L’OCDE alerte sur les fractures territoriales face aux mutations économiques et climatiques
Concentration des emplois et des investissements dans les métropoles, difficultés d’accès au logement, vieillissement de la population et exposition accrue aux risques climatiques : les pays de l’OCDE sont confrontés à des évolutions très inégales. Dans son "Panorama des régions et des villes 2026", l’organisation plaide pour des politiques publiques adaptées aux réalités locales afin de réduire ces disparités.
Dans son rapport "Panorama des régions et des villes 2026" publié le 4 novembre 2026, l’OCDE met en évidence un creusement des disparités territoriales. La concentration des emplois qualifiés, des investissements, de l’innovation et des compétences dans les grandes métropoles renforce leur productivité, tandis que les régions moins urbanisées sont confrontées au déclin démographique et à des difficultés croissantes pour attirer les entreprises et les actifs.
Cette concentration devrait encore s’accentuer. "La population se concentre de plus en plus dans les mêmes régions métropolitaines qui constituent des pôles de connaissances et d’innovation", selon le rapport. Entre 2005 et 2024, la part de ces régions dans la population nationale a augmenté dans 35 des 37 pays de l’OCDE étudiés. D’ici 2045, elles devraient connaître la croissance démographique la plus forte ("ou le déclin le moins important"), dans 27 des 33 pays disposant de données. Les migrations internationales accentuent cette concentration.
La productivité progresse moins vite hors des capitales
Pour les territoires en difficulté démographique, l’enjeu est d’autant plus important que la productivité progresse moins vite hors des capitales. Entre 2018 et 2024, sa croissance annuelle médiane s’est élevée à "0,86% dans les capitales, contre 0,54% dans les autres régions". Or, avec la diminution de la population active, "la croissance de la productivité deviendra de plus en plus importante pour réduire les inégalités de revenus régionales".
L’intelligence artificielle, l’innovation et l’investissement risquent également de creuser ces inégalités. En 2025, dans les régions qui comptent la plus forte proportion de travailleurs diplômés de l’enseignement supérieur (principalement les métropoles et les capitales), "52% des emplois étaient fortement exposés à l’IA générative, contre 42% ailleurs". D’autre part, entre 2020 et 2024, "une seule petite région" a attiré plus de la moitié des investissements nationaux en capital-risque dans 32 des 39 pays étudiés. Par exemple, aux États-Unis, la région de San Jose-San Francisco-Oakland reçoit 31% des capitaux-risque nationaux, alors qu'elle ne représente que 3% de la population du pays.
Le manque de logements : le revers de l’attractivité
L’attractivité des grandes villes présente aussi des inconvénients. La concentration en un même lieu des emplois exerce une pression croissante sur le logement. Dans 23 pays de l’OCDE, les habitations sont ainsi 27% plus chères dans les centres urbains que la moyenne nationale. Ces tensions sur l’immobilier limitent l’accès des travailleurs à des emplois productifs, "ce qui freine l’expansion des entreprises dans les zones à forte productivité et fragilise la répartition de la main d’œuvre et des investissements entre les régions". À l’inverse, des logements moins coûteux dans les territoires en déclin ne suffisent pas à rendre ces derniers attractifs : l’accès à l’emploi, aux services et aux équipements, ainsi que les possibilités d’interaction sociale, restent déterminants.
Les disparités concernent également la capacité d’adaptation aux risques climatiques. Près d'une grande région de l’OCDE sur cinq a connu, entre 2021 et 2025, une hausse des températures moyennes supérieure à 1,5°C par rapport à la période 1981-2010. Le nombre de grandes régions cumulant une forte proportion de personnes âgées et plus d’un mois de fortes chaleurs par an a, quant à lui, été multiplié par plus de quatre, passant de 16 à 74.
Apporter des réponses adaptées
Ces risques pèsent particulièrement sur les territoires déjà fragilisés par le recul de l’emploi, de la productivité et de la population. Leurs gouvernements ont souvent "moins de moyens d’investir dans les infrastructures nécessaires pour s’y adapter", souligne le rapport.
Face à ces constats, l’OCDE souligne "la nécessité de données et de politiques adaptées aux contextes locaux". "Il n’existe pas de solution unique applicable à toutes les régions ou groupes de régions, même lorsqu’elles partagent des caractéristiques communes telles que leur degré d’urbanisation", indique l’organisation.