Les industriels du numérique s'engagent sur l'interopérabilité des territoires connectés

Pour mieux exploiter les données ou changer de solution, l'interopérabilité est indispensable. La filière industrielle, via InfraNum, vient d'adopter une charte pour généraliser les bonnes pratiques.

L'interopérabilité est une des conditions de la généralisation des territoires connectés et de leur pendant décisionnel, les jumeaux numériques qui exploitent les données des capteurs. Elle figurait en bonne place dans les recommandations du rapport de Valérie Nouvel, vice-présidente du département de la Manche, sur les territoires connectés et durables, remis au gouvernement en octobre 2023 (voir notre article du 17 octobre 2023). En septembre 2026, le Cerema rappelait que l'interopérabilité est aussi un enjeu de souveraineté, à traiter à l'échelle européenne, et détaillait les quatre dimensions de l'interopérabilité : technique, juridique, organisationnel et sémantique (voir notre article du 18 septembre 2026).

Ouverture, standards et documentation

C’est dans ce sillage que s’inscrit la charte d’interopérabilité des données portée par InfraNum. Elle a été signée à l’université de la transition numérique des territoires (UTNT) de Pau le 7 octobre, en présente de Valérie Nouvel, de l'Avicca et de la FNCCR. Le texte vise à faire de l'interopérabilité un "standard" et promet d'en "réduire la complexité", tout équipement devant pouvoir communiquer et interagir avec les solutions concurrentes.

La charte pose des définitions, reprises du Cerema, et quelques principes : une ouverture qui ne se fait pas aux dépens de la sécurité, des systèmes qui doivent être réversibles pour éviter aux collectivités d'être liées à un environnement technique, une documentation gage de transparence des systèmes et des produits qui s'inscrivent dans une trajectoire d'amélioration continue.

Référent interopérabilité et transparence des versions

Concrètement, les fournisseurs s'engagent à fournir des connecteurs de données (API) documentés et réutilisables par des tiers autorisés, ainsi que des données structurées selon des standards ouverts. Ils s'engagent aussi sur une traçabilité des usages et sur la possibilité d'exporter les données, notamment dans la perspective d'une migration. Sur le plan organisationnel, les entreprises promettent de se doter d'un référent interopérabilité, de gérer les versions de manière explicite et d'annoncer en amont les évolutions majeures. 

Une boîte à outils et des annexes complètent ces engagements avec des indicateurs et des exemples de spécifications techniques.

Application progressive

Les éditeurs et fabricants de solutions IoT ont douze mois après la signature pour désigner un référent et publier les actions déjà engagées. Ils formuleront ensuite une feuille de route publiée dans le respect du secret des affaires. Les intégrateurs, eux, s’engagent à diffuser ces principes et à privilégier les solutions alignées avec la charte. 

On notera que cette charte n’est "ni un engagement contractuel, ni une certification" et qu'elle est mise en œuvre "dans le respect des obligations contractuelles et conditions tarifaires associées". À court terme, les collectivités y trouveront surtout des spécifications à intégrer à leurs appels d'offres.

› Cybersécurité de l'IoT : la leçon des frigos

Centrée sur les données, la charte évoque marginalement la cybersécurité en rappelant que l'interopérabilité ne doit pas se faire au détriment de la sécurité. Elle renvoie au respect du Cyber Resilience Act (CRA), aux obligations de la directive NIS2 et au mémento publié avec l'Avicca sur la sécurité de l'IoT (voir notre article du 1er juillet 2026).

Ce sujet devient cependant central à l'heure de la multiplication des attaques touchant des appareils connectés. Dans la nuit du 11 au 12 octobre 2026, une spectaculaire attaque a visé les contrôleurs de réfrigération de plusieurs centaines de supermarchés, au point d’obliger certains à jeter des produits. Objet d'une note du Cert, l'attaque vient illustrer trois vulnérabilités courantes de l'IoT : 
- des hyperviseurs connectés à internet particulièrement exposés aux cyberattaques ; 
- des équipements qui n'étaient pas à jour ;
- des matériels carrément obsolètes ne faisant plus l'objet de mises à jour de sécurité. 
Autant de points auxquels le CRA promet de remédier.

 

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