Liste des 200 lycées à rénover : Régions de France dénonce une "méthode inacceptable"
Dans un courrier à l’attention du ministre de l'Éducation nationale en cours de signature ce jeudi 5 novembre après-midi, les présidents de région fustigent la publication par le ministère de l'Éducation nationale d'une liste de 200 lycées "prioritaires" pour des travaux, établie à partir de la plateforme Agora et sans consultation préalable des régions. Ils rejettent tout observatoire national du bâti scolaire et dénoncent, encore une fois, les ponctions budgétaires de l'État.
© Capture vidéo @Région Île-de-France / Le lycée Evariste-Galois dans la liste des lycées à rénover qui a reçu récemment un prix d’architecture
Pour Régions de France, la pilule ne passe pas. Ce qui s'est passé est un "manquement grave" à l'engagement du ministre de travailler en étroite coopération avec elles, estime l'association dans une lettre en cours de signature ce jeudi 5 novembre 2026 après-midi et que Localtis a pu consulter. Les présidentes et présidents de région retracent la chronologie : le lundi 2 novembre à 15h48, le cabinet du ministre leur annonce par courriel la transmission d'une liste de 200 lycées relative au bâti scolaire. Deux heures plus tard, Ouest-France la publie, "sans qu'à aucun moment les régions n'aient été sollicitées" pour en vérifier la pertinence.
Sur le fond, les élus récusent un classement fondé sur les seules contributions recueillies sur internet, qui ne mesure " ni la gravité des difficultés, ni l'urgence des travaux ", ni la taille des établissements, ni l'existence de chantiers en cours ou achevés. Ils retournent l'argument : imagine-t-on un classement des lycées selon le nombre de postes non pourvus, non remplacés ou d'emplois du temps incohérents ? Il ne suffirait pas à évaluer l'action de l'État.
Des "vérifications élémentaires" auraient permis de repérer des lycées entièrement rénovés, en Martinique, ou récompensés d'un prix d'architecture, à Sartrouville, ainsi que des erreurs sur le nombre de lycées par région. Sans compter que "les alertes des lycéens méritent mieux qu'un exercice de communication démagogique", estiment les régions.
Le biais est réel, explique-t-on à Régions de France, où l'on cite l'exemple du lycée d'Alès : "Il y a eu 50 millions de travaux et encore 12 qui sont prévus. Mais une aile du bâtiment n'étant pas achevée, les signalements se sont multipliés et, comme il s'agit d'un gros établissement, il apparaît très haut dans la liste."
"L'État nous propose en prêts, par an, ce qu'il nous prélève en loi de finances !"
Les régions en profitent pour marquer une ligne rouge : elles refusent "catégoriquement" tout projet d'observatoire national du bâti scolaire. "Les expertises se trouvent en régions", plaident-elles.
Le courrier remet surtout sur la table le dossier budgétaire. Le gouvernement compte prélever plus d'un milliard d'euros aux régions en 2027, soit 2,7 milliards d'euros cumulés sur trois exercices, "la somme que les régions consacrent chaque année à l'investissement dans les lycées".
L'enveloppe annoncée de 4 milliards d'euros de prêts sur quatre ans n'est pas, selon elles, à la hauteur : "L'État nous propose en prêts, par an, ce qu'il nous prélève en loi de finances !" Régions de France martèle son message : "On n'a pas besoin de classement, on a besoin d'engagement budgétaire de l'État." Régions de France plaide pour ramener l'effort demandé de 1 milliard à 500 millions d'euros, ce qui pourrait dégager des crédits pour les lycées. Les régions refusent de cautionner une "fuite en avant dans l'endettement" et rappellent leurs demandes sur le FCTVA, le fonds vert ou l'apprentissage. Elles préviennent que le ministre ne sortira pas de "cette crise lycéenne et étudiante" sans elles, "et encore moins contre elles".
Des critiques déjà exprimées région par région
Pour Régions de France, la liste reste "une photographie d'un mouvement social", "intéressante" et "pas du tout à négliger", mais qui ne vaut pas diagnostic : "Il faut la regarder localement." Ces reproches font écho aux réactions déjà exprimées par certaines régions. Le ministère assure avoir retenu les établissements les plus cités dans la consultation nationale du 6 au 23 octobre, qui a réuni plus de 100.000 contributions. L'Île-de-France (31 lycées), Auvergne-Rhône-Alpes (27) et Occitanie (26) arrivent en tête.
Les Hauts-de-France, dont 19 lycées sont cités, dénoncent une "mise au pilori" et une possible "diversion" de l'État, rappelant avoir investi 55 millions d'euros dans ces établissements depuis 2018. En Nouvelle-Aquitaine, le vice-président Jean-Louis Nembrini parle de "mystification", relevant qu'on n'a pas vérifié que les répondants étaient bien des lycéens. La Bretagne juge la liste "absolument pas en adéquation" avec son diagnostic du bâti : le lycée Chateaubriand, à Rennes, vient ainsi de bénéficier de 25 millions d'euros de travaux. En Normandie, un seul des sept lycées listés est reconnu comme nécessitant des travaux d'urgence ; en Paca, on estime que "ce classement n'est ni fait ni à faire". Quant au Grand Est, il considère que la liste des 200 lycées "ne mesure à elle seule ni la gravité des difficultés ni l'urgence des travaux".