Les aéroports français ont subi un "décrochage" en 2025
Les aéroports français ont présenté ce 25 mars des résultats 2025 marqués par un "décrochage" de trajectoire par rapport à la tendance européenne alors que la guerre au Moyen-Orient et la flambée des cours du pétrole font craindre une nouvelle baisse d'activité.
© Aéroport Toulouse-Blagnac
En 2025, les aéroports français ont enregistré une hausse de trafic de 2,3% par rapport à 2024, soit 4,7 millions de passagers commerciaux supplémentaires, mais avec près de 210,5 millions de passagers commerciaux accueillis, le trafic reste en retrait de 1,8% par rapport à 2019, selon les résultats présentés ce 25 mars par l'Union des aéroports français (UAF). Le nombre de mouvements commerciaux s’est établi l'an dernier à 1,8 million (+2,2%) sur un an, mais affiche toujours une baisse marquée de 8,3% par rapport à 2019.
"Ce décrochage persistant du nombre de mouvements s’explique principalement par l’augmentation de l’emport moyen, passé de 109 passagers par vol en 2019 à 117 en 2025, indique l'UAF. La montée en puissance des vols low-cost, caractérisés par des taux de remplissage plus élevés (emport moyen de 158 passagers), renforce cette tendance à la concentration du trafic."
"Sous-performance française"
L’évolution du trafic est restée hétérogène sur l'année, le niveau de 2019 n’ayant été atteint ou dépassé que 5 mois sur 12. Mars 2025 a constitué le point bas de l’année, avec un trafic limité à 94% de son niveau de 2019, tandis que décembre a affiché la meilleure performance, à plus de 103%. En moyenne annuelle, le trafic s'est situé à 99% de son équivalent mensuel de 2019.
L'UAF souligne "une sous-performance française marquée dans le contexte européen", le trafic aérien de l’Union européenne ayant dépassé de 6,6% en 2025 son niveau de 2019. "À l’exception de l’Allemagne, le trafic français est le seul, parmi ses principaux voisins et concurrents touristiques, à ne pas avoir retrouvé son niveau de 2019", insiste l'organisation qui relève que la France se positionne loin derrière des pays comparables tels que l’Italie (+18,7%), l’Espagne (+17%), le Portugal (+22,6%), mais également derrière le Royaume-Uni (+1,6%) et l’Irlande (+12,3 %).
Hausses de taxes
L'UAF attribue ce retard relatif aux augmentations de la taxe de solidarité sur les billets d’avions (TSBA) et du tarif de sûreté et de sécurité (T2S), instaurées par la loi de finances pour 2025. "En alourdissant le coût de touchée, elles incitent les compagnies aériennes, en particulier low-cost, à se détourner des aéroports français, notamment des petits aéroports régionaux", estime-t-elle.
Le trafic international constitue aujourd’hui le principal moteur de la croissance du trafic aérien français, relève l'UAF. En 2025, il a contribué à hauteur de 127% à la croissance totale, avec une hausse de 3,5% par rapport à 2024 et de 7,3% par rapport à 2019 tandis que le trafic national, hors outre-mer, a poursuivi son recul (-2,5% sur un an et -26,6% par rapport à 2019). Pour l'UAF, "les difficultés persistantes du trafic domestique expliquent en grande partie les performances dégradées de certains aéroports et territoires. C’est notamment le cas de Toulouse, dont le trafic reste inférieur de 20,8% à son niveau de 2019, ou encore de la Bretagne, où le trafic total accuse un recul de 38,7%, le trafic domestique représentant près des trois quarts du trafic régional".
Dépendance au trafic domestique variable selon les régions
La dépendance au trafic domestique varie en effet fortement selon les régions métropolitaines. Elle est particulièrement élevée en Normandie et en Corse, où le trafic national représente respectivement 78% et 87% du total, tandis qu’elle est nettement plus faible en Bourgogne Franche Comté et en Île-de-France, avec des parts respectives de 9% et 11%.
"Cette hétérogénéité se retrouve également selon les catégories d’aéroports", poursuit l'UAF. La part du trafic domestique est très limitée (10,6%) pour Aéroports de Paris (ADP), alors qu'elle atteint près d’un quart du trafic des grands aéroports régionaux dont le trafic annuel est supérieur à 5 millions de passagers (Nice-Côte d’Azur, Marseille Provence, Lyon-Saint Exupéry, Bâle–Mulhouse, Toulouse–Blagnac, Bordeaux, Nantes Atlantique et de Paris-Beauvais). Cette part représente 52,1% du trafic des aéroports de proximité, qui accueillent chaque année entre 100.000 et 1 million de passagers et s’élève à 66,9% pour les aéroports régionaux (entre 1 et 5 millions de trafic passagers par an).
Ce phénomène est attribué par les professionnels à la concurrence du train et surtout au développement des visioconférences. Pour l'UAF, la fiscalité décourage les compagnies "low-cost", qui représentent désormais 44,7% du trafic passagers en France, et quasiment 100% aux aéroports de Beauvais, Carcassonne et Rodez. Ryanair a ainsi récemment réduit son programme de vols en France, dénonçant une taxation "ridiculement élevée" (lire notre article).
Nombreuses inconnues dans le ciel du fait de la hausse des carburants
Dans ce contexte de recul du trafic domestique, la croissance du trafic aérien français repose désormais quasi exclusivement sur le trafic international. Mais les conséquences du conflit au Moyen-Orient font craindre une prochaine baisse d'activité. Le cours du carburant d'aviation a doublé depuis le début de l'attaque israélo-américaine sur l'Iran le 28 février, une progression supérieure à celle du prix du baril de brut. Les compagnies aériennes consacraient déjà entre 25 et 30% de leurs dépenses d'exploitation au kérosène avant la crise. Ce doublement va "nécessairement, et ça y est, ça commence, induire une contraction supplémentaire du trafic" en France, a estimé le président de l'UAF, Thomas Juin, lors d'une conférence de presse. Pour lui, les pays ayant décidé d'imposer des fiscalités sur le transport aérien "très élevées, comme la France, seront dans une posture encore plus défavorable (...) des arbitrages vont être faits par les compagnies aériennes, puisque des lignes vont devenir déficitaires".
Parmi les autres sujets d'inquiétude mentionnés par l'UAF ce 25 mars : le contrôle aérien, prérogative de l'État, qui "se dégrade": "on a vécu une année 2025 épouvantable" en matière de retards, selon Thomas Juin. Il a aussi estimé que les nouveaux systèmes de contrôles automatisés aux frontières de l'UE (EES) ne seraient pas prêts à l'échéance du 10 avril dans les aéroports, et réclamé une prolongation de la période de déploiement : "la technologie n'est pas aujourd'hui suffisamment stabilisée".