Petits colis extra-européens : le Grand Est demande un tour de vis aux frontières
Dans un courrier adressé à Ursula von der Leyen, le président de la région Grand Est alerte sur les conséquences économiques, sanitaires et industrielles de l’explosion des petits colis issus des plateformes asiatiques. Il appelle l’Union européenne à accélérer la mise en place d’une réponse douanière harmonisée.
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Face à l’afflux massif de colis issus du e-commerce extra-européen, le président de la région Grand-Est, Franck Leroy, appelle l’Union européenne à durcir rapidement les contrôles aux frontières du marché intérieur. Dans un courrier adressé le 20 mai 2026 à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, il tire la sonnette d’alarme sur les conséquences économiques, industrielles et sanitaires de l’explosion des importations de petits colis expédiés par des plateformes comme Temu, Shein ou AliExpress.
Pour l’élu, les réponses nationales montrent désormais leurs limites face à un phénomène devenu européen. Il cite notamment la taxe de deux euros instaurée par la France en mars 2026 sur les colis d’une valeur inférieure à 150 euros entrant sur le territoire. "Les flux logistiques se sont réorganisés en quelques semaines", observe Franck Leroy. "Les avions ont quitté certaines plateformes françaises, notamment l’aéroport de Paris-Vatry, dans la Marne, pour atterrir dans d’autres pays européens, avant que les marchandises ne rejoignent la France par la route."
Chutes d’activité, emplois en péril
Les conséquences sont déjà visibles. Selon Fabrice Pauquet, directeur de l’aéroport de Vatry, interrogé sur France Inter le 14 mai, l’activité de la plateforme a chuté de 75% depuis la mise en place de cette taxe, mettant des emplois en péril. Le rendement de la mesure apparaît par ailleurs bien inférieur aux attentes : évalué à environ 2,3 millions d’euros par mois, il reste loin des 400 millions d’euros de recettes annuelles espérées par le gouvernement dans le projet de loi de finances 2026.
Mais pour Franck Leroy, l’enjeu dépasse largement la question fiscale. "Le problème est commercial, industriel, sanitaire et souverain", affirme-t-il. "L’Union européenne ne peut pas demander à ses entreprises, à ses industriels, à ses commerçants et à ses artisans de respecter des normes élevées, qu’elles soient sociales, environnementales, sanitaires ou de sécurité, sans garantir que les produits importés répondent aux mêmes exigences."
Le président de la région Grand Est dénonce une "concurrence déloyale" et met en garde contre les risques pour les consommateurs : jouets non conformes, substances interdites, produits dangereux ou ne respectant pas les standards européens. À ses yeux, l’Union européenne doit désormais appliquer "un principe simple" : tout produit entrant sur le marché européen doit respecter les normes européennes.
Pour une réponse harmonisée
Franck Leroy salue les travaux déjà engagés à Bruxelles pour mieux encadrer les flux de petits colis, mais presse la Commission d’accélérer la mise en œuvre d’une réponse "harmonisée et opérationnelle".
À partir du 1er juillet prochain, un dispositif transitoire doit entrer en vigueur dans l’Union européenne, en attendant la réforme plus large de l’Union douanière. Il prévoit l’instauration d’un droit de douane européen de trois euros par article commandé, auquel devraient s’ajouter, d’ici novembre, des frais de traitement sur les petits colis importés, sur le modèle de la taxe française.
"La souveraineté européenne ne peut pas rester un principe abstrait : elle doit se traduire concrètement aux frontières du marché intérieur", conclut Franck Leroy.