Santé mentale dans les quartiers : un sujet qui reste entier pour la politique de la ville

La santé mentale "souffre d'une faible prise en compte dans la politique de la ville", alors qu'il s'agit d'un enjeu prioritaire pour une majorité d'acteurs de terrain, selon l'Inter-réseau des professionnels du développement social urbain (Irdsu) qui a mené une enquête sur le sujet. Si des dispositifs tels que le conseil local de santé mentale existent, des progrès restent à accomplir pour sensibiliser, accueillir et accompagner les habitants, et en particulier les jeunes, sur ces enjeux. 

Comme partout, et peut-être encore plus qu'ailleurs, la santé mentale des habitants est un enjeu majeur dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). C'est ce que dessinent les résultats, récemment publiés, d'une enquête flash conduite par l'Inter-réseau des professionnels du développement social urbain (Irdsu). Les réponses sont celles de 251 acteurs de terrain de toute la France, aux statuts assez différents (42% de fonctionnaires territoriaux, 23% d'acteurs associatifs, 18% de travailleurs sociaux, 8% de professionnels de santé, 5% de bailleurs sociaux). 

La santé mentale est définie comme un enjeu "prioritaire" ou "très prioritaire" par la majorité de ces acteurs (83%). 53% estiment que ce sujet est "plus important dans les QPV qu'ailleurs". Deux facteurs sont en particulier identifiés : la précarité économique et le chômage (86%) et l'isolement social et la solitude (82%). Viennent ensuite l'accès difficile aux soins (60%), les violences et l'insécurité (57%), puis la dégradation ou l'insalubrité du logement (50%) et les stigmatisations ou discriminations (45%). 

Selon les répondants, les populations les plus touchées par des problématiques de santé mentale sont les jeunes (78% pour les enfants et adolescents, 74% pour les jeunes adultes), les mères isolées (70%) et les personnes âgées (55%). Les troubles cités sont notamment l'anxiété et la dépression, les addictions, les troubles du comportement. 

Un manque de moyens, de connaissance et de coordination entre acteurs 

La quasi-totalité des personnes interrogées pointent un manque de moyens pour répondre à ces enjeux. Les trois autres obstacles les plus cités sont "la méconnaissance des troubles et des dispositifs", "le tabou et la honte" et "les délais d'attente pour accéder aux soins". 

Les acteurs interrogés connaissent les dispositifs existants (95%), mais le plus souvent "partiellement" (57%). Les dispositifs les plus répandus seraient le contrat local de santé (66% des répondants indiquent qu'il en existe un sur leur territoire, 23% ne savent pas) qui comporte souvent un axe santé mentale (76%), le conseil local de santé mentale (76%), avant l'atelier santé ville et le projet de territoire en santé mentale (39% de oui, 38% de "je ne sais pas" pour ces deux dispositifs). Au-delà de ces dispositifs spécifiques, la coordination entre acteurs (santé, social, collectivités, associations…) sur la santé mentale est jugée "peu satisfaisante" par 58% des personnes interrogées. 

"La thématique de la santé mentale souffre d'une faible prise en compte dans la politique de la ville", en conclut l'Irdsu, qui ajoute que "ce constat est aggravé par un manque de données chiffrées" (pour 75% des répondants). Les actions prioritaires à mettre en place seraient un "accompagnement spécifique des jeunes et des familles" (70%), le "développement de structures de proximité" (67%) ou de "permanences de proximité" (79%) et des "ateliers de sensibilisation et de prévention" (63%), mais aussi la mise en réseau "plus structurée" des acteurs (64%), des actions de formation (63%) et des financements dédiés (60%). 

 

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