Que peuvent les maires face à l'"archipélisation démographique" ?

Les jeunes actifs dans les grandes villes, les familles avec enfants en périphérie et les personnes âgées dans les villes moyennes… Pour l'Institut Montaigne, l'"archipélisation démographique" des territoires est à l'œuvre et les maires s'efforcent de s'y "ajuster" mais peinent à avoir une influence sur ces dynamiques de peuplement largement conditionnées par le marché du logement. 

"À l'échelle des bassins de vie, les territoires se polarisent de plus en plus selon l'âge et la structure familiale : les grandes villes concentrent les jeunes actifs, tandis que les villes moyennes vieillissent plus rapidement ; les familles avec enfants se déplacent vers les périphéries." Dans une note réalisée à l'occasion des élections municipales 2026, l'Institut Montaigne estime qu'un phénomène d'"archipélisation démographique" est actuellement à l'œuvre. Il analyse la façon dont cette spécialisation des territoires est appréhendée par les maires et les candidats.

SI le vieillissement de la population concerne les grandes villes comme les villes moyennes, "l'augmentation du nombre de personnes de plus de 55 ans est presque deux fois plus rapide" dans les villes moyennes (+5,9% entre 2016 et 2022) que dans les grandes villes (+3,7%), indique le think tank à partir de données compilées par le cabinet Terre de données. Si les grandes villes présentent un solde légèrement positif sur les tranches d'âge plus jeunes sur la même période (+0,7% pour les 0-25 ans et +0,6% pour les 25-54 ans), à l'inverse des villes moyennes dont le solde est négatif, la transformation du profil de ces villes reste profonde. Ainsi, en 2022, la part des nouveaux ménages sans enfants a été bien plus importante que celle des nouveaux ménages avec enfants dans la plupart des grandes villes : 83% vs 17% à Lille ;  65% vs 35% à Nice. 

L'éloquent graphique démontre que le phénomène est inversé pour certaines villes de périphérie : 34% de nouveaux ménages sans enfants / 66% avec enfants à Aulnay-sous-Bois et des proportions similaires dans d'autres villes des agglomérations parisienne et lyonnaise. A Romainville, le "choc démographique" n'est pas lié au vieillissement : "la commune est devenue une ville familiale sans que l'offre scolaire ait été anticipée, entraînant un déficit de classes à la rentrée malgré les opérations d'aménagement en cours". 

Le risque d'une "gestion fragmentée des symptômes"

Les réponses municipales à ces dynamiques de spécialisation sont ainsi bien souvent "réactives", fondées sur un "ajustement" dans l'urgence à l'évolution de la population, estiment les auteurs de la note. Avec un risque perçu : celui de "contribuer à consolider le profil dominant de la commune". Il est plus difficile pour une commune d'être dans une forme de projection – en proposant des équipements pour attirer des familles par exemple –, surtout dans le contexte particulièrement contraint des finances locales (voir notre article). 

Agir de façon plus structurelle nécessite d'"infléchir" l'accès au logement, ce qui s'avère délicat, selon l'Institut Montaigne. "Le cœur des mécanismes de sélection résidentielle demeure verrouillé par des paramètres dont le traitement relève de l'échelle nationale", affirme le think tank, qui récapitule ce que le maire peut faire et ce qu'il ne peut pas faire. Deux "verrous" majeurs sont pointés : la "sclérose de la mobilité résidentielle, particulièrement marquée dans le parc social" (avec un taux de rotation "tombé sous la barre des 8% en 2020, contre 12,2% en 1989") et le poids des droits de mutation à titre onéreux (DMTO), "parmi les plus élevés de l'Union européenne", qui "renchérissent le coût d'un déménagement et découragent l'adaptation du logement au cycle de vie". 

Ainsi, concluent les auteurs, "l'action municipale peut infléchir certaines trajectoires à la marge, mais elle peine à modifier les mécanismes structurels qui organisent la distribution des ménages dans l'espace urbain". Le risque est celui d'une "gestion fragmentée des symptômes" sans vision d'ensemble ni coordination qui permettraient de "[redessiner] la géographie sociale du pays". Une analyse intéressante, à l'heure où le gouvernement juge souhaitable de décentraliser la politique du logement pour résorber la crise (voir notre article). 

 

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