Le millefeuille territorial et un pilotage défaillant pèsent sur le développement du tourisme
Un rapport d'information parlementaire pointe les freins au développement de l'économie du tourisme. Parmi ces freins : une politique publique jugée incohérente et inefficace, qu'elle vienne de l'État ou des collectivités.
© Aurélie Roudaut
Le millefeuille territorial et une gouvernance défaillante constituent des freins au développement de l'économie du tourisme en France, selon un rapport d'information parlementaire déposé le 7 octobre.
Si avec 102 millions de visiteurs étrangers la France est la première destination mondiale et si le secteur apporte une contribution économique de l'ordre de 7 à 8% du PIB, le tourisme français demeure fragile et ses performances inférieures à leur potentiel réel, assènent les rapporteurs Vincent Rolland (LR) et Alexis Jolly (RN).
Parmi ces fragilités, ils pointent l'extrême concentration sur certains territoires et certains secteurs de marché, notamment le haut de gamme, la sensibilité aux aléas géopolitiques et économiques, ainsi que l'intensification de la concurrence internationale. Surtout, ils regrettent que "le tourisme peine à être considéré comme une véritable industrie stratégique, bénéficiant d'une vision de long terme, d'une politique publique cohérente et d'un effort accru en faveur de l'investissement, de l'innovation et de la qualité de l'offre". Dans leur viseur : l'État et ses opérateurs, mais aussi les collectivités.
"Empilements de compétences inefficients"
"L'architecture des compétences en matière de développement du tourisme n'est pas critiquable en elle-même", assurent les rapporteurs. Alors que la loi fait du tourisme une compétence partagée entre les différents niveaux de collectivités, "chaque échelon exerce une fonction que les acteurs économiques auditionnés jugent la plupart du temps utile". Le rôle d'impulsion, de coordination et de régulation exercé par l'État n'est pas non plus rejeté en tant que tel. En revanche, le "manque de stratégie et des empilements de compétences inefficients" sont pointés par les rapporteurs.
Pour eux, il n'y a, dans la politique touristique française, "ni responsable déterminable, ni stratégie objectivable". Au sommet, "aucune autorité publique nationale n'apparaît en mesure d'arbitrer, en dernier ressort, les orientations stratégiques" alors que "le tourisme relève la plupart du temps d'un ministre délégué dont le portefeuille est rattaché à l'économie, sans direction d'administration centrale qui lui soit propre".
Budgets dilués, offre brouillée
Pour le porteur de projet, "l'absence d'interlocuteur unique" et la "multiplicité d'administrations dont aucune ne coordonne les autres" créent des situations où "plus personne ne semble véritablement en mesure d'arbitrer ou de décider", tandis que "le financement de la promotion du tourisme 'repose sur un empilement d'échelons territoriaux' dont le premier 'angle mort' est 'l'éparpillement et le manque de coordination : la superposition des structures dilue les enveloppes budgétaires et brouille la lisibilité de l'offre, faute de pilotage stratégique unifié'". Et le rapport d''illustrer : "La coordination entre les aéroports, Atout France, les comités régionaux du tourisme et les collectivités varie fortement d'un territoire à l'autre et demeure souvent ponctuelle [...]. Ce sont fréquemment les aéroports qui portent, lors des salons professionnels internationaux, la promotion de leur territoire auprès des compagnies aériennes ; or l'ouverture d'une ligne suppose de démontrer l'existence d'une destination structurée et commercialement attractive, ce qui requiert une mobilisation coordonnée de l'ensemble des acteurs locaux."
Parmi les autres freins au développement de l'économie du tourisme, le rapport cite un cadre juridique jugé ancien, excessivement lourd, éparpillé et, finalement, inadapté, mais encore des moyens financiers engagés par l'État qui ne supportent pas la comparaison internationale. Alors qu'en 2022, l'Espagne mobilisait 270 millions d'euros au seul niveau national, la Hongrie 136 millions d'euros et l'Irlande 111 millions d'euros, le budget total d'Atout France, toutes missions confondues, atteignait à peine 60 millions d'euros en 2025. "Cet écart de moyens, affirment les rapporteurs, contraint directement la capacité de l'opérateur à conduire la montée en gamme visée par l'objectif de 2030."
Refondre le code du tourisme
Parmi les dix-huit recommandations du rapport, on peut relever celles visant à refondre le code du tourisme afin de proposer "un régime cohérent et unique", à déroger au zéro artificialisation nette (ZAN) pour les projets touristiques structurants, à confier aux régions la décision sur les projets touristiques relevant des unités touristiques nouvelles (qui permettent de planifier les projets de développement touristiques en montagne), à désigner un ministre du tourisme de plein exercice, à instituer un guichet unique pour l'ensemble des procédures administratives, normatives et de financement, incluant l'accompagnement des collectivités, ou encore à adapter le droit du travail aux spécificités de la saisonnalité des métiers touristiques.