Santé : quel rôle pour les régions ?

Formation, accès aux soins, recherche et innovation… les régions s'impliquent de plus en plus en matière de santé et entendent voir leur rôle "reconnu" et "amplifié". Le 4 juin, à l'occasion de la présentation d'une étude dédiée à ce sujet, des élus de Régions de France ont surtout mis en avant leur besoin de moyens et de visibilité de la part de l'État pour continuer à agir dans ce domaine. 

En matière de santé, les régions agissent déjà et sont prêtes à aller plus loin. C'est le message que Régions de France a porté le 4 juin 2026, lors d'un événement organisé à Saint-Ouen à l'occasion de la publication d'une étude sur le sujet.

En dix ans, le budget régional par habitant consacré à la santé a triplé, selon l'association d'élus. Les régions ont une compétence obligatoire qui est celle du pilotage et du financement des formations sanitaires et sociales (infirmiers, aides-soignants, ambulanciers, sage-femmes, masseurs-kinésithérapeutes, assistants de service social, éducateurs spécialisés, etc.). Elles ont dépensé pour cela 1,6 milliard d'euros en 2025. 

Mais au-delà, "toutes les régions développent des politiques volontaristes en faveur de la santé", selon Jérôme Durain, président de la région Bourgogne-Franche-Comté et de la commission Santé de Régions de France. En 2025, les dépenses facultatives des régions pour la santé se sont élevées à 573 millions d'euros, dont environ 100 millions d'investissement et le reste en fonctionnement. Il s'agit pour les régions de soutenir l'accès aux soins et à l'exercice coordonné (aides à l'installation, salariat de professionnels de santé…), de financer des actions de prévention et promotion de la santé, des démarches de santé environnementale et s'inscrivant dans l'approche "Une seule santé" (voir notre article), des équipements numériques (télémédecine) ou encore le développement de la recherche et de l'innovation. 

Des "apports agiles" pour combler "les trous dans la raquette"  

Dans certains territoires, les défis sanitaires sont d'une telle ampleur que le portage politique de certains sujets peut s'avérer décisif, comme cela a été le cas à La Réunion où la région a contribué à l'ouverture du deuxième cycle d'études de médecine qui manquait jusque-là. La région vise plus globalement l'"autonomie sanitaire", indique Laëtitia Lebreton, conseillère régionale déléguée à la santé. Cela l'a conduit à financer, via des fonds européens, l'acquisition par le CHU d'un Tep Scan pour que cet examen médical puisse être fait sur place, évitant ainsi le processus lourd et coûteux d'une évacuation sanitaire. 

Pour agir sur des indicateurs de santé jugés mauvais, la région Hauts-de-France a de son côté adopté en 2025 une stratégie "politique santé à 360 degrés", explique sa vice-présidente Anne Pinon. Le principe retenu est celui d'une action "très transversale" dans les différents champs de compétence de la région (mobilité, restauration dans les lycées…), mais aussi à travers de l'investissement immobilier dans des maisons de santé ou encore des aides permettant aux centres hospitaliers de recruter des assistants à temps partagé et des chefs de clinique régionaux. Les soutiens sont ciblés, tant en termes de dispositifs que de territoires - avec une priorité accordée aux territoires fragiles tels que le bassin minier -, de façon à combler "les trous dans la raquette". "C'est cette agilité aussi que nous avons réussi à démontrer", se félicite Anne Pinon. 

Directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) Île-de-France, Denis Robin confirme l'intérêt de ces "apports agiles", de ces "concours rapides pour répondre à un problème qu'on a clairement identifié"… Soit, pour les ARS, un type de partenariat très différent par rapport à ce qui se joue avec les départements sur le médicosocial. 

Quatre scénarios d'évolution du rôle de la région 

Les régions estiment donc qu'il est temps de "reconnaître, clarifier, sécuriser et amplifier ce rôle" qui est devenu le leur en matière de santé. Présentés comme des "pistes de réflexion prospective", quatre scénarios d'évolution du rôle des régions dans la gouvernance sanitaire sont présentés dans l'étude. Les deux premiers n'impliquent pas de bouleversement majeur : "optimisation du cadre actuel" (renforcer l'action des régions et une "coopération structurée avec les ARS", sans modifier les équilibres institutionnels actuels) et intégration du prisme de la santé dans toutes les politiques régionales (avec le "pilotage de la santé environnementale" et la région "cheffe de file opérationnelle du PRSE"). 

Dans le troisième scénario, il s'agirait de "partager la gouvernance de la santé", avec un copilotage régions-ARS sur des "objets prioritaires ciblés" tels que l'accès aux soins, l'attractivité médicale et la prévention, mais également une participation de la région à la définition des priorités du projet régional de santé (PRS). Enfin, le quatrième scénario est celui d'une région endossant un rôle structurant et reconnu par la loi de "chef de file territorial en matière de santé", avec une "capacité d'intervention directe sur l'organisation de l'offre de soins". 

À ce stade, Régions de France ne plaide pour aucun des scénarios en particulier – la position pourrait être clarifiée d'ici la diffusion du "livre blanc" qui sera diffusé par l'association en amont de l'élection présidentielle. Mais plusieurs des élus présents ce 4 juin 2026 se prononcent d'ores et déjà pour un renforcement du rôle – donc plutôt les scénarios 3 et 4 – et surtout des moyens dévolus aux régions pour agir en matière de santé. 

Sans visibilité, "on ne peut plus s'engager comme avant"

Avant tout, les régions réclament de la visibilité. Cela concerne d'abord le financement des formations sanitaires et sociales puisque, dans le cadre du budget 2026 comme celui de l'année précédente, elles ont dû batailler pour maintenir le financement complémentaire de l'État – ceci en lien avec le protocole issu du Ségur de la santé, destiné à ouvrir davantage de places en formation infirmière (voir notre article). "On ne peut plus s'engager comme avant sans savoir si on va être financé l'année d'après", insiste la vice-présidente des Hauts-de-France, où les places supplémentaires n'ont pas été ouvertes. Seules cinq régions auraient maintenu la totalité des places supplémentaires ouvertes dans le cadre du protocole avec l'État.

"Quand on fait les choses, l'État ne nous donne pas plus d'argent", dénonce Ludovic Toro, élu délégué spécial à la lutte contre la désertification médicale à la région Île-de-France, déplorant en outre le manque d'interlocuteur du fait de l'instabilité gouvernementale. 

"Notre écosystème est tourné vers l'action immédiate"

Au-delà du rôle des régions, plusieurs élus plaident pour une reconfiguration complète du système de santé, avec une plus grande place aux coopérations territoriales, à la prévention et à l'action sur les déterminants de santé. "Qui a la main sur ces déterminants, ce sont les collectivités", affirme le professeur de santé publique Franck Chauvin, impliqué dans une mission parlementaire sur la santé (voir notre article). Il plaide pour un changement d'état d'esprit complet en faveur de l'action sur les environnements et les comportements, seul chemin susceptible selon lui d'améliorer la santé des Français et, donc, de sauver le système dans son ensemble. 

Mais, selon Denis Robin, "notre écosystème est tourné vers l'action immédiate avec un retour rapide". Le directeur d'ARS estime que ce qui est valorisé actuellement, c'est l'arrivée d'un médecin, l'installation d'un équipement ou l'ouverture d'un service à l'hôpital "même s'il est totalement redondant avec tout ce qui existe". En revanche, "une politique de moyen ou long terme de modification des fondamentaux de la vie quotidienne, de la vie des gens, ça n'est pas visible et ça n'est pas considéré comme un grand succès de santé". 

 

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