Adaptation au changement climatique : les représentants de la montagne remettent leur rapport intermédiaire
L’eau et le logement ressortent parmi les enjeux prioritaires du rapport intermédiaire remis par l’Anem et le CNM au gouvernement en vue d’élaborer une feuille de route sur l’adaptation au changement climatique des territoires de montagne. Avec un maître mot : l’"habitabilité".
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Sans surprise, l’Association nationale des élus de la montagne (Anem) et le Conseil national de la montagne appellent à un "plan Avenir montagnes II" pour prendre la suite du précédent programme achevé fin 2025. Chargés l’an dernier par le gouvernement d’élaborer une feuille de route sur l’adaptation des territoires de montagne au changement climatique, les deux instances ont remis leur rapport intermédiaire, le 2 avril. Un maître mot s’impose dans ce travail conduit pendant près d'un an par deux groupes de travail : l’"habitabilité", entendue comme "la capacité à accueillir durablement des habitants, des travailleurs et des activités économiques, tout en préservant les équilibres environnementaux".
Ce rapport intermédiaire s’inspire largement de celui de Joël Giraud de 2023, intitulé "Pour une montagne vivante en 2030" et, plus récemment celui des députés Xavier Roseren et Denis Fégné "sur la transition des modèles des stations de montagne". Partant du constat que les territoires de montagne sont plus impactés par les effets du changement climatique (moindre enneigement, risque naturels accrus...), les auteurs ouvrent des "pistes de réflexion" pour une diversification des activités économiques aujourd'hui très dépendantes du ski. Pour assurer cette diversification, il existe, selon eux, un "cercle d’interdépendance" entre les différents facteurs de dynamisme territorial : "Le développement économique et l’attractivité des territoires de montagne reposent sur un équilibre entre emplois, logements, services et qualité de vie", soulignent-ils. Ce qui implique un maintien des services publics, notamment des classes.
Difficultés de logement
Si l’économie du ski génère encore d’importantes retombées, elle "crée une forme de fragilité structurelle" hors saison. Tout en alertant sur les risques du "surtourisme" dans certains endroits et les conflits d’usage, le rapport plaide pour un modèle "quatre saisons", qui permettrait aux saisonniers de s’installer plus durablement à la montagne, "avec la perspective d’y vivre à l’année, et potentiellement, d’y fonder une famille". "Un premier enjeu majeur concerne la capacité à loger les habitants permanents et les travailleurs saisonniers", soulignent les rapporteurs. L’un des problèmes rencontrés par les entreprises, que ce soit dans le domaine industriel, le tourisme ou l’agriculture, est de pouvoir "héberger une main-d’œuvre souvent indispensable mais difficile à loger", alors que l’offre locative (préemptée par le logement touristique) et les bailleurs sociaux font défaut.
Comme pour le précédent plan Avenir montagnes, l’Anem et le CNM veulent porter l’effort sur les "lits froids", ces appartements qui ne sont occupés que quelques semaines par an. Ils préconisent une "bonification du dispositif MaPrimeRénov’ pour les logements situés en zone de montagne", afin de tenir compte des surcoûts liés aux conditions climatiques, à l’altitude et aux dépenses énergétiques. À l’heure actuelle cette prime n’est pas ouverte aux résidences secondaires.
Gestion de l'eau
Autre point important, source de bien des tensions : la gestion de l’eau avec, en filigrane, l’augmentation des risques naturels. Comme dans la proposition de loi porte par l’Anem visant à un "acte III de la loi Montagne" (lire notre article du 31 mars), les auteurs souhaitent "favoriser la solidarité entre amont et aval y compris en ce qui concerne la compétence Gemapi".
Le rapport plaide pour des "retenues collinaires multiusages" (eau potable, sécurité incendie, abreuvement des animaux, irrigation et sports d’hiver), tout en rejetant les "mégabassines" et les prélèvements sur les nappes. C’est aussi un des points abordés dans la proposition de loi.
Les auteurs du rapport insistent aussi sur la défense du "pastoralisme" constitutif de l’identité montagnarde, dans un contexte de conflits d’usages croissants. S’agissant du loup, entre la vision des agriculteurs et celle des associations environnementales, le rapport rappelle la position de l’Anem : augmentation du plafond autorisé pour les tirs de défense tout en incitant à la protection des troupeaux. "Un point d’équilibre doit être trouvé pour maintenir le pastoralisme, important en montagne autant pour l’entretien des espaces que pour la souveraineté alimentaire", souligne le rapport.
À noter que pour la diversification des activités économiques des territoires de montagne, une partie du travail a déjà été accompli avec les plans stratégiques d’adaptation au changement climatique (Pacc), rendus obligatoires par la loi Climat et Résilience de 2021. À l’exception des Alpes, tous les massifs ont déjà présenté le leur.