Santé : "En France, on fait semblant de faire de la prévention", juge le député Cyrille Isaac-Sibille missionné sur le sujet
À mi-parcours de la mission sur la prévention santé que lui a confiée le Premier ministre (voir notre article), le député Cyrille Isaac-Sibille (Les Démocrates, Rhône) a tenu le 6 mai 2026 une conférence de presse pour faire part de son diagnostic. "En France, tout le monde parle de la prévention mais on fait semblant. On se donne bonne conscience mais il n'y a rien de structuré", a-t-il affirmé sans détour, à l'issue d'une centaine d'auditions. Le député pointe "une coupure entre la science, la recherche et la prise de décision", ce qui aboutit selon lui au fait que de nombreuses actions se mettent en place "sans expertise", sans définition ni mesure des résultats attendus.
Le député a rappelé en outre que la protection maternelle et infantile (PMI), la médecine scolaire et la médecine du travail avaient été mises en place, au lendemain de la guerre, comme "pendant" au système de soins et à l'Assurance maladie. Mais "le soin a pris une telle hypertrophie que les trois autres, les médecines de prévention hors Assurance maladie, ne sont plus rien ", a-t-il déploré.
Le véritable enjeu est de "transformer notre système en un vrai système de santé", a insisté Franck Chauvin, ancien président du Haut Conseil de la santé publique et spécialiste de prévention en cancérologie, qui anime un groupe d'experts dans le cadre de cette mission parlementaire. "Ce n'est pas le nombre de médecins qui fait l'espérance de vie", a-t-il affirmé, rappelant que seuls 16 à 17% de notre état de santé dépend du système de soins et que le reste "se passe ailleurs" (environnements, comportements et modes de vie…).
La France est "formellement bien équipée" avec "beaucoup d'acteurs" et il existe des "marges de progression" (tabac, alcool, nutrition, inégalités sociales de santé…) mais aussi "des raisons d'espérer", a nuancé Malik Lahoucine, fonctionnaire du ministère de la Santé, détaché pour appuyer Cyrille Isaac-Sibille dans cette mission. Il a cité la vaccination des parturientes mise en place pour éviter aux nourrissons la bronchiolite, la "mobilisation collective" observée lors de l'épidémie de Covid-19 ou encore les "initiatives locales sur les premiers secours en santé mentale".
"Qu'est-ce qu'il se passe si on ne fait rien ? Le système s'écroule", avertit le député du Rhône, appelant au "courage politique". Le futur rapport, qui devrait être prêt début juillet, abordera la prévention santé au sens large ("de la vaccination à la santé environnementale", en passant notamment par la politique des 1.000 premiers jours et le plan anti-chutes) et contiendra des recommandations sur les investissements nécessaires et sur la gouvernance. Cyrille Isaac-Sibille estime que "tout ce qui est approche populationnelle relève du public", mais qu'il pourrait y avoir une "coopération public-privé" en matière d'approche individualisée et fondée sur l'intelligence artificielle – un domaine qui requiert selon lui "beaucoup d'agilité" et des "investissements massifs".