Sécurité économique : vers un renforcement du rôle des collectivités ?
Si les dispositifs actuels sont robustes, il faut aller plus loin en matière de doctrine de sécurité économique. C'est la conclusion principale du rapport "La sécurité économique de la France" remis le 21 juillet au gouvernement. Parmi les propositions : renforcer l'ancrage territorial du dispositif pour sensibiliser les plus petites entreprises implantées loin de Paris.
© @JL_Thierot/ Présentation le 21 juillet au ministre Roland Lescure des conclusions de la mission
"L'élaboration d'une doctrine stratégique de sécurité et de souveraineté technologique, assumée politiquement et largement diffusée, semble nécessaire." Dans leur rapport remis ce 21 juillet 2026 au gouvernement, à la suite d'une mission confiée en mars dernier par le Premier ministre, les députés Christophe Plassard (Charente-Maritime, Horizons), Charles Rodwell (Yvelines, EPR) et Jean-Louis Thiériot (Seine-et-Marne, DR) estiment qu'il faut changer de braquet en matière de sécurité économique. La France bénéficie selon eux d'un dispositif parmi les plus robustes et complets au monde et il n'y a pas de lacunes majeures. Mais les bouleversements géopolitiques, les tensions commerciales et la compétition internationale imposent une nouvelle approche. "Quand on parle de la sécurité économique, on a tendance à parler uniquement des investissements étrangers en France (IFE), explique à Localtis Christophe Plassard. C'est vrai que c'est un sujet, mais on est plutôt bons dans ce domaine, on a un arsenal juridique ; mais les IFE, c'est le dernier kilomètre, et la sécurité économique, c'est bien autre chose, c'est l'anticipation, la pénalisation de l'espionnage industriel, la pédagogie et l'accompagnement des entreprises les plus petites."
Poser une doctrine nationale de sécurité économique
Le rapport avance plusieurs recommandations pour aller dans le sens d'une sécurité économique pensée de manière plus globale, selon deux priorités, à savoir sensibiliser davantage entreprises, élus, étudiants pour infuser une véritable culture du risque au sein de l'ensemble des acteurs économiques et élargir la focale, la menace étant multiforme (au-delà des prises de participations, traiter l'intrusion des sites, l'espionnage industriel, le contrôle export, les attaques réputationnelles, etc.). Parmi les propositions : poser une doctrine nationale de sécurité économique appréhendant les questions de protection des actifs stratégiques, la maîtrise des chaînes d'approvisionnement critiques (matières premières, énergie, médicaments), la réduction des dépendances et les enjeux de souveraineté technologique, qui puisse être communiquée en conseil des ministres, et développer une culture du risque avec la mise en place d'un référentiel interministériel partagé d'analyse des risques (secteurs, géographiques, technologies à risques) et de délégués ministériels à la sécurité économique dans les principaux ministères concernés. En complément, le rapport propose de renforcer les capacités d'intervention financière de l'État.
Un meilleur ancrage territorial
Il avance aussi l'idée d'un meilleur ancrage territorial. "Le maillon faible, c'est les petites entreprises, car les grandes comme Dassault ou Thalès ont un service dédié, détaille Christophe Plassard. Aujourd'hui il y a les délégués régionaux pour scanner et surveiller ces entreprises, ils font 600 visites par an, donc il y a des entreprises qu'on voit seulement tous les trois ou quatre ans, c'est un peu léger." La coordination décentralisée repose ainsi sur les 21 délégués à l'information stratégique et à la sécurité économiques (Disse) du service de l'information stratégique et de la sécurité économiques (Sisse), répartis dans les directions régionales partout en France. Ce sont des représentants locaux de ce service qui détectent les signaux faibles et suivent l'exécution des conditions imposées aux investisseurs pour concilier attractivité et sécurité nationale. Mais d'après les députés, leur nombre est insuffisant et beaucoup d'entreprises concernées par la sécurité économique, fournisseurs de deuxième ou de troisième rang des grands groupes de la base industrielle et technologique de défense (BITD), loin de Paris, passent sous les écrans radars. Le rapport propose d'identifier un rôle d'officier de sécurité dans les conseils régionaux, qui ont la compétence du développement économique, et d'inscrire dans le référentiel interministériel des délégués régionaux du Sisse, des attachés de défense en région, avec une cartographie territorialisée des PME / ETI sensibles.
Des "chaînes de sécurité" à mettre en place
"On n'est pas rentrés dans la discussion entre décentralisation ou déconcentration, à savoir s'il faut muscler les services de Bercy détachés ou former quelqu'un en région, poursuit Christophe Plassard, mais il faut être au plus près de ces entreprises." L'idée développée serait de créer de véritables "chaînes de sécurité", à l'image de ce qui est en cours de déploiement en région Grand Est, avec une formation, une formalisation des règles de protection des informations, voire même des habilitations, et l'extension à ces régions du rôle d'officier de sécurité. "Cette fonction qui est incontournable dans les entreprises de la BITD pourrait constituer dans ces collectivités locales un relai de confiance", détaille le rapport.
Des assises de la sécurité devraient être organisées en septembre pour permettre à l'État de présenter la doctrine et de réunir acteurs privés et publics sur ces enjeux de sensibilisation.