Dépenses départementales d'aide sociale en 2024 : une hausse de 4,5% et de fortes disparités dans tous les domaines

Soutenues par la protection de l'enfance et le soutien aux personnes handicapées, mais aussi par l'aide aux personnes âgées, les dépenses brutes départementales d'aide sociale ont fortement augmenté en 2024 pour atteindre 48 milliards d'euros. Les données départementales illustrent la grande diversité des tendances, reflet de configurations territoriales spécifiques et de choix politiques marqués. 

Les dépenses brutes d'aide sociale départementale ont atteint 47,8 milliards d’euros en 2024, ce qui représente une hausse de 4,5% par rapport à l'année précédente, selon les données consolidées publiées – aux niveaux national et départemental – le 17 avril 2026 par la Drees (direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, ministères sociaux). Après déduction des récupérations et recouvrements (mais avant déduction des financements de l'État via la CNSA, le FMDI et la TICPE), les dépenses dites nettes des départements se sont élevées à 45,5 milliards d'euros (+ 4,1% par rapport à 2023). 

Comme en 2023 (voir notre article) et malgré un ralentissement dans l'augmentation du nombre de bénéficiaires (voir notre encadré ci-dessous), c'est la dépense de protection de l'enfance qui a connu la hausse la plus importante. Elle augmente de 6,7% en 2024 pour atteindre 11,7 milliards d'euros. "Cette progression nationale recouvre toutefois des disparités territoriales importantes", souligne la Drees, avec des hausses particulièrement importantes dans les départements de Guyane (+ 23%), la Haute-Loire (+ 24%), les Côtes-d'Armor (+ 41%) et les Hautes-Alpes (+ 59%). Les dépenses d'aide sociale à l'enfance (ASE) ont à l'inverse diminué dans les départements de Martinique, de la Somme, des Pyrénées-Orientales, de l'Orne, du Loir-et-Cher et du Jura. 

Avec une hausse de 6,2%, l'aide aux personnes handicapées est l'autre poste qui tire la dépense totale vers le haut. Le montant brut est de 10,9 milliards d'euros en 2024, dont 6,8 milliards d'aide à l'accueil en établissement (+ 4,6%) et 3,3 milliards de prestation de compensation du handicap (PCH) en hausse de 10,5%. Là encore, les évolutions sont très contrastées, entre des hausses de la PCH supérieures à 20% dans les départements de Guadeloupe, du Tarn, des Landes, de la Haute-Garonne, d'Eure-et-Loir et de la Creuse et des diminutions dans plusieurs départements dont les Bouches-du-Rhône et la Drôme. 

Atteignant 9,2 milliards d'euros en 2024, la dépense d'aide aux personnes âgées progresse quant à elle de 4,1%. Représentant les quatre cinquièmes de cette dépense, l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) augmente à un rythme similaire (+ 4,2%) du fait de "l’augmentation du nombre de bénéficiaires, la revalorisation des salaires des professionnels des services d’aide et d’accompagnement à domicile ainsi que la hausse du tarif national minimum de ces services", précise la Drees. 

Enfin, le plus gros poste de dépense sociale, l'insertion autour notamment du revenu de solidarité active (RSA) représentant 11,5 milliards d'euros, est celui qui a le moins augmenté en 2024 : + 1,3%. La Drees rappelle toutefois que le périmètre a changé, puisque l'État prend actuellement en charge le RSA de Guyane, La Réunion, Seine-Saint-Denis, Pyrénées-Orientales et Ariège (voir notre article). En dehors de ces situations, les disparités entre départements existent comme dans les autres domaines : d'une baisse de 8% de la dépense dans la Creuse à une hausse de 11% dans le Cantal.   

› Aide sociale à l'enfance : les garçons et les 11-17 ans sur-représentés 

La Drees a également publié, le 20 avril 2026, ses données consolidées sur les bénéficiaires de l'ASE en 2024, sept mois après en avoir dévoilé les premières tendances (voir notre article). Fin 2024, 392.600 enfants et jeunes de moins de 21 ans étaient concernés par une mesure d'ASE, qu'il s'agisse d'une mesure de placement (57% des jeunes), d'une mesure d'action éducative (46%) ou des deux simultanément. Cela représente 2,4% de l'ensemble des enfants et jeunes de moins de 21 ans. Par rapport à 2023, année qui avait été marquée par un bond du nombre d'enfants protégés (voir notre article), la hausse est de 1,5%, avec des évolutions extrêmement contrastées d'un département à l'autre : d'une baisse de 18% dans l'Eure à une hausse de 20% dans les Deux-Sèvres. 

Les garçons sont sur-représentés ("54% des bénéficiaires d’une action éducative et 60% des jeunes accueillis, contre 51% au sein de la population générale du même âge"), de même que les jeunes de 11 à 17 ans (51% parmi les bénéficiaires de mesures d'ASE, contre 36% de l'ensemble des moins de 21 ans). La Drees souligne également une répartition différente des enfants confiés selon l'âge : "l’accueil familial reste majoritaire jusqu’à 10 ans" (63% des 3-5 ans, 54% des 6-10 ans) puis à partir de 11 ans "l’accueil en établissement devient plus fréquent (40% des 11-15 ans et 56% des 16-17 ans)". Au global, fin 2024, l'accueil familial était minoritaire (35% des enfants confiés), l'accueil en établissement le plus fréquent (40%) et les "autres modalités" (hébergements autonomes ou semi-autonomes, placements à domicile, placements auprès d'un accueillant durable et bénévole…) concernaient un quart des enfants confiés. 

 

Pour aller plus loin

Voir aussi

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis