord, de l'Est mais aussi la Haute-Savoie figurent parmi les plus touchés.
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La filière automobile a perdu un tiers de ses effectifs entre 2010 et 2023, d'après une étude de l'Insee publiée le 12 février 2026. Une étude qui prend en compte l'ensemble de la filière, à savoir les constructeurs et les fournisseurs et qui donne un verdict sans appel : les uns comme les autres ont connu le même recul de l'emploi, à savoir une baisse de 35% pour les constructeurs (contre 1% seulement dans le reste de l'industrie manufacturière) et de 32% pour les fournisseurs. La filière est ainsi passée de 425.500 à 286.800 équivalents temps plein (ETP). Et les pertes d'emploi ne sont pas compensées par les entrées de nouvelles sociétés industrielles, qui ne représentent que 5.000 ETP. Elles sont particulièrement concentrées dans les secteurs de la métallurgie, de la chimie et des équipements électriques. Avec un recul de 20% des voitures neuves entre 2010 et 2023 sur le marché français, l'automobile traverse une période très difficile. A l'automne, les sénateurs avaient alerté sur un possible "crash de l'automobile française" (voir notre article du 17 octobre 2025). Il y a quelques semaines, l'Insee pointait déjà les principaux freins à l'activité de la filière, parmi lesquels, au-delà de la baisse de la demande, les coûts des matières premières et de l'énergie, les difficultés de recrutement, de financement et la réglementation (lire notre article du 3 décembre 2025).
Tous les territoires touchés par la baisse de l'emploi
La filière automobile est principalement implantée dans le nord et l'est de la France, notamment à proximité des sites des grands constructeurs (les Yvelines qui accueillent les usines PSA-Stellantis à Poissy et Renault à Flins-sur-Seine et plusieurs départements des Hauts-de-France, où se concentrent des sites d'assemblage). "Ces territoires sont aussi ceux où la baisse de l'emploi est la plus forte", indique l'Insee. Mais la chute de l'emploi est toutefois généralisée à tous les territoires. "Dans plus de trente départements, la filière a perdu plus de 100 ETP via des établissements appartenant à des sociétés dont l'activité a cessé, et même plus de 1.000 ETP dans plusieurs départements, dont la Haute-Savoie, détaille le document, ce département enregistre le plus grand nombre de fermetures, notamment dans la vallée de l'Arve, pôle historique du décolletage en France". Parmi les plus grandes baisses : les départements de Paris (-95% emplois entre 2010 et 2023), de Charente (-84%), des Bouches-du-Rhône (-73%), de Corrèze (-65%) et de Seine-et-Marne (-59%) notamment. L'Insee insiste : "Ces baisses sont bien spécifiques à la filière, elles ne reflètent pas une diminution généralisée de l'emploi industriel local". Quelques rares territoires sont toutefois en positif en matière d'emplois. C'est notamment le cas du département du Tarn, qui voit son emploi dans la filière augmenter de 96% entre 2010 et 2023.
Du potentiel du côté de l'électrique
A noter : les ouvriers peu qualifiés sont plus concernés par la baisse de la filière. Leur part dans l'emploi total de la filière est passée de 18% à 14% entre 2010 et 2023. Et sur la même période, la part d'ouvriers qualifiés est restée stable à 32%. L'Insee donne aussi des indications sur les leviers qui semblent avoir une influence sur l'évolution de l'emploi : "les fournisseurs les plus performants en termes de niveau de productivité du travail en 2010 ferment moins", et "lorsqu'ils maintiennent leur activité, ceux ayant investi le plus en 2010 en proportion de leur activité (ou chiffre d'affaires) dans la modernisation de leur outil de production voient leur emploi chuter moins fortement". Enfin, l'Insee signale qu'en 2023, les trois quarts des fournisseurs déclarent être effectivement impliqués dans la conception ou la production de véhicules électriques. Une orientation qui semble payante : la mutation actuelle vers les véhicules électriques s'accompagne d'après l'Insee d'importantes créations d'emplois dans le secteur des piles et accumulateurs au sein de nouvelles entreprises de la filière entre 2010 et 2023. "Les données provisoires suggèrent que cette dynamique se prolonge en 2025", souligne l'étude.
Les Hauts-de-France et les gigafactories
Les données de l'Insee sont en phase avec celles du cabinet Trendeo. Dans son dernier bilan de l'emploi et de l'investissement en France en 2025, publié le 5 février (lire notre article), le cabinet indique que le secteur automobile "reste structurellement destructeur d'emplois" sur la période 2009-2025, avec un solde cumulé de -56.000 emplois. "Les années 2009, 2012 et 2013 concentrent l'essentiel de la casse, sous l'effet des grandes restructurations de PSA et Renault, indique Trendeo, le constat dominant est l'omniprésence de la destruction d'emplois thermiques". Un phénomène qui touche toutes les régions, sans exception. Les plus touchées par les destructions d'emplois dans la filière sont l'Ile-de-France (-12.400), le Grand Est (-8.700), la Bretagne (-5.300) et la Bourgogne-Franche-Comté (-5.400). "Seule une région parvient à inverser la tendance : les Hauts-de-France, dont le solde total atteint +8.100 porté par les gigafactories de batteries, précise le cabinet, la concentration géographique des gigafactories dans les Hauts-de-France crée une asymétrie territoriale forte : la transition profite à une région, tandis que la casse se répartit sur l'ensemble du territoire".