Logement : Vincent Jeanbrun promet un choc de simplification et desserre l'étau financier… sous réserve d'adoption du budget
Réduction de la RLS, réforme du statut du bailleur privé, assouplissement des normes environnementales : Vincent Jeanbrun a multiplié les signaux en direction de la filière logement lors des vœux 2026 d’Action Logement. Reste que l’ensemble de ces orientations demeure suspendu à un fil ténu : l’issue du processus budgétaire en cours.
© Elena Jeudy-Ballini/ Vincent Jeanbrun
Invité ce mardi 20 janvier à clôturer la cérémonie des vœux 2026 d’Action Logement (sur laquelle Localtis reviendra dans sa prochaine édition), Vincent Jeanbrun n’est pas venu les mains vides, esquissant une feuille de route ambitieuse, qui combine allègements fiscaux pour le parc social et assouplissement normatif. D'emblée, le ministre du Logement a tenu à rassurer le monde HLM sur le nerf de la guerre : la réduction de loyer de solidarité (RLS). Ce dispositif, régulièrement qualifié de mortifère par les bailleurs, voit sa pression se relâcher. Vincent Jeanbrun a affirmé avoir arraché une nouvelle baisse du prélèvement, s'inscrivant dans les pas de sa prédécesseure, Valérie Létard, qui avait déjà initié le mouvement (lire notre article).
Alors que l’adoption définitive du projet de loi de finances pour 2026 semblait promise à un passage en force constitutionnel imminent faute de majorité, le ministre a précisé : "Sous réserve de l’adoption rapide d’un budget, la RLS serait ramenée à un niveau de 900 millions d’euros." Il a ainsi confirmé que les 400 millions d’euros annoncés par le gouvernement à destination des bailleurs sociaux (lire notre article) seraient bien fléchés vers la réduction du dispositif.
Le retour en grâce du bailleur privé
Refusant d’opposer les modèles, Vincent Jeanbrun a plaidé pour un équilibre entre logement social et parc privé, rappelant qu’un quart des familles françaises sont logées par de petits bailleurs. L’annonce d’une réforme fiscale d’ampleur en faveur d’un "très beau statut du bailleur privé" — dans un contexte où les organisations professionnelles, dont la FPI et la FFB, avaient été reçues le matin même à Matignon sur ce sujet — a été accueillie par de vifs applaudissements de l’assistance.
L’objectif affiché est de relancer l’investissement locatif des ménages, aujourd’hui en net recul. Vincent Jeanbrun a précisé que le Premier ministre avait entendu les attentes de la filière et devait formuler rapidement des annonces pour sécuriser le futur statut du bailleur privé. Un signal qui devrait rassurer la profession, alors qu’un amendement jugé favorable a récemment été adopté à l’Assemblée nationale (lire notre article), mais que le recours annoncé au 49.3 sur le projet de loi de finances faisait craindre un possible rabotage du dispositif. Là encore, ces orientations restent conditionnées à l’adoption du budget.
Simplification normative
Au-delà des aspects financiers, c'est sur le terrain de la simplification que le ministre entend marquer sa différence. Dénonçant les normes qui freinent la production au nom de l'environnement, il a appelé de ses vœux ce qu'il nomme les "JO du logement" : une accélération drastique des procédures.
Première cible : la réglementation environnementale RE 2020. S'appuyant sur le rapport de Robin Rivaton (lire notre article), Vincent Jeanbrun a annoncé la signature prochaine d'un premier décret et d’un arrêté de simplification sur la RE 2020. D'autres mesures suivront pour donner des bouffées d'oxygène au secteur, sans pour autant renier l'ambition écologique de la France, a précisé le ministre.
Redonner le pouvoir aux maires
Lui-même élu local, Vincent Jeanbrun a insisté sur la nécessité de réconcilier les maires avec l'acte de bâtir. Reprenant à son compte la formule "Maire sans grue, maire battu" d’Olivier Salleron (président de la FFB), il souhaite lever les freins à la construction de logements sociaux en redonnant aux élus la maîtrise du peuplement.
Le futur projet de loi de simplification devrait ainsi permettre aux maires de "garantir à leurs concitoyens qu'ils pourront être demain prioritaires dans l'accès au logement social". Une mesure sensible, destinée à lutter contre le sentiment de dépossession des élus face aux attributions, et qui s'inscrit dans une volonté plus large de décentralisation de la politique du logement vers les territoires. La ministre Françoise Gatel avait elle aussi il y a quelques jours jugé légitime de donner aux maires un rôle accru dans l'attribution de logements sociaux.
En conclusion, Vincent Jeanbrun a lié son sort à celui de la filière : "Si les parlementaires donnent encore un petit peu de souffle à ce gouvernement [...], soyez assurés que je serai pleinement mobilisé." Un discours de combat pour un secteur qui attend désormais que l'horizon budgétaire se dégage.