L'Éducation nationale range l'uniforme au placard

Après deux ans d'expérimentation, l'uniforme à l'école ne sera plus cofinancé par le ministère de l'Éducation nationale. Malgré ce retrait, quelques collectivités ont décidé de maintenir le dispositif en prenant l'intégralité des coûts à leur charge.

Ils étaient apparus en grandes pompes, ils vont disparaître, pour la plupart, en catimini. Les uniformes à l'école – baptisés tenues "uniques" ou "communes" – ne seront plus financés pour moitié par l'Éducation nationale. Alors que de nombreuses collectivités s'interrogeaient sur la poursuite de ce dispositif expérimental lancé à la rentrée 2024-2025Localtis a appris mi-septembre 2026 auprès du ministère que cette expérimentation était "désormais arrivée à son terme" et que "les modalités de financement correspondaient au cadre prévu pour les deux années concernées". Traduction : l'Éducation nationale arrête les frais.

Cet arrêt n'est pas vraiment une surprise. Dans une évaluation de la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (Depp) du ministère publiée le 12 mai, on découvrait que durant la première année d'expérimentation le port de l'uniforme avait produit des effets limités sur le comportement des élèves et les apprentissages. L'évaluation soulignait également que la gestion matérielle des tenues avait constitué un défi majeur pour les collectivités et les établissements, et que, dans le second degré, la faible adhésion des élèves pouvait même constituer une source de dégradation du climat scolaire (lire notre article du 13 mai).

"On ne va pas s'entêter"

À la suite de cette évaluation, Édouard Geffray avait sobrement annoncé qu'un travail se poursuivrait au niveau académique avec les collectivités locales "pour voir si on poursuit le dispositif". Le 31 août dernier, interrogé par la presse régionale à la veille de la rentrée des classes, le ministre de l'Éducation s'était montré moins nuancé en déclarant : "Si ça ne marche pas, on ne va pas s'entêter. Nous n'avons pas besoin que tous les enfants de France aient le même t-shirt. Par contre, j'ai besoin qu'ils travaillent dans un climat scolaire serein. Si ça y participe localement, pourquoi pas." 

Comment interpréter cette dernière phrase ? Étant donné la décision de l'Éducation nationale d'arrêter toute participation financière, on peut la traduire par : les collectivités ont toute latitude pour mettre en place l'uniforme tant qu'elles en financent entièrement le coût.

La tenue unique inscrite dans le règlement intérieur

De fait, si la plupart ont décidé d'arrêter, faute de cofinancement de l'État, certaines ont décidé de continuer. C'est le cas du Touquet, dans une école, à Saint-Quentin, dans deux écoles, à Béziers, où la tenue est étendue à toutes les écoles mais ne sera plus obligatoire, à la Grande-Motte, où au contraire le port de la tenue unique est désormais inscrit dans le règlement intérieur de l'unique école primaire de la commune, ainsi qu'à Bonifacio. 

Annoncée fin 2023 par Gabriel Attal, alors ministre de l'Éducation nationale, l'expérimentation du port de l'uniforme à l'école visait à améliorer le climat scolaire. Elle s'est déployée dans 97 écoles, 14 collèges et 4 lycées volontaires, le plus souvent situés en réseau d'éducation prioritaire et connaissant des difficultés scolaires. À la rentrée scolaire 2024-2025, une enveloppe de 1,6 million d'euros avait été allouée par l'État, pour un cofinancement à hauteur de 50%, dans la limite de cent euros par tenue, le reste demeurant à la charge des collectivités. Pour 2025-2026, la loi de finances n'ayant prévu aucune ligne budgétaire spécifique, le ministère avait procédé à un redéploiement de ses crédits pour poursuivre l'expérimentation. 

 

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