Le renoncement aux soins progresse rapidement, alerte la Fédération hospitalière de France
La FHF rendait publique mardi 17 mars 2026 la troisième édition de son baromètre de l'accès aux soins, avec cette année des données par région. Selon les déclarations recueillies, les délais d'accès aux rendez-vous médicaux s'allongent, le renoncement aux soins progresse notamment chez les plus jeunes et le recours "injustifié" aux urgences est encore trop élevé. Il est urgent de "programmer" pour former davantage de médecins et répondre aux besoins, pour la Fédération qui insiste aussi sur le fait que les marges d'efficience se situent désormais au niveau de l'organisation territoriale du système de santé.
© Ipsos / BVA et AR
Depuis trois ans, à l'occasion du 17 mars 2026 considéré comme la date anniversaire de la crise du Covid-19, la Fédération hospitalière de France (FHF) publie son baromètre de l'accès aux soins. Conduite par l'institut Ipsos en février 2026, l'enquête porte cette année sur un échantillon de 2.500 personnes, représentatif de la population majeure de France métropolitaine et permettant des comparaisons entre régions.
Alors que l'accès aux soins s'est imposé comme un thème important de ces élections municipales 2026 (voir notre article), le baromètre met l'accent sur la généralisation de la "colère" des Français face au manque de moyens alloués à l'hôpital public (90% des sondés), de leur "révolte" face aux inégalités territoriales d'accès aux soins (85%), de leur "peur" de ne pas pouvoir accéder à des soins de qualité en cas de besoin urgent (73%) ou encore de leur demande d'un "investissement rapide et réel" dans le système de santé (89%). À un an de l'élection présidentielle, la déléguée générale de la FHF, Zaynab Riet, espère une prise de conscience, alors que "la campagne 2022 avait très peu abordé ces questions-là", a-t-elle souligné ce 17 mars lors d'une conférence de presse.
85% des 18-35 ans ont renoncé à au moins un soin ces cinq dernières années
Selon les déclarations recueillies dans le cadre du baromètre, le renoncement aux soins aurait progressé de 10 points en deux ans : 73% des personnes interrogées indiquent en 2026 avoir renoncé à au moins un acte de soin au cours des cinq dernières années, contre 68% en 2025 et 63% en 2024. Ce taux atteint 77% en Île-de-France et 76% en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie. Les plus jeunes sont davantage touchés : 85% des moins de 35 ans interrogés, contre 58% pour les 60 ans et plus.
Les délais d'attente pour obtenir un rendez-vous médical constituent le premier motif, dans plus de la moitié des cas, de renoncement à un acte de soin. Le baromètre met en évidence une tendance à l'allongement de ces délais entre 2019 (la question avait déjà été posée par Ipsos) et 2026 : deux semaines en moyenne pour un rendez-vous chez un généraliste contre quatre jours en 2019, quatre mois pour un dermatologue contre deux mois, trois mois pour un cardiologue contre un mois et demi, plus de trois semaines pour un pédiatre, deux mois pour un psychiatre ou un gynécologue… Seul le délai de rendez-vous pour un ophtalmologiste aurait diminué de deux semaines, selon ces déclarations, pour atteindre deux mois et trois semaines.
Une diversité de situations territoriales
Ces résultats sont déclinés par région, ce qui laisse apparaître des disparités importantes : de six semaines en Île-de-France à 20 semaines dans les Hauts-de-France pour un rendez-vous chez un psychiatre, ou encore jusqu'à six semaines pour un pédiatre et 13 semaines pour un gynécologue en Bourgogne-Franche-Comté. L'accès aux soins est devenu "l'un des principaux marqueurs des fractures territoriales dans notre pays", mais les spécialités manquantes ne sont pas les mêmes d'une région à l'autre, souligne la déléguée générale de la FHF.
Si les délais en Île-de-France sont à la moyenne ou en-dessous de la moyenne de la France métropolitaine, cela démontre que d'autres facteurs expliquent le renoncement aux soins, en particulier le frein financier qui concerne 40% des personnes interrogées. 38% évoquent enfin la distance du lieu de soin par rapport à leur domicile.
Recours injustifié aux urgences : encore un besoin de pédagogie
Le recours aux urgences est "encore trop souvent injustifié", met en évidence la FHF à partir des résultats de l'enquête : près de la moitié des personnes sondées (49%) déclarent s'être déjà rendues dans un service d'urgence "alors que la situation ne s'y prêtait pas", après 42% en 2019 mais 54% en 2024. Les jeunes sont davantage concernés (57% parmi les moins de 35 ans) que les plus âgés (41% des 60 ans et plus). Parmi les motivations évoquées pour ces passages aux urgences, certaines peuvent être liées aux difficultés d'accès aux soins : le fait de ne pas savoir à qui s'adresser (29%), l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous dans un délai acceptable (27%).
Mais d'autres sont bien plus "discutables" : la possibilité de réaliser tous les examens complémentaires sur place en cas de nécessité (27%) et même "l'habitude" d'aller aux urgences en cas de maladie (14%). Ainsi, au-delà de l'enjeu d'accès aux soins, des efforts de pédagogie sont encore nécessaires, juge la FHF.
"Les besoins augmentent plus vite que le nombre de médecins formés"
Pour améliorer l'accès aux soins dans un contexte d'accroissement des besoins du fait du vieillissement de la population, "la seule solution est de pouvoir programmer et de former plus de médecins dans les disciplines en tension, de travailler à l'aménagement du territoire, à l'organisation et au maillage du territoire pour faciliter l'accès aux soins", selon Zaynab Riet. Pour cette dernière, la loi de programmation en santé est demandée de façon unanime par les acteurs du système de santé. Aujourd'hui "on forme de plus en plus de médecins, pour autant les besoins augmentent plus vite que le nombre de médecins formés", alerte-t-elle.
Lors de sa conférence de presse de présentation, la FHF est également revenue sur les deux récents rapports publiés par les Inspections générales sur le système hospitalier et ses difficultés notamment financières (voir notre article). Le premier rapport "confirme très clairement le sous-financement des mesures nationales qui s'imposent aux hôpitaux", tout en sous-estimant le "sous-financement de l'inflation", affirme la déléguée générale. Une part importante des difficultés actuelles de l'hôpital public "ne résulte donc pas de dysfonctionnements internes mais de décisions nationales", poursuit-elle.
Quant au second rapport, il démontre selon elle que "les marges d'amélioration du système de santé se situent désormais essentiellement à l'échelle territoriale et de l'organisation globale du système de santé". Plus question donc, pour la FHF, d'avoir des attentes démesurées vis-à-vis de l'hôpital public qui tient bon dans un contexte particulièrement tendu.