Les AESH déplorent des temps incomplets, une faible rémunération et un manque de reconnaissance institutionnel
La Depp (ministère de l'Éducation nationale) s'est intéressée aux conditions d'exercice des accompagnantes d'élèves en situation de handicap. Si les points noirs l'emportent, à commencer par la précarité, des points positifs sont également mis en avant.
© Adobe stock
C'est un portrait rare que livre la Depp (direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l'Éducation nationale) dans une étude publiée le 26 mars 2026. Intitulé "Les conditions d'exercice des accompagnantes et accompagnants d'élèves en situation de handicap", ce travail pose un regard inédit sur les 134.800 accompagnantes d'élèves en situation de handicap (AESH) qui exerçaient au début de l'année scolaire 2024-2025 et constituaient "une figure centrale de la mise en œuvre de la mission inclusive de l'école". Ce portrait – réalisé à partir de sources administratives, d'une part, et de réponses à une enquête menée sur un échantillon représentatif des personnels, d'autre part – est d'abord celui d'une profession féminisée à 98%, précaire, en manque de reconnaissance et soumise à une forte rotation du personnel.
Précarisées, les AESH le sont d'abord parce que seules 64% d'entre elles bénéficient d'un contrat à durée indéterminée (CDI). Ensuite, parce que 98% travaillent à temps incomplet – et avec un temps de travail représentant en moyenne 63% d'un temps plein. Et enfin, parce que sur l'année civile 2023, leur salaire mensuel moyen n'était que de 1.030 euros nets.
Inadéquation entre rémunération et niveau de diplôme
Le manque de reconnaissance se manifeste par plusieurs chiffres. Tout d'abord, les AESH se disent peu valorisées socialement (85%). Elles déclarent également ne pas se sentir considérées par l'institution "au niveau départemental" (48%), "au niveau académique" (52%) et surtout "au niveau ministériel" (78%). Autre matérialisation de ce manque de reconnaissance : 90% ont le sentiment de ne pas être suffisamment rémunérées au regard du travail effectué, alors même que près de la moitié des AESH ont un niveau de diplôme supérieur à celui requis pour exercer ce métier et que le nombre d'élèves auprès desquels elles interviennent en pratique est 1,6 fois supérieur à celui des élèves qu'elles accompagnent dans le cadre d'une notification de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH).
Quant à la forte rotation du personnel, il tient en un nombre : 31% des AESH en poste à la rentrée 2020 avaient quitté la profession à la rentrée 2024. En outre, 36% envisagent un changement de poste, d'affectation ou d'emploi dans les trois ans, et 27% estiment ne pas être en mesure d'exercer leur métier jusqu'à la retraite.
Santé et vie personnelle
À côté de ces points noirs, l'étude de la Depp révèle également des points positifs. En dépit d'une exposition à certaines formes de violence (coups, bousculades, blessures) plus fréquentes que pour les autres personnels de l'éducation (9% contre 3%), moins d'une AESH sur dix rapporte un manque de respect dans ses interactions avec les élèves ou ses collègues. Leur état de santé général et leur santé mentale apparaissent également meilleurs que ceux déclarés par les autres personnels. En outre, 85% des AESH perçoivent la forte utilité de leur travail. Si elles associent leur métier à une charge émotionnelle importante, la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle apparaît comme un motif de satisfaction : neuf AESH sur dix déclarent ne pas dépasser significativement leur temps de travail prévu (25,5 heures hebdomadaires) et sept sur dix estiment disposer de suffisamment de temps et de consignes claires pour faire leur travail.
In fine, l'étude met en avant les besoins des AESH : outre la question de la rémunération, elles souhaitent davantage de moyens humains – et d'autant plus qu'elles travaillent avec un nombre d'enfants élevé – et une meilleure formation pour réaliser leur mission. La moitié d'entre elles évoque également un manque de fournitures (ordinateurs, accès à internet, photocopieuses, logiciels et applications adaptés à leurs usages professionnels) et d'espaces adaptés, comme des salles d'apaisement pour les élèves.
La publication de cette étude intervient quelques semaines après que le Sénat a rejeté une proposition de loi visant à créer un corps de fonctionnaires d'État de catégorie B pour les AESH (lire notre article du 8 janvier). À l'occasion des débats, le ministre de l'Éducation nationale avait toutefois annoncé que des travaux allaient être menés pour améliorer l'attractivité de ce métier dans le cadre de la Conférence nationale du handicap qui doit avoir lieu en juin 2026.