Programme Territoires de Montagne : une première feuille de route dans le Jura
Logement, mobilités, préservation de la ressource en eau et des milieux vulnérables, forêt et développement économique... Le directeur de la Banque des Territoires, Antoine Saintoyant, a présenté le 5 juin à Poligny une feuille de route pour la transition du massif du Jura, première déclinaison du programme Territoires de Montagne lancé au mois d'octobre en réponse notamment aux enjeux climatiques.
© @Michel François Delannoy/ Antoine Saintoyant
Huit mois après son lancement au congrès des élus de la montagne aux Angles, le programme Territoires de Montagne de la Banque des Territoires entre dans le vif du sujet. Son directeur Antoine Saintoyant s’est rendu à Poligny (Jura), commune de près de 4.000 habitants, vendredi 5 juin, pour présenter le premier "plan de route", à l’échelle du massif du Jura. Ce programme doté de six milliards d’euros sur cinq ans, destiné à répondre aux enjeux de transition des territoires de montagne, a en effet vocation à être décliné dans chacun des huit massifs français (Alpes du Nord, Alpes du Sud, La Réunion, Jura, Corse, Pyrénées, Massif central, Vosges), en partant de leurs particularités. La Banque des Territoires a prévu de mettre en place un "continuum" de solutions et d’accompagnements, dont 5,5 milliards d’euros de prêts, 400 millions d’euros d’investissements dans des sociétés de projets et une enveloppe de 30 millions d’euros pour de l’ingénierie (diagnostics, études, financements de postes de chefs de projets…). Elle va également s'appuyer sur les filiales du groupe Caisse des Dépôts. "Ce plan de route, élaboré avec les acteurs du massif du Jura, est une réponse concrète aux défis spécifiques du territoire. Notre ambition est d’accompagner durablement les collectivités en transformant leurs atouts en levier de développement, tout en anticipant les mutations climatiques et socio-économiques", a expliqué le directeur régional Bourgogne-Franche-Comté de la Banque des Territoires, Charles du Dresnay, à cette occasion.
Cinq priorités
Le plan de route du Jura est structuré autour de cinq priorités : logement, mobilités, préservation de la ressource en eau et des milieux vulnérables, forêt et développement économique. La tension sur le parc de logements, aussi bien pour les permanents que les saisonniers, est un sujet majeur pour ce territoire relativement jeune (24% de la population a moins de vingt ans) qui comporte quelque 57.000 frontaliers travaillant de l’autre côté de la frontière, en Suisse. Une proximité qui fait grimper les prix de l’immobilier. D’autres communes, plus éloignées de la frontière, comme Poligny, rencontrent d’autres problématique, notamment un habitat ancien dégradé. Le plan entend agir sur les deux tableaux. Dès le mois de juin, la Banque des Territoires va recenser les bâtiments publics vacants ou vétustes afin de favoriser la création de logements communaux "abordables" sur la zone frontalière. Avec le département du Jura, elle va financer une étude pour recenser les logements sociaux et identifier les freins à la production de nouveaux logements. Une démarche qui sera par la suite élargie aux départements du Doubs et de l’Ain. Elle va aussi accompagner la rénovation de l’habitat privé dégradé.
Le plan prévoit par ailleurs des solutions de mobilités adaptées aux territoires de montagne. La Banque des Territoires va aider la région Bourgogne Franche-Comté, via des prêts, à acquérir des rames de TER, notamment pour la ligne des Horlogers qui relie Besançon à La Chaux-de-Fonds, en Suisse.
Autre enjeu : la préservation de la ressource en eau, avec un sol majoritairement karstique (qui implique une infiltration rapide vers les nappes souterraines) et des déficits de précipitations parfois marqués, comme en août 2022 (-45% de pluies par rapport aux moyennes). Le plan prévoit notamment le financement de réseaux d’eau, l’adaptation des infrastructures et la gestion des déchets. La Banque des Territoires va aussi financer en partenariat avec CDC Biodiversité, le développement d’un outil de simulation du dérangement des espèces de faune et flore.
Un poste de chef de projet pour la forêt
Autre annonce forte : elle va cofinancer à hauteur de 50% sur 5 ans un poste de chef de projet dédié au développement et à la structuration de la filière bois-forêt à l’échelle du massif. La forêt est un axe capital de l’économie jurassienne, sachant que 96% des communes du massif possèdent des parcelles forestières. Mais ces forêts sont fragilisées par la sécheresse, les incendies, les maladies... "Sur le premier plateau, qui se situe autour de 400 mètres, le scolyte a tué tous les épicéas, et il commence à atteindre le haut Jura, c’est une vraie problématique", explique Dominique Bonnet, le maire de Poligny, "7e commune forestière de France", et président de la communauté de communes Cœur du Jura. "La question est : quelles plantations allons-nous faire dans les années à venir ? Il nous faut aller chercher dans le Sud des plans qui résistent à la chaleur, robustes, sans oublier que nous sommes des territoires de production de bois d’œuvre et de chauffage", développe-t-il.
Agriculture, tourisme, production industrielle… Le soutien au développement territorial n’est pas en reste dans ce plan. "C’est un fait peu connu : le Jura est le premier département industriel de France en nombre d’emplois par habitant", insiste Dominique Bonnet. "On a une image discrète, d’espace naturel, mais on a une industrie parsemée partout dans le secteur, avec des leaders mondiaux, tels que Girod, Algeco ou Bel. Mais certains secteurs souffrent. Beaucoup de sous-traitants de l’automobile ont fermé. Il peut y avoir une réflexion sur la transformation de ces unités", fait valoir l’édile. Et ici plus qu’ailleurs, les stations de montagne doivent faire face au manque de neige et travailler à leur diversification. La station de Métabief (Doubs) a déjà pris le tournant en entérinant en 2025 sa conversion vers un tourisme quatre saisons. La station des Rousses, dans le Jura, va lui emboîter le pas. Le plan prévoit là aussi le financement d'un poste de chef de projet pour la transformation de ces stations. Et un autre pour le thermalisme, à Divonne-les-Bains (Ain). La Banque des Territoires va également réaliser un état des lieux de tous les centres de vacances du massif afin d’identifier les sites prioritaires à accompagner.