L'Île-de-France reste la principale terre d'accueil des start-up de l'IA
La sixième édition de la cartographie de l'IA publiée par Hub France IA dénombre 972 start-up positionnées sur l'IA, domaine qui connaît une croissance à deux chiffres. Les données remontées par les régions, mobilisées pour l'occasion, n'ont pas modifié le constat d'un phénomène avant tout francilien. Une table ronde a illustré la diversité des stratégies d'accompagnement régionales, entre incubation généraliste, hubs spécialisés et mise à disposition d'infrastructures.
© O. Devillers/ Aymeric de Maussion, Clara Revel, Nicolas Camerati, Grégoire Maurice et Baptiste Blanc
La cartographie des start-up de l'IA, publiée le 9 mars 2026 par le Hub France IA en partenariat avec la direction générale des entreprises, confirme l'accélération du secteur. Elle dénombre 972 start-up et fournisseurs d'intelligence artificielle contre 597 l'année précédente, soit +60%. Cette cartographie, qui recense chaque année les acteurs de l'IA selon une grille multicritère - secteur d'activité, taille, chiffre d'affaires, approche technologique, localisation -, s'est appuyée cette année sur les régions pour mieux rendre compte des dynamiques territoriales.
Un secteur en forte croissance
Globalement, le secteur totalise plus d'un milliard d'euros de levées de fonds depuis 2024, et 375 nouvelles entités ont rejoint le périmètre en un an. Plus de 65% des entreprises prévoient de recruter entre 2 et 5 salariés pour 2026, signe d'une montée en puissance du secteur. Du reste, si 83% des entreprises réalisaient moins d'un million d'euros de CA, cette proportion tombe à 64% en 2026 et la part des acteurs dépassant le million d'euros double à 36%. Les très petites structures (moins de 100.000 euros de CA) reculent de 35% à 22% et les entreprises de 10 à 50 salariés représentent désormais 54% du panel, contre 46% l'an dernier.
Sur le plan sectoriel, la santé reste le premier domaine d'application, après une catégorie "tout secteur", qui traduit la diffusion de l'IA générative dans l'ensemble de l'économie. Par ailleurs, 53% des start-up interrogées se déclarent "souveraines ou technologiquement indépendantes" et près d'un un tiers cherchent à développer leurs propres modèles.
Dynamique de l'IA au service de la transition écologique
Sur les 972 start-up, l'étude révèle aussi que 186 entreprises déploient des projets d'IA avec des collectivités ou des administrations publiques, contre 110 en 2025, marquant la volonté du secteur public d'accompagner les champions tricolores de l'IA. Le secteur de la transition écologique est celui où les projets sont les plus nombreux. Parmi les 91 entreprises recensées (69 en 2025), 54 travaillent avec des collectivités ou administrations, soit 59,5% du sous-secteur, contre 38% l'année précédente. Les thématiques explorées concernent la mesure de l'impact environnemental, devant la gestion de l'énergie, des mobilités ou les problématiques santé-environnement et la gestion de l'eau.
60% des entreprises en Île-de-France
L'Île-de-France concentre à elle seule 59,2% des acteurs, soit 575 entreprises sur 972. Les Pays de la Loire arrivent en deuxième position avec 77 acteurs, devant Auvergne-Rhône-Alpes (68), l'Occitanie (51), la région PACA (41) et Grand Est (40). La Bretagne (31 acteurs), les Hauts-de-France (33) et la Nouvelle-Aquitaine (26) complètent le tableau où figure également La Réunion.
Si l'Île-de-France reste leader sur toutes les thématiques, quelques régions se distinguent : Paca sur la santé, les Pays de la Loire sur la formation et le logiciel, l'Occitanie sur l'énergie et l'aérospatiale, Grand Est sur l'agriculture ou encore Auvergne-Rhône-Alpes sur l'industrie et les administrations publiques.
Diversité des accompagnements
Les stratégies IA territoriales sont ensuite diverses, comme l'a montré une table ronde consacrée à ce sujet. Innova, incubateur situé à Amiens, n'est pas dédié à l'IA. Pour cette structure labellisée par la région Haut-de-France, il s'agit de "dérisquer l'innovation, d'un point de vue technique, technologique, mais surtout marché", explique Clara Revel, sa manager, pour "transposer ce potentiel technologique vers un business model viable".
À l'inverse, l'Edih Corsica AI s'est spécialisé sur l'IA appliquée aux systèmes physiques, se distinguant ainsi des 130 autres pôles européens d'innovation numérique dont la structure fait partie. Son consortium, composé exclusivement d'entreprises privées, intègre l'école d'ingénieurs Mira (parcours IA et robotique) et une société d'économie mixte, la Sitec. "Pour notre région insulaire, il s'agit de créer des ponts avec d'autres Edih européens", explique Baptiste Banc, son directeur.
Quant à la Maison de l'IA de Sophia Antipolis, son objectif est d'abord "d'acculturer la population et de mettre en avant l'écosystème", explique Nicolás Camerati, chargé de médiation. La structure revendique 130.000 personnes sensibilisées en cinq ans, dont 70% des écoles du département. La structure est aussi partie prenante d'un événement international, le World Artificial Intelligence Cannes Festival, dont la dernière édition a eu lieu en février.
Connexion au monde de la recherche et puissance de calcul
L'Inria Start-up Studio, implanté dans neuf territoires (Lille, Bordeaux, Sophia Antipolis…), finance pour sa part "du temps, pas de l'argent", explique Grégoire Maurice, start-up manager, pour permettre à des chercheurs d'explorer un marché ou de mûrir une technologie. La connexion au monde académique reste cependant un défi. En Hauts-de-France, cinq universités coexistent avec des laboratoires de pointe en énergie et en e-santé — notamment autour de la chirurgie robotique à Amiens —, mais leur lisibilité pour les entreprises reste insuffisante.
Les collectivités interviennent aussi sur le volet infrastructures. En Corse, les datacenters "souverains" du Sitec, installés à Bastia et Ajaccio, sont mis à disposition des start-up locales. Dans les Pays de la Loire, Aymeric de Maussion, directeur de l'IA, explique que la région envisage de "surinvestir en GPU [les puces de l'IA] par rapport aux besoins internes" pour créer une politique publique d'accès à la puissance de calcul et satisfaire ainsi aux besoins de certaines jeunes pousses.