Le non-recours au RSA concerne plus d'un tiers des foyers éligibles, confirme la Drees
De 33 à 37% des foyers éligibles au revenu de solidarité active (RSA) ne le percevaient pas fin 2021, estime la Drees dans une nouvelle publication. Cette situation est passagère (un seul trimestre) pour les trois quarts des foyers concernés. Selon ces données, l'absence de non-recours représenterait "entre 41% et 46% de masse financière de droits au RSA en plus".
© Drees et AR
Fin 2021 en France métropolitaine, 561.000 foyers éligibles au revenu de solidarité active (RSA) ne le percevaient pas, estime la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, ministères sociaux) dans une analyse publiée ce 6 mai 2026. Ce non-recours correspond entre 33 et 37% de l'ensemble des foyers éligibles (selon le nombre total retenu : 1,7 ou 1,5 million), soit un niveau équivalent au taux de 34% estimé en 2018 (voir notre article).
Le montant du RSA non perçu est élevé pour 41% des foyers dits "non-recourants" : 400 euros ou plus par mois par unité de consommation. Ce montant est de 200 euros ou moins pour 42% des foyers concernés. Pour environ un quart de l'ensemble des foyers concernés (22 à 25%), la situation de non-recours observée au quatrième trimestre 2021 dure depuis deux ou trois trimestres.
Des profils et des causes de non-recours variés
La Drees fournit un éclairage sur les profils de ces foyers par rapport à ceux qui perçoivent effectivement le RSA. Il s'agit moins souvent de mères isolées (16%, contre 30% parmi les "recourants"), plus souvent de couples avec enfants à charge pour les montants de 200 euros ou moins (28%, contre 16% des foyers recourants) et à l'inverse plus souvent de personnes seules pour les montants de 400 euros ou plus (76%, contre 47%).
Les foyers concernés par le non-recours sont plus souvent propriétaires (26%, contre 9% parmi les bénéficiaires du RSA) et "résident moins souvent en quartier prioritaire de la ville (12% contre 23%), mais plus hors unité urbaine, c’est-à-dire hors des villes (15% contre 11%)". Les personnes de référence de ces foyers sont aussi plus diplômées, "plus souvent salariées (31%, contre 13% des recourants) ou travailleurs indépendants (22% contre 9%)" et "éligibles [au RSA] pour des périodes plus courtes". Ces foyers ont également un niveau de vie globalement plus élevé, même si "58% appartiennent à des ménages du premier dixième, soit les 10% de ménages les plus pauvres (contre 83% des foyers recourants)".
En écho avec ces profils variés, différentes causes de non-recours sont évoquées : manque de "connaissance de leurs droits" chez les plus jeunes, difficultés dans les démarches du fait de la dématérialisation, notamment pour les plus âgés, "distance physique et sociale plus élevée aux services publics et aux guichets" concernant les habitants de territoires ruraux, "trop faible gain à faire valoir leurs droits au regard des démarches à accomplir" pour les personnes les plus "proches du marché de l’emploi", ou encore "représentations sociales négatives associées au bénéfice de l’aide sociale".
La suppression du non-recours au RSA ne réduit le taux de pauvreté que de 0,2%
En l’absence de non-recours, 345.000 ménages pauvres, "comprenant 400.000 foyers sociaux" (un ménage, correspondant aux personnes qui partagent un même logement, pouvant contenir plusieurs "foyers sociaux" – un foyer social comprenant l'allocataire, un éventuel conjoint et d'éventuelles personnes à charge "au sens du RSA"), "verraient leur niveau de vie augmenter, en moyenne de 280 euros par mois", calcule la Drees. Toutefois, parmi ces ménages, "seuls 58.000 franchiraient le seuil de pauvreté monétaire" et le taux de pauvreté (qui s'est élevé à 14,5% en 2021) ne serait réduit que de 0,2 point. Cela s'explique en partie parce que "seuls 30% des ménages pauvres sont éligibles au RSA" - les moins de 25 ans, sauf s'ils sont jeunes parents, n'y ont pas droit et les personnes âgées et personnes handicapées sont respectivement éligibles au minimum vieillesse et à l'allocation aux adultes handicapés.
La Drees a enfin calculé la "masse financière" que représenterait l'absence de non-recours au RSA : une dépense trimestrielle supplémentaire "estimée autour de 630 millions d’euros, soit entre 41% et 46% de masse financière de droits au RSA en plus". De l'ordre de 2,5 milliards d'euros en plus sur une année telle que 2021.