Managers de commerce : vers une professionnalisation renforcée du métier

Une première promotion de 31 managers de commerce ont reçu, le 14 janvier, la première certification officielle de ce métier en pleine évolution. Une deuxième sélection est ouverte pour 2026.

"Une belle reconnaissance. Cela m’a permis de montrer mes acquis de compétences et m’apporte une légitimité dans mon travail. Cela m’a aussi donné confiance en moi." Titulaire d’un bac +3, Léonie Ledy-Lepine, a tenu pendant sept ans un commerce de seconde main à Lyon, avant de changer de vie et de s’installer dans la Drôme. Elle est aujourd’hui "manager de commerce" à Montélimar. Le 14 janvier, elle s’est vu remettre, comme 30 autres lauréats (sur 61 candidats), la première certification "Élaborer un projet de territoire – Option commerce". Elle a même reçu – comme onze autres candidats - les félicitations du jury pour son projet de création d’un office du commerce de centre-ville. Inspiré de ce que font les offices de tourisme, cet office serait "un lieu dédié à l’accompagnement des porteurs de projets et des commerçants, ce serait aussi un lieu de rencontre et d’échanges, avec le milieu associatif notamment. Bref, un lieu de vie", explique-t-elle.

"Un réel coup de pouce"

Dispensée par la Banque des Territoires, via l’École des Territoires, cette nouvelle certification est inscrite au répertoire de France Compétence (RS 6212). L’objectif : reconnaître les compétences professionnelles acquises par les managers de commerce au cours de leur carrière. Cette certification complète le parcours de formation "Managers de commerce" également proposé par l’École des Territoires depuis 2024 et qui a déjà accueilli 150 participants. Pour l'obtenir, chaque candidat a eu plusieurs mois pour échafauder son projet sur la base d'un cas concret ou bien imaginé. Il ne s'agit en rien d'une commande des élus qui seront libres de le mettre en oeuvre ou de s'en inspirer s'ils le souhaitent. 

Laetitia Venet, manager du commerce à Clermont-l’Hérault, une commune de 9.500 habitants qui fait partie du programme Petites villes de demain, a participé à la deuxième session de ce séminaire de formation en mai 2025. Elle s’est ensuite naturellement tournée vers la certification pour consolider ses compétences. Un vrai plus dans sa carrière. Titulaire d’un BTS assistante de direction et d’une licence en communication, elle a connu un parcours professionnel très varié : assistante maternelle, salariée chez Sanofi, poste dans la communication et huit ans à son compte en conseil aux entreprises... "La certification m’a donné un réel coup de pouce et m’a aussi permis d’être reconnue en ingénierie", témoigne-t-elle après avoir tout juste signé un contrat de trois ans, passant de la catégorie C à la catégorie A. Elle entend à présent intégrer une formation du CNFPT pour passer le concours d’attachée en vue d’être titularisée, comme l’y invite sa collectivité. 

L’idée de départ de son projet : alors que le cœur de ville connaît une vacance certes importante mais inférieure à la moyenne (10,1%), les habitants avaient le sentiment qu’il se "mourrait". Elle s’est donc penchée sur la rue qui connaissait la vacance la plus forte. Une rue marquée par la présence de nombreux "commerces vitrines" (assurance, banques, services à la personne, agence d’intérim, agences de voyage, agence de tourisme…). "Ce sont des commerces qui n’ont pas amené de flux commerciaux et qui sont souvent fermés le samedi après-midi, c’est ce qui donne cette image", explique-t-elle. L’enjeu est donc de travailler sur cette image, en s’appuyant sur un "syndicat de la rue" afin de "recréer du flux". Puis, dans un deuxième temps, de monter une SEM pour "faire l’étude du bâti, préempter des locaux abimés, les retaper et trouver de nouveaux commerçants via des appels à projets". Une étude menée à l’échelle de la communauté de communes de Salagou Coeur d'Hérault permettrait de sonder les habitants pour connaître leurs desiderata. 

Un métier d'avenir

Alors que le commerce de proximité est en proie aux doutes, que de nombreuses enseignes de prêt-à-porter mettent la clé sous la porte (lire notre article), le rôle des managers de commerce devient primordial. Si une partie du problème doit se régler au niveau national voire européen, par exemple sur les questions de concurrence déloyale, la mobilisation des collectivités est essentielle pour accompagner cette transformation. Et le manager a aussi son rôle à jouer sur "les mutations qui s’opèrent", estime Léonie Ledy-Lepine. "On doit avoir la vision nécessaire pour accompagner le mouvement : un centre-ville ce n’est plus seulement du commerce. Pour qu’il soit vivant, il faut des activités culturelles, associatives. Il faut travailler sur un parcours marchand global, créer les conditions d’une expérience de promenade…", analyse la manager du commerce de Montélimar.

Dans le cadre du plan de relance, la Banque des Territoires a participé au cofinancement de plus de 500 postes de managers. Elle entend à présent prolonger son soutien, comme l’a indiqué son directeur, Antoine Saintoyant, lors des dernières Rencontres Cœur de ville, à Chambéry, en décembre (lire notre article). Une enveloppe de 20 millions d’euros servira à poursuivre ces cofinancements pendant deux ans. "Ils pourront concerner non seulement le recrutement de nouveaux managers mais aussi le maintien de postes existants, dès lors que leur action s’inscrit dans une stratégie de redynamisation commerciale portée par les collectivités", précise Magali Da Silva, experte territoriale Commerce et Foncières à la Banque des Territoires. Au total, la Banque des Territoires mobilisera 350 millions d’euros pour le commerce d’ici à 2030, notamment par le déploiement des foncières de redynamisation

"Je pense que les managers de commerce sont un métier en devenir, qui touche à de plus en plus de sujets, les choses ont tellement évolué depuis trente ans", souligne Laetitia Venet. Ce qui plaide pour une montée en compétence, notamment sur les questions d’urbanisme. L’École des Territoires organisera de nouvelles sessions de formation en avril et en octobre 2026. Les inscriptions sont ouvertes sur https://inscr.fr/. Par ailleurs, deux nouvelles vagues de certification auront également lieu cette année. Les inscriptions pour la première sont d’ores-et-déjà ouvertes sur le même site, en vue d’un démarrage du programme en février.

 

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