Numérique à l'école : une synthèse sur les usages et les résultats

La direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance a réalisé une synthèse des travaux récents sur la réalité et les apports du numérique éducatif. Les équipements sont de plus en plus présents dans les établissements scolaires et génèrent parfois une amélioration des performances académiques.

Les études sur le numérique éducatif ont fait florès ces dernières années. La crise sanitaire et sa continuité pédagogique ont accéléré la production d'une documentation qui cherche à connaître la réalité de l'enseignement via des outils technologiques et son efficacité. La direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (Depp) du ministère de l'Éducation nationale n'est pas la dernière à s'être interrogée sur le sujet. En février 2021, elle sortait une note sur l'évaluation multidimensionnelle de l’impact d’équipements numériques mobiles sur les apprentissages des élèves. Auparavant, elle s'était penchée sur une évaluation internationale des élèves de quatrième en littératie numérique (1) et pensée informatique, et encore avant sur les disparités d'équipement numérique entre les lycées. Les données abondent et il est de plus en plus ardu de s'y retrouver. Pour faire un point, la Depp se propose, dans une synthèse mise en ligne en septembre 2021, de répondre à la question : "Numérique éducatif : que nous apprennent les données de la Depp ?"

L'éducation prioritaire mieux dotée en ordinateurs

Cette synthèse nous renseigne d'abord sur la présence des équipements numériques à l'école depuis 2009, avec un repère : le nombre d’élèves par ordinateur. Entre 2009 et 2019, l’indicateur est passé de 25,3 à 15,9 élèves pour un ordinateur en maternelle, de 11,6 à 6,9 en élémentaire et de 8,1 à 3 au collège. Au lycée, où le taux d’équipement était plus élevé au départ, on est passé de 3,1 élèves par ordinateur à 2,3 entre 2010 et 2019.

Toujours en termes d'équipements, la synthèse nous rappelle que les lycées de petite taille sont en proportion davantage équipés que les lycées plus grands, de même que les lycées professionnels le sont davantage que les lycées généraux et technologiques. Enfin, les collèges de l’éducation prioritaire sont un peu plus dotés en équipements numériques que les collèges hors éducation prioritaire.

Une pratique "moins prioritaire"

Côté pratiques pédagogiques, les enseignants français ont moins recours aux TIC dans leur enseignement que ceux d’autres pays de l’OCDE. 50% des enseignants du premier degré et 70% de ceux du second degré les utilisent pour guider leurs cours. Et seuls 14% des enseignants du premier degré et 36% de ceux du second degré laissent leurs élèves utiliser de tels outils pour des projets ou travaux en classe. "L’utilisation pédagogique du numérique est considérée comme la pratique la moins prioritaire et la moins faisable par les professeurs de collège, et se distingue également comme la pratique pédagogique la moins répandue", résume une des enquêtes citées. Un constat qui n'est pas surprenant si l'on considère qu'en 2018, seuls 51% des enseignants en collège indiquaient que leur formation initiale abordait l’utilisation des TICE (2). Toutefois, chez les enseignants diplômés après 2008, ce chiffre grimpe à 74%.

Le mythe du "digital native"

Chez les élèves, malgré un fort taux d'équipement – au printemps 2020, 83% des parents de collégiens déclaraient que leur enfant possédait son propre téléphone, 45% qu'il avait son propre ordinateur et 24% sa propre tablette –, les résultats des élèves français se situent "juste un peu au-dessus de la moyenne" en matière de littératie numérique. Un constat qui "ébranle le mythe du 'digital native'" selon lequel les élèves des générations récentes auraient plus de facilité à utiliser le numérique. Explication : d'une part, "la disponibilité de matériel numérique et, le cas échéant, son utilisation personnelle dépendent du milieu social des élèves", d'autre part, "les tâches requises dans les apprentissages scolaires diffèrent des tâches effectuées par les élèves dans leur utilisation personnelle des outils". Les données de la Depp sur le climat scolaire dans les établissements mettent par ailleurs en évidence les risques associés à la cyberviolence. En 2018, les principaux de collège étaient 27% à déclarer que parents ou élèves leur signalaient des publications blessantes sur Internet.

À l'heure d'évaluer les dispositifs proposés pour inclure le numérique à l’école, la Depp avance que "plusieurs études dans la littérature internationale suggèrent que l’utilisation du numérique en classe favoriserait le développement de compétences transversales (persévérance, confiance en soi, autonomie, curiosité, etc.)". Quant à l’évaluation du Plan numérique de 2015, elle conclut à des effets positifs, quoique légers, de l’attribution d'équipements numérique individuels sur les apprentissages des élèves en cinquième puis en quatrième. Enfin, la Depp estime que "l’intégration du numérique dans les enseignements et la vie scolaire semble très liée à l’équipement effectif des collèges, à l’action du chef d’établissement, à l’accompagnement dont les enseignants bénéficient ainsi qu’aux représentations qu’ils ont du numérique en général et de son utilisation pour leur métier".

(1) La littératie numérique s’apprécie comme la capacité d’un individu à participer à une société qui utilise les technologies de communication numériques dans tous ses domaines d’activité (Wikipedia).
(2) TICE : technologies de l'information et de la communication pour l'enseignement.

 

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