Les régions, un "bloc central" au coeur de la tourmente

Pour les exécutifs régionaux, la crise agricole est l’expression d’une "désespérance" plus profonde qui pourrait rejaillir lors des élections de mars. Se présentant, lors de leurs voeux à la presse, comme des "pôles de stabilité" dans la tourmente, ils appellent à faire bloc.

Quand les temps sont difficiles, les régions savent resserrer les rangs. C’est le message qu’elles ont fait passer, mercredi 14 janvier, lors de leur cérémonie de vœux, à deux mois d’un scrutin municipal pour lequel les pronostics sont ouverts. D’autant que la perspective de législatives anticipées, organisées en même temps que les municipales les 15 et 22 mars, n’est pas exclue par l’exécutif. "Nous ne cèderons pas un pouce aux populistes", a martelé la présidente de l’association Régions de France, Carole Delga, entourée de son vice-président, Bertrand Muselier, président de la région Paca et des ministres Françoise Gatel (Décentralisation et Aménagement du territoire), Sébastien Martin (Industrie) et Michel Fournier (Ruralité). 

La présidente PS de la région Occitanie d’où a redémarré le mouvement de colère agricole fin 2025 sur fond de dermatose nodulaire bovine (DNC), craint qu’il ne rejaillisse dans les urnes, car "la crise agricole est la traduction de ce sentiment d’être loin de tout". "La FNSEA ne maîtrise plus la base. Pour la décentralisatrice que je suis, c’est un signal fort", s’est-elle inquiétée auprès de la presse, alors qu’au même moment le gouvernement échappait de peu à une motion de censure LFI contre le traité avec le Mercosur (à 32 voix près), le PS et LR ayant refusé de s’y associer. Une autre motion soutenue par le RN a été plus largement rejetée. Mais le gouvernement joue à présent son avenir avec le budget 2026. Le recours au 49.3 comme certains l’y invite (rompant ainsi avec les engagements pris par Sébastien Lecornu) ou à des ordonnances, l’exposerait à une censure. "Plus les semaines passent et plus la dégradation financière de la France est forte (…) Il faut trancher. Le Premier ministre a des moyens fixés par la Constitution, il faut qu’il les utilise", presse pourtant Carole Delga. Pendant ce temps, les députés tirent à hue et à dia dans le champ des finances locales. Mardi, les députés LFI faisaient adopter un amendement visant à indexer la dotation globale de fonctionnement sur l'inflation. Mercredi, virage à 180 degrés : le RN est parvenu à faire adopter un amendement qui réduirait de 4,9 milliards d'euros la part de cette même DGF versée aux régions et aux intercommunalités (lire notre article de ce jour).

"Pôles de stabilité"

Dans ce jeu d’équilibristes, les régions entendent œuvrer pour "continuer à solidifier le socle républicain". "Nous appelons à la responsabilité collective en ces moments de crise", a martelé Renaud Muselier. Libérées de leurs propres enjeux électoraux jusqu’en 2028, les régions se placent en "pôles de stabilité", a martelé le vice-président de l’association. "Nous représentons tout le spectre central, de la gauche à la droite, à l’exclusion des extrêmes", a-t-il souligné. Fait suffisamment rare pour être souligné, le président des Hauts-de France, Xavier Bertrand, était de l’assistance, lui qui avait claqué la porte de l’association il y a dix ans pour protester contre une nouvelle taxe sur les ménages et les entreprises, avant de faire un retour discret en 2020. Etaient également présents Alain Rousset (Nouvelle-Aquitaine) et Franck Leroy (Grand Est).

"Nous ne nous sommes jamais comportés comme des pôles d’instabilité qui voulaient être en désaccord avec l’Etat central", a assuré Renaud Muselier, enterrant un peu vite les invectives du dernier congrès des régions à Paris contre "l’Etat glouton" (Valérie Pécresse) ou "le jacobinisme qui se fissure de toutes parts" (Carole Delga). Les régions espèrent que la promesse faite par Sébastien Lecornu d’un nouvel acte de décentralisation se traduira cette année. Ce serait même, selon elles, la meilleure façon de sortir durablement de la crise sociale et budgétaire (lire notre article). Les exécutifs régionaux plaident pour des compétences "pleines et entières", et souhaitent avoir les coudées franches sur l’orientation scolaire, les aides aux entreprises, la politique agricole commune ou encore les fonds de la politique régionale, a rappelé Carole Delga. 

 

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