Les pistes du haut-commissariat au plan pour dynamiser le marché du travail à horizon 2050

Dans le cadre de ses contributions sur le thème "Comment vivrons-nous en 2050", le haut-commissariat au plan et à la stratégie a confié à Antoine Foucher, ancien directeur de cabinet de la ministre du Travail Muriel Pénicaud, la rédaction d’un document prospectif intitulé : "Choisir son travail demain". Constatant que le modèle social français est à bout de souffle, il propose à horizon 2050 rien de moins qu’un "nouveau contrat social" autour de trois propositions clés : investir massivement dans les compétences, allonger la durée d'activité et construire une nouvelle protection sociale attachée à la personne.

Dans le cadre des travaux prospectifs menés par le haut-commissariat au plan et à la stratégie, Antoine Foucher, président de Quintet Conseil, a piloté un "focus" dédié à la question du travail à horizon 2050. Rappelant certaines évidences, il propose une démonstration qui repose sur trois propositions clés. La première, c’est la nécessité d’investir massivement dans les compétences, que ce soit sur la formation initiale ou la poursuite du développement de l’apprentissage qui doit, dit-il, être mieux orientée vers les besoins de l’économie et de la société. Le tout en facilitant les mobilités professionnelles en cours de carrière, sujet sur lequel il milite pour la création d’un "droit de reconversion" universel. Il préconise en parallèle d’allonger la durée du travail tout au long de la vie tout en donnant à chacun la possibilité d’adapter son temps de travail au gré des différentes étapes, grâce à la création d’un compte épargne temps universel ou encore l’institution d’un droit à temps partiel en dernière partie de carrière. Enfin, cette nouvelle dynamique qu’il appelle de ses vœux passe par la construction d’une nouvelle sécurité sociale attachée à la personne, à la fois universelle, sectorielle et individuelle.

À l’appui de sa démonstration, Antoine Foucher fait un constat : "le travail entre dans une nouvelle phase de son histoire", avec un modèle grippé sous l’effet conjugué d’un ralentissement des gains de productivité, du vieillissement démographique ou encore des ruptures technologiques et transitions écologiques en cours qui "bouleversent les conditions dans lesquelles le travail créé de la richesse et finance notre modèle social".

Le constat dressé, reste à proposer des solutions. Antoine Foucher pose d’emblée la question qui fâche : "Peut-on mieux gagner sa vie en travaillant moins ? Très vraisemblablement non." L’ancien directeur de cabinet de la ministre du Travail Muriel Pénicaud (2017-2020) constate que "travailler ne permet plus à la grande majorité des gens d’améliorer leur niveau de vie", une situation inédite depuis 1945, souligne-t-il.

Les emplois peu qualifiés, "une spécialisation française" ?

Parmi les objectifs que nous devons nous fixer collectivement, explique-t-il, il y a la nécessité de mieux rémunérer le travail et d’investir dans les compétences, corolaire indispensable d’une politique de réindustrialisation efficace. "Améliorer le pouvoir d’achat du travail implique donc avant tout de redevenir un pays industriel et d’améliorer notre niveau de compétences en comparaison mondiale." Une stratégie de long terme qui n’empêche pas, dans un premier temps, de travailler au rapprochement du brut et du net en pariant sur une baisse des cotisations salariales sur l’ensemble des salaires "pour ne pas aggraver la spécialisation française sur les emplois peu qualifiés". Une autre proposition consiste à mieux adapter le marché du travail aux bouleversements de l’IA, dont on sait au final peu de choses sur son impact réel et probable sur la destruction d’emplois comme sur les éventuels gains de productivité espérés.

Une fois dit cela, il n’en reste pas moins nécessaire de rénover le système de formation français, estime Antoine Foucher, qui pointe une inadéquation entre l’offre de formation et les besoins en compétences "qui devra être corrigée, faute de quoi l’investissement nécessaire pourrait se transformer en tonneau des Danaïdes !" Il souligne ainsi l’importance de mieux informer les familles et les jeunes tant sur les débouchés des filières que sur les conditions de rémunération et le taux d’insertion des formations envisagées. Il propose enfin de favoriser "toutes les formules" permettant d’agréger travail et formation dans les cursus scolaires et jusqu’à l’université. En cela, le développement de l’apprentissage et de l’alternance doit être une priorité si l’on veut rattraper à horizon 2035 le voisin allemand et ses quelque 1,5 million d’apprentis.

"80% de temps de travail, 90% de rémunération, 100% de droits à la retraite"

Dans le second volet de ses réflexions, Antoine Foucher propose enfin de "libérer le travail". Il souhaite notamment que chacun soit "plus libre de gérer son intensité (au travail) tout au long de sa vie". Il propose pour y parvenir un "droit de tirage de six mois à un an pour se reconvertir professionnellement" utilisable au moins une fois dans sa vie, dont le financement serait assuré via le CPF et qui pourrait, selon ses estimations, concerner jusqu’à 300.000 personnes chaque année. Autre suggestion : la création d’un compte épargne temps universel qui viendrait compléter le CPF et qui constituerait, justifie-t-il, un pas supplémentaire vers le compte personnel d’activité.

Au final, ce sur quoi insiste Antoine Foucher, c’est sur la nécessité de travailler plus longtemps ; une exigence nécessaire pour juguler la raréfaction de la main-d’œuvre à horizon 2050 dictée par la démographie. L’augmentation du taux d’emploi des 15-64 ans doit être un objectif prioritaire. Un taux qui progresse mais reste inférieur à celui de nos voisins du nord de l’Europe du fait, explique-t-il, d’une entrée plus tardive sur le marché du travail. Plus largement, il imagine un "droit à temps partiel" qu’il résume par une équation : un modèle "80% de temps de travail, 90% de rémunération, 100% de droits à la retraite".

 

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