Narcotrafic, immigration clandestine, insécurité... le Sénat passe Mayotte et La Réunion à la loupe

Dans un rapport publié le 8 avril 2026, la mission d'information de la commission des lois du Sénat avance 15 recommandations pour améliorer la réponse des pouvoirs publics aux enjeux d'ordre public et de cohésion sociale à Mayotte et à La Réunion.

Renforcer et moderniser le dispositif de surveillance et de détection en mer et accroître les capacités de rétention des étrangers à Mayotte, intensifier les contrôles aux différents points d'entrée de la drogue à La Réunion… Dans un rapport publié le 8 avril 2026 et à la suite d'un déplacement du 2 au 8 septembre 2025, la mission d'information de la commission des lois du Sénat avance 15 recommandations pour ces deux territoires d'outre-mer. Objectif : améliorer la réponse des pouvoirs publics aux enjeux d'ordre public et de cohésion sociale.

En écho à un précédent rapport élaboré en 2020, les sénateurs alertent sur la situation de ces deux territoires ultramarins, frappés coup sur coup par des évènements climatiques extrêmes, le cyclone Chido à Mayotte, en décembre 2024, et le cyclone Garance à La Réunion en mars 2025, qui ont exacerbé les fragilités structurelles du territoire. 

Les moyens mis par l'État avec son plan "Mayotte debout" (loi d'urgence suivie d'une loi pour la refondation) se heurtent à des défis colossaux. L'un des grands enjeux de l'archipel tient à sa situation démographique exceptionnelle, marquée par une très forte pression migratoire. La population de Mayotte a été multipliée par 14 en moins de 70 ans, surtout du fait de l'augmentation des naissances de nationalité étrangère. "À Mayotte, la moitié de la population est de nationalité étrangère, la moitié des étrangers se trouvant en situation irrégulière", soulignent les auteurs Muriel Jourda (Morbihan), Agnès Canayer (Seine-Maritime), Olivier Bitz (Orne) et Audrey Linkenheld (Nord).

Pression migratoire et désordre foncier à Mayotte

Pour les sénateurs, la question migratoire est "la mère des batailles". Il faut d'abord poursuivre une action diplomatique exigeante pour lutter contre les départs clandestins et favoriser le retour des ressortissants en situation irrégulière. Les sénateurs préconisent de renforcer et moderniser le dispositif de surveillance et de détection en mer, d'augmenter les capacités d'intervention de la police aux frontières et de la gendarmerie, d'accroître les capacités de rétention des étrangers et de créer des nouvelles places de prison "en sécurisant le calendrier et les financements".

La situation sécuritaire demeure préoccupante et le désordre foncier freine la construction d'infrastructures. L'État a engagé de nouveaux moyens, avec une augmentation des effectifs des forces de sécurité intérieure, un renforcement de l'arsenal juridique et une réponse judiciaire renforcée pour garantir une réponse pénale plus rapide, systématique et mieux articulée avec les forces de sécurité intérieure. Des efforts qui, selon le rapport, ont permis une baisse d'environ 10% de la délinquance générale et un recul des violences les plus visibles. Enfin, le "désordre foncier" et la place de l'habitat informel ne simplifie pas l'organisation du département le plus pauvre de France.

Forte expansion du narcotrafic à La Réunion

Les sénateurs insistent aussi sur la nécessité de s'assurer du respect des engagements gouvernementaux en matière d'accompagnement de financement des infrastructures indispensables au développement du territoire et au fonctionnement des services publics.

Au sujet de La Réunion, si les sénateurs estiment que l'île bénéficie encore d'une image favorable, ils s'inquiètent tout particulièrement de l'expansion du narcotrafic, des affrontements entre bandes et les violences urbaines et de l'explosion des violences intrafamiliales. Ce dernier phénomène est aggravé par l'alcoolisation, explique le rapport, la consommation d'alcool intervenant dans près de 95% des situations de violences intrafamiliales.

Les sénateurs préconisent de poursuivre les efforts en matière de coordination de l'action des différents services impliqués dans la lutte contre le narcotrafic et d'intensifier les contrôles aux différents points d'entrée de la drogue. Ils proposent aussi de renforcer l'arsenal administratif de lutte contre les troubles à l'ordre public résultant des violences entre bandes, avec par exemple la suspension des allocations familiales ou le renforcement des capacités d'expulsion locative, et d'encourager le développement d'une police capable d'assurer des missions de proximité. Enfin il faut "poursuivre et approfondir la spécialisation de la réponse publique en matière de violences intrafamiliales et de violences sexistes et sexuelles", insistent les sénateurs.

À noter que la sénatrice Audrey Linkenheld ne s'est pas associée à deux recommandations, celle portant sur l’accroissement des capacités de rétention à Mayotte et l'autre sur le renforcement de certains leviers administratifs en matière de troubles à l’ordre public à La Réunion.

 

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