Accès aux soins, prévention, enfance et grand âge : Stéphanie Rist présente sa feuille de route aux parlementaires

Accès aux soins, prévention, "protection des vulnérabilités" – petite enfance, protection de l'enfance, grand âge – et anticipation du virage démographique, efficacité et souveraineté de l'État : Stéphanie Rist, ministre de la Santé et des Familles, a présenté la semaine dernière ses priorités devant les parlementaires des deux chambres. Dans le temps réduit dont elle dispose, la ministre accompagnera des réformes telles que l'arrivée des docteurs juniors en novembre prochain et promet des avancées sur certains chantiers majeurs – dont celui des déficits des hôpitaux et celui des métiers du grand âge et de la petite enfance. 

Auditionnée successivement à l'Assemblée nationale et au Sénat les 28 et 29 avril 2026, Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées, a présenté sa feuille de route aux parlementaires. Assumant une posture d'"humilité" dans "un contexte de fragilité", celle qui est pour la santé la "huitième ministre en deux ans" affirme vouloir "continuer à agir, décider et tenir le cap". 

1,1 milliard d'euros de mises en réserve

Interrogée sur les deux milliards d'euros d'économies qui s'imposeraient à son périmètre pour compenser le coût de la guerre au Moyen-Orient (voir notre article), Stéphanie Rist indique que la ventilation n'est pas arbitrée. À ce stade et comme chaque année, des crédits ont été mis en réserve : 1,1 milliard d'euros pour 2026, qui portent sur les établissements de santé et le financement de mesures nouvelles et orientations prioritaires (180 millions d'euros, la Fédération hospitalière de France s'opposait en janvier dernier à ce "gel prudentiel", voir notre article), les soins de ville (150 millions d'euros) et le fonds d'intervention régional (FIR, avec "par rapport aux autres années un effort plus important de mise en réserve" selon la ministre). La somme globale est la même que l'année dernière, mais dans un contexte où le risque d'aléa défini par le Comité d'alerte sur l'évolution des dépenses d'assurance maladie serait quatre fois moins élevé qu'il y a un an à la même date, a souligné la ministre.

Dans son premier avis au titre de la LFSS 2026, publié le 20 avril 2026, le comité d'alerte appelle toutefois "à une grande vigilance à l’égard de l’évolution des dépenses de soins de ville et de la situation financière des établissements publics de santé, ainsi qu’à un renforcement du pilotage financier de ces derniers". 

Renforcer l'organisation territoriale pour réduire les déficits des hôpitaux 

Stéphanie Rist prévoit sur ce sujet de prendre prochainement deux initiatives : "une clarification de notre Ondam [objectif national de dépenses d'assurance] avec la création de sous-objectifs" et "une démarche visant à diminuer voire tourner la page des déficits" des hôpitaux, quel que soit leur statut. Cette démarche, qui devrait s'appuyer sur les recommandations récentes des Inspections générales (voir notre article), "s'appuiera sur le renforcement d'une organisation territoriale fondée sur plus de mutualisation, notamment au travers des groupements hospitaliers de territoire", mentionne la ministre. 

Ces évolutions s'inscrivent dans la quatrième priorité présentée par Stéphanie Rist, celle qui consiste à viser "un État efficace au service d'un pays souverain, autonome, résilient et innovant". Interrogée sur la pertinence d'une loi de programmation en santé, Stéphanie Rist considère que "ce n'est pas le sujet". L'enjeu est selon elle d'avoir un "débat public" sur "le financement global du système", du fait du vieillissement de la population, en abordant l'articulation entre assurance maladie et assurances complémentaires. Une mission portée par quatre personnalités qualifiées "rendra d'ici l'été des propositions", indique la ministre, qui estime que ce débat doit avoir lieu dans le cadre de l'élection présidentielle. 

Docteurs juniors : certains maires seront "déçus" 

La "première priorité" de Stéphanie Rist est l'accès aux soins, avec "deux chantiers majeurs" que sont le réseau France Santé et la formation. 

France Santé vise à "augmenter le temps soignant disponible par la coopération entre les professions de santé, accélérer le déploiement de la télémédecine et créer des nouveaux lieux de soins là où il en manque encore cruellement", a rappelé la ministre. Cette dernière relève "un retard assez affolant" sur les téléconsultations, qui représentent 4% du total des consultations en France contre 20% en moyenne dans les pays de l'OCDE et 40% en Espagne. 

Concernant la formation, les 3.700 docteurs juniors (nouvelle quatrième année d'internat de médecine générale) seront déployés en novembre prochain "prioritairement dans les territoires qui en ont le plus besoin". Stéphanie Rist avertit : "Il y aura probablement plus d'encadrants que d'internes" et certains maires seront "déçus". "Ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas un étudiant en novembre qu'ils ne l'auront pas l'année d'après", veut rassurer par anticipation la ministre. 

Interrogée sur le dispositif de solidarité territoriale qui constituait la mesure phare du plan de lutte contre les déserts médicaux dévoilé par le gouvernement Bayrou il y a un an (voir notre article), Stéphanie Rist répond que les médecins volontaires permettent actuellement de réaliser 15.000 consultations dans une cinquantaine de lieux. Pour rappel, le plan gouvernemental d'avril 2025 mettait en avant "un potentiel de 50 millions de consultations supplémentaires par an pour les zones sous-dotées", dont 30 millions du fait du mécanisme de solidarité territoriale et 15 millions du fait des docteurs juniors – on en est loin pour la solidarité territoriale, mais Stéphanie Rist reprend le chiffre de 15 millions concernant les docteurs juniors. 

Santé mentale : bilan et perspectives de la "grande cause" le 2 juin prochain 

"Deuxième priorité" : la prévention. La ministre souhaite mettre en place "une approche intégrée de notre politique de prévention personnalisée centrée sur le dernier kilomètre et avec un pilotage par la donnée". À ce sujet, le député Cyrille Isaac-Sibille (Les Démocrates, Rhône) présentera cette semaine ses observations à mi-parcours dans le cadre de la mission que lui a confiée le Premier ministre sur la prévention santé (voir notre article). 

Stéphanie Rist promet des annonces sur les conduites addictives, autour de la prévention par la sensibilisation et le développement de compétences psychosociales chez les jeunes. Une réunion interministérielle sera par ailleurs organisée le 2 juin prochain pour dresser le bilan et les perspectives de la "grande cause nationale" 2025-2026 sur la santé mentale. Alors que le délégué ministériel Franck Bellivier a quitté ses fonctions en janvier dernier, un délégué interministériel à la santé mentale sera prochainement nommé. "Rattachée à la direction générale de la santé", cette future délégation "devra s'articuler autant avec l'Éducation nationale, le logement, le travail, la jeunesse, le numérique ou l'agriculture", selon la ministre. 

Revalorisation et stratégie RH : une nouvelle stratégie 

Enfin, une troisième priorité englobe de façon large l'ambition de "protéger les vulnérabilités et d'anticiper le virage démographique"… Soit le soutien à la natalité et aux familles – déploiement du congé supplémentaire de naissance, modes de garde et structuration du service public de la petite enfance –, la politique dédiée au vieillissement – il s'agit de "répondre aux enjeux de développement massif de la prévention et de l'habitat intermédiaire" – et la réforme de la protection de l'enfance avec le futur projet de loi. Sur les sujets handicap, la ministre renvoie à sa ministre déléguée et à la future Conférence nationale du handicap (CNH) qui aura lieu "fin juin".

Concernant la petite enfance comme le grand âge, Stéphanie Rist déclare souhaiter "revaloriser et mieux reconnaître les métiers, avec une réelle stratégie RH pilotée et structurée" – stratégie sur laquelle elle entend revenir "dans les prochains jours". 

Interrogée par la députée PS Céline Hervieu (qui porte une proposition de loi visant à mieux réguler les crèches privées – voir notre article) sur les difficultés des gestionnaires de l'économie sociale et solidaire (ESS, voir notre article) dans les champs de la petite enfance et du médico-social, la ministre indique qu'"on a besoin de tous les modèles", la répartition entre statuts étant selon elle "très lié à l'histoire des collectivités". "Il y a besoin d'une refondation de ce financement, on commence à y travailler", ajoute par ailleurs Stéphanie Rist, concernant l'accueil du jeune enfant. 

À noter enfin que la ministre confirme le scénario d'une généralisation de l'expérimentation sur le financement des Ehpad – prise en charge des sections soins et dépendance, fusionnées, par l'Assurance maladie. "La généralisation coûterait entre 400 et 500 millions d'euros et la question est plutôt le délai dans lequel on généralise", estime la ministre, qui juge nécessaire d'"avancer avec les départements sur ce sujet". 

 

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