Rentrée universitaire 2026 : au-delà du repas à 1 euro, du logement… Philippe Baptiste ouvre le débat sur l'avenir de l'université

Le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a présenté les principaux axes de la rentrée universitaire 2026. Au menu : simplification de l'accès aux aides étudiantes, maintien d'un effort en faveur du logement et poursuite de la généralisation du repas à 1 euro même si, sur ce point, le Cnous a depuis énoncé ses limites.  Le ministre a aussi rappelé son souhait de débattre du rôle du baccalauréat et des conditions d'accès à l'université ou encore de la place de l'intelligence artificielle. 

Philippe Baptiste a dessiné lors de sa conférence de presse de rentrée, mercredi 23 septembre 2026, le cap qu'il imagine pour les années à venir pour l'enseignement supérieur.

Première nouvelle, après plusieurs mois de concertation, le calendrier de la réforme de l'accès aux études médicales est désormais arrêté : il entrera en vigueur à la rentrée 2027. La réforme se traduira par la disparition des actuels parcours Pass (parcours d'accès spécifique santé) et LAS (licence avec accès santé). Le gouvernement leur substituera une première année unique de "licence portail santé". Il souhaite ainsi harmoniser des pratiques aujourd'hui très différentes selon les territoires tout en conservant l'objectif de diversification des profils. La réforme s'inscrit également dans le pacte gouvernemental de lutte contre les déserts médicaux. À terme, l'objectif est de proposer une première année d'accès aux études de santé dans chaque département. Une quinzaine de nouveaux sites pourraient ouvrir dès 2027 sans que leur localisation n'ait encore été rendue publique.

Le repas à 1 euro victime de son succès

L'autre grand sujet de cette rentrée concerne la restauration universitaire. Généralisée à l'ensemble des étudiants depuis le mois de mai 2026, la mesure du repas à 1 euro est victime de son succès. Le ministère indique que la loi de finances 2026 avait prévu une enveloppe de 50 millions d'euros pour accompagner son déploiement, financer les compensations tarifaires, créer des emplois supplémentaires et soutenir les investissements dans les restaurants universitaires. Plus de 200 équivalents temps plein ont ainsi été créés dans le réseau des Crous. 

Mais la forte hausse de fréquentation place aujourd'hui certains établissements en difficulté. Le Centre national des œuvres universitaires et scolaires (Cnous) affirme dans son communiqué du jeudi 24 septembre qu'1,3 million de repas supplémentaires ont été servis depuis la rentrée, soit une progression de 48% par rapport à la même période de 2025. Face à cet afflux, la présidente du Cnous, Bénédicte Durand, a demandé aux directeurs des Crous de définir la "capacité maximale soutenable" de chaque point de restauration afin de garantir la sécurité des usagers et des personnels. Les capacités d'accueil devront être affichées et des dispositifs de régulation pourront être mis en place lorsque cela s'avérera nécessaire. 

De nombreux personnels des Crous étaient en grève, mardi 22 septembre, pour réclamer davantage de moyens. Quelque 204 personnels ont été recrutés, mais il faudra "peut-être aller plus loin", a estimé le ministre, promettant de "regarder les besoins de chaque restaurant universitaire, au cas par cas".

Dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027 et "malgré la contrainte budgétaire extraordinairement forte", le gouvernement a annoncé des crédits supplémentaires. Sur les 500 millions d'euros additionnels annoncés pour l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante, 143 millions d'euros doivent être consacrés aux Crous, notamment pour financer durablement le repas à 1 euro, les recrutements déjà réalisés ainsi que les travaux et renouvellements d'équipements.

Accès aux droits : le ministère poursuit sa stratégie contre le non-recours

Le dossier de rentrée met également l'accent sur les conditions de vie étudiante. Le ministère revendique une politique de simplification des démarches administratives, avec notamment le nouveau dossier social étudiant (DSE) permettant de solliciter à la fois une bourse et un logement. Plus de 1 million de dossiers ont été déposés via ce dispositif. 

L'administration entend également lutter contre le non-recours aux aides grâce à l'expérimentation "Campus : zéro non-recours", actuellement menée dans huit universités. L'objectif est de mieux repérer les étudiants confrontés à des difficultés financières ou sociales et de les orienter vers les dispositifs existants. 

Sur le volet santé mentale, érigé en grande cause nationale en 2026, le ministère met en avant le numéro national 3040, chargé d'orienter les étudiants vers les dispositifs d'accompagnement psychologique, ainsi que la montée en puissance de Santé Psy Étudiant et des services de santé étudiante. 

Logement : priorité aux étudiants ultramarins

Autre priorité affichée : le logement étudiant. Le gouvernement poursuit le déploiement du plan visant la réalisation de 45.000 logements étudiants abordables d'ici à la fin du quinquennat. Le programme Agile, porté avec la Banque des Territoires, mobilise à lui seul 5 milliards d'euros pour soutenir la construction de nouvelles résidences étudiantes. Action Logement et le Cnous ont d'ailleurs signé le 24 septembre à l'occasion du 86e Congrès HLM, un nouveau partenariat destiné à renforcer la promotion de la garantie Visale auprès des étudiants (voir notre article du 24 septembre).  

Dans son dossier de presse, le ministère met en avant les mesures spécifiques destinées aux étudiants ultramarins. Depuis le printemps 2026, les étudiants boursiers originaires des outre-mer bénéficient "d'une priorité renforcée pour l'accès aux logements Crous lorsqu'ils poursuivent leurs études dans l'Hexagone". Une mesure qui a déjà permis d'augmenter de 6% le nombre d'étudiants ultramarins logés à l'issue des campagnes d'attribution de 2026, selon le ministère.

Pas question "d'interdire l'accès à l'enseignement supérieur à des bacheliers"

Au-delà des annonces budgétaires, Philippe Baptiste souhaite engager un débat sur l'avenir de l'enseignement supérieur. À l’approche de la présidentielle, le ministre appelle à s'interroger sur l'évolution des droits d’inscription, le rôle du baccalauréat, les conditions d'accès à l'université. Et si le ministre pointe l'écart entre les aspirations des lycéens et "leur niveau réel", pas question selon lui "d'interdire l'accès à l’enseignement supérieur à des bacheliers". Il évoque plutôt la possibilité "d'une année de remise à niveau" pour ceux qui en auraient besoin.

Autant de piste de réflexions qui demeurent très éloignées des recommandations formulées début septembre par la commission d'enquête sénatoriale sur "l'excellence académique des universités". Les sénateurs proposaient notamment de remettre en cause le droit quasi automatique d'accès à l'université après le baccalauréat, de relever fortement les droits d'inscription jusqu'à 900 euros en licence et 1.300 euros en master ou encore d'approfondir l'autonomie et la transformation de la gouvernance des établissements (voir notre article du 9 septembre 2026).

 

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