Les chambres d'agriculture veulent renforcer l'accompagnement des agriculteurs
Les chambres d'agriculture recentrent leur action sur le développement agricole et le conseil global aux agriculteurs pour leur redonner du revenu. Le projet stratégique 2025-2030, présenté le 19 mars 2026, prévoit le déploiement de 1.600 conseillers référents capables de construire cette approche "globale et personnalisée" des exploitations agricoles.
© Adobe stock
Se recentrer sur le développement agricole et le conseil global pour redonner du revenu aux agriculteurs. C'est le sens du nouveau projet stratégique de Chambres d'agriculture France pour les années 2025-2030, présenté le 19 mars 2026. Il prévoit notamment le déploiement de 1.600 conseillers référents d'ici 2027. Objectif : permettre à chaque agriculteur de disposer d'un tel référent et d'avoir ainsi une approche globale de son exploitation, "un accompagnement performant, humain, lisible et personnalisé pour sécuriser les parcours des agriculteurs tout au long de leur carrière en intégrant les évolutions", détaille le projet. "Les conseillers référents vont aller écouter les agriculteurs, les conseiller, avoir une réflexion globale qui est pour le moment très peu mise en place", détaille Olivier Lebert, secrétaire général de Chambres d'agriculture France, président de la chambre d'agriculture Pays de la Loire. A l'heure actuelle, une poignée de chambres ont mis en place un tel dispositif, l'idée étant de généraliser cette approche plus personnalisée. Plus globalement, le secrétaire général explique qu'à travers ce nouveau projet stratégique, une forme de recentrage se fait au sein des chambres d'agriculture. "Nous avons ressenti le besoin d'un rééquilibrage pour passer d'un accompagnement réglementaire à un accompagnement technico-économique, précise Olivier Lebert, il faut aller plus loin, pour aider les agriculteurs à optimiser leurs marges et sécuriser leurs investissements."
Le déploiement de France Services Agriculture
Le projet se fixe ainsi comme ambition de "sécuriser les projets des agriculteurs (les accompagner dans leurs projets, dans la gestion quotidienne de leur entreprise, dans les transitions et face aux aléas et effets du changement climatique, dans le renforcement de leurs compétences)".
En matière d'installation, l'enjeu est de déployer le guichet unique France Services Agriculture (FSA), un dispositif destiné à accueillir, informer et orienter les porteurs de projets et futurs cédants de l'installation à la transmission, qui doit être expérimenté jusqu'au 31 juillet avant sa généralisation, dans le cadre de la loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture promulguée le 24 mars 2025 (lire notre article du 25 février 2026). Les chambres comptent aussi moderniser le Répertoire départ installation (RDI) et organiser des rendez-vous de suivi systématiques après l'installation "pack post-installation".
Pour les transmissions, un premier rendez-vous au moins 5 ans avant la retraite est envisagé, et une offre sera déployée pour accompagner les cessations, sachant que d'ici 2030, plus d'un tiers des exploitants agricoles atteindront l'âge de la retraite. Les chambres souhaitent aussi "aller chercher" les exploitants qui ne viennent pas spontanément et les nouveaux installés.
Former les conseillers et agriculteurs aux nouveaux outils numériques
Côté innovation, les chambres veulent intégrer les nouveaux outils numériques et l'intelligence artificielle dans leur offre de conseil pour "former les conseillers et les agriculteurs à une utilisation raisonnée et autonome de ces nouveaux outils", précise le document.
Autre ambition : créer de la valeur dans les filières et les territoires et contribuer à la souveraineté alimentaire. Les chambres se positionnent comme "tiers de confiance et développeur de filières". "Nous avons la capacité d'aller discuter avec les opérateurs économiques qui ont leur propre stratégie, pour connaître leurs besoins, formaliser une offre de services et développer les productions dont ils ont besoin", explique Olivier Lebert. Un accompagnement des filières agricoles sur les territoires indispensables pour "redresser notre souveraineté alimentaire sur laquelle on a décroché", insiste-t-il.
Il s'agit aussi d'accompagner le développement de projets structurants, en lien avec les collectivités et en veillant à assurer leur "acceptabilité". La stratégie prévoit notamment la création de cellules dédiées au développement économique territorial, avec la désignation d'un binôme élu-collaborateur et d'un service identifié comme point d'entrée pour la structuration des filières avec, à la clé, une montée en compétences sur l'ingénierie financière et les montages économiques (mobilisation des fonds propres, recherche de capitaux, montage de projets).
En matière de souveraineté alimentaire, les chambres participent à la déclinaison territoriale du plan de reconquête de la souveraineté alimentaire, dont les objectifs nationaux ont été annoncés le 24 février (lire notre article du 25 février). D'ici l'été, chaque région doit préciser, filière par filière, des objectifs opérationnels appuyés sur des projets concrets et chiffrés. Les chambres d'agriculture pilotent les synthèses régionales, en veillant à faire émerger les projets prioritaires et à activer les leviers nécessaires à leur réalisation.
Optimiser l'organisation du réseau
L'autre grande partie du projet stratégique concerne l'optimisation de l'organisation des chambres d'agriculture pour gagner en efficacité. Il s'agit notamment de poursuivre la rationalisation des moyens en achevant la mise en œuvre du décret de 2016 (lire notre article du 19 mai 2016), qui vise la régionalisation des fonctions support, et en ouvrant l'expérimentation de nouvelles mutualisations. En octobre 2025, la Cour des comptes avait sévèrement critiqué la réforme "inaboutie" des chambres (lire notre article du 2 octobre 2025).
Pour l'année 2026, les chambres d'agriculture conservent leur budget de 334,7 millions d'euros, issus de leur ressource fiscale, la taxe additionnelle à la taxe sur le foncier non bâti-TATFNB, pour un total consolidé de 750 millions d'euros (en ajoutant les prestations assurées auprès des agriculteurs, des entreprises agroalimentaires, des collectivités, les contrats et conventions avec l'Etat, les collectivités et l'Union européenne et le financement des structures via les cotisations obligatoires).