Première session des assises du financement des universités sous tension
Gestion trop rigide, fin d'appels à projet, établissements à deux vitesses : les présidents d'université ont partagé jeudi 26 mars 2026 les difficultés auxquelles ils sont confrontés, lors de la première session plénière des assises du financement, à Paris. Ces assises ont pour but de faire un état des lieux de la situation des établissements et tracer de nouvelles pistes d'économies.
© @Philippe Baptist/ Philippe Baptiste
"La rigidité de notre gestion est colossale", a déploré Éric Blond, président de l'université d'Orléans, en référence notamment aux règles de marchés publics, lors d'une séance ouverte à la presse. Plusieurs dizaines de présidents d'établissements, des représentants syndicaux et d'organisations étudiantes ont été invités à écouter et réagir à un premier diagnostic sur la situation financière des universités, présenté par les deux présidents de la mission, Jérôme Fournel et Gilles Roussel.
Les universités, qui ont accueilli 1,6 million d'étudiants en 2024, sont prises dans un effet de ciseaux, ont-ils rappelé, à cause des charges, notamment la masse salariale (+29% depuis 2018), qui augmentent plus vite que les ressources malgré une "très forte hausse des financements publics", selon eux.
Entre 2018 et 2024, la subvention pour charge de service public a augmenté de trois milliards, selon leurs statistiques. Ce qui n'a pas convaincu tout l'auditoire.
Pour le président de l'université de Tours, Philippe Roingeard, l'un des problèmes tient aussi à la répartition des moyens pour chaque université, source de "sentiment d'injustice et d'incompréhension". "On a besoin d'un modèle transparent" d'allocation, a-t-il plaidé. Un rapport du Sénat, publié en octobre 2025 dénonçait déjà un pilotage "illisible", des financements sélectifs concentrés sur les universités de recherche intensive qui ont favorisé la constitution de "pôles d'excellence" au détriment d'un maillage équilibré (voir notre article du 27 octobre 2025).
Le modèle d'appel à projets en question
Selon les chiffres des deux coprésidents, 95% des ressources des universités sont publiques (voir notre article du 24 mars 2026), mais seul 5% de la trésorerie est libre d'emploi, soit environ 200 millions d'euros. "Quelle place donne-t-on au service public ?", a interrogé la présidente de l'université de Nantes, Carine Bernault, qui plaide pour des "choix politiques clairs" (lire à ce sujet l'interview de Samuel Mayol sur Localtis du 27 février 2026) . Pour elle, le financement ne peut pas se faire par des appels à projet, qui "arrivent à terme", ce qui va "aggraver la situation".
Le modèle d'appel à projets crée par ailleurs une "université à deux vitesses", avec des établissements trop petits pour réussir à en obtenir, selon Dean Lewis, président de l'université de Bordeaux.
Un rapport d'ici la mi-mai
Côté syndicats, Snesup-FSU, la CGT Ferc Sup, Sud Éducation, l'Unef et l'Union étudiante ont quitté la salle, estimant que ces assises sont un "écran de fumée". À l'appel de cette intersyndicale et du réseau Stand up for science, environ 500 personnes, selon les organisateurs, ont manifesté à Paris en fin d'après-midi pour demander plus de moyens pour l'enseignement supérieur public et la recherche, et le respect des libertés académiques.
"Il y a la nécessité d'alerter les citoyens et la représentation nationale sur la multiplication des attaques contre les sciences au sens large", qui sont un "pilier de la démocratie", a déclaré Bruno Andreotti, l'un des organisateurs pour Stand up for science, professeur de physique à l'université Paris Cité.