L'industrie a connu un ralentissement marqué en 2025

Frappée par l’essor des surcapacités asiatiques, l’instauration des droits de douane américains et la hausse des prix de l’énergie, l'industrie tricolore a connu un ralentissement marqué en 2025, selon le baromètre industriel de l'Etat, avec 57 usines en moins (si on exclut les projets d'extensions de sites). Alors que la situation risque d'empirer avec la guerre au Moyen-Orient, le gouvernement s'en remet au projet de "préférence européenne".

La France a ouvert 19 usines de plus qu’elle n’en a fermé en 2025. C’est quatre fois moins qu’en 2024 (+88). "Dans un contexte international dégradé, le ralentissement se confirme", constate le ministère de l’Economie, qui a publié le baromètre industriel de l’Etat pour 2025, dimanche 29 mars, en amont du salon Global industrie, qui a ouvert ses portes ce lundi 30 mars à Paris sur le thème "Nos industries face au monde".

"Nos industriels font front ! Chaque jour, on se bat c’est difficile, mais le résultat est là : en 2025, la France ouvre plus d’usines qu’elle n’en ferme", s’est félicité le ministre délégué chargé de l’industrie Sébastien Martin, sur X. Encore ne s’agit-il là que d’un miroir déformant, car le baromètre de l’Etat (contrairement à d’autres) comptabilise les "extensions" de sites, en plus des ouvertures stricto sensu. D'ailleurs, le ministère le reconnait : la dynamique se maintient "grâce aux extensions significatives" (qui représentent une augmentation de plus de 40% de l'activité ou de la création de 50 postes pérennes). Si l'on s’en tient juste aux ouvertures et fermetures de sites, le solde devient négatif à -57. Seulement, le baromètre enregistre parallèlement 158 extensions significatives contre 82 réductions significatives, ce qui permet, en apparence, de garder la tête hors de l’eau.

Trois facteurs de dégradation

"La dégradation du contexte international pèse fortement sur la dynamique des fermetures d’usines", souligne le baromètre qui pointe trois facteurs : "l’essor de surcapacités asiatiques, l’instauration de droits de douane par les Etats-Unis et la hausse des prix de l’énergie qui affecte la compétitivité des industriels français".

Toutefois la "dynamique positive" d’ouvertures et d’extensions devrait se poursuivre en 2026, analyse Bercy qui comptabilise "150 usines en cours de création, soutenues par le crédit impôt pour l’industrie verte (dit 'C3IV '), l’appel à projets "Première usine" du plan d’investissement France 2030, ou annoncées dans les dernières éditions de Choose France".

Certains secteurs s’en sortent mieux que d’autres. En premier lieu l’industrie verte qui enregistre un solde positif de 26 ouvertures, devant l’aéronautique, le spatial et la défense (19), ou l’électronique (12). En revanche, le solde est négatif pour les transports (-14), l'industrie chimique (-8), mécanique (-8) ou encore la métallurgie (-8). Une "industrie historique" plus exposée "à la crise de l'énergie, au climat géopolitique exigeant et à la concurrence internationale accrue". Cette dualité industrielle rejaillit sur les tendances géographiques : les régions d’industrie "historique" comme les Hauts-de-France et Bourgogne-France-Comté ont un solde négatif (respectivement – 5 et -3). La Nouvelle-Aquitaine et l’Occitane et, dans une moindre mesure, Auvergne-Rhône-Alpes, affichent la dynamique la plus positive (respectivement 19, 10 et 6).

Préférence européenne

Ces données tranchent foncièrement avec celles de Trendeo publiées au mois de février. Le cabinet, qui travaille avec une tout autre méthodologie, enregistrait une perte sèche de 63 usines (lire notre article). Auvergne-Rhône-Alpe et la Nouvelle-Aquitaine enregistraient la pire décrue (-17 et -14). Seules l’Occitanie – dopée par le spatial toulousain et le solaire montpelliérain - et Paca se maintenaient en positif (+4 et +3). A contrario, le relatif optimisme gouvernemental dans la morositété ambiante est partagé par l’observatoire Bpifrance qui, il y a quelques jours, enregistrait un solde d’ouvertures d’usine tout juste positif (+1). Considérant que la réindustrialisation se situe à un "plateau", le directeur général de la Banque publique d’investissement Nicolas Dufourcq appelait à poursuivre les efforts et à travailler à un "plan France 2040" (lire notre article). 

Alors que la situation internationale s'est fortement dégradée ces dernières semaines avec la guerre au Moyen-Orient et la flambée des prix de l'énergie, le gouvernement continue d'afficher un objectif de "réindustrialisation" qui, selon lui, passe notamment "par une politique volontariste de soutien à nos usines et à leurs emplois via la mise en oeuvre d’une préférence européenne qui doit leur donner un avantage sur les productions étrangères". Présent lundi à Global industrie, le plus grand salon de l'industrie française organisé par Bpifrance, le vice-président de la Commission Stéphane Séjourné est venu défendre la future loi européenne sur l’accélérateur industriel (IAA, pour Industrial Accelerator Act) présentée au début du mois (lire notre article). "Il y a des décisions qui seront prises prochainement pour protéger les secteurs, pour instaurer de la préférence européenne dans nos marchés publics et également pour mieux contrôler les frontières de l'Union européenne", a-t-il déclaré à la presse.

 

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