Sénatoriales : nouveau groupe RN, légère érosion LR et PS
Le Rassemblement national formera un groupe parlementaire pour la première fois au Sénat suite aux élections de ce dimanche 27 septembre, perturbant la domination historique de la droite. Ce scrutin a également été marqué par la victoire d'un élu Insoumis, sachant qu'à gauche, on aura constaté une certaine dispersion des voix.
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Alpes-Maritimes, Bouches-du Rhône, Var, Vaucluse... avec au moins 15 sièges acquis au Rassemblement national ou à ses alliés de l'Union des droites pour la République (UDR), le parti a rempli son objectif. "C'est une victoire historique et une étape majeure qui est franchie", a salué Marine Le Pen sur X, évoquant une "percée générale" qui confirme "l'accélération de l'implantation du Rassemblement national sur tout le territoire". Une marche symbolique, mais pas que. Elle sera synonyme de temps de parole accru, de moyens supplémentaires...
Ce scrutin indirect, reflet des élections municipales, sera analysé avec soin par les états-majors des partis, à sept mois de la présidentielle. Deux constats s'imposent notamment : l'implantation locale du RN, donc, est en nette progression, à l'image de scores parfois quintuplés par rapport au dernier scrutin en 2020 ; celle de La France insoumise reste faible, malgré l'élection du premier élu Insoumis dans le Rhône.
Alors qu'on le disait battu, le député LFI Gabriel Amard (gendre de Jean-Luc Mélenchon) a créé la surprise. "Gabriel Amard nous fait entrer au Sénat, en dépit de toutes les tentatives de barrage. Heureux augure pour 2027", a salué le leader du mouvement (qui fut lui-même sénateur de 2004 à 2010).
La mainmise des Républicains sur l'hémicycle, avec leurs alliés centristes, n'est pas bouleversée par ce renouvellement de 178 sièges sur 348, pas plus que la réélection probable de Gérard Larcher (LR) à la présidence de l'institution, programmée ce jeudi 1er octobre. Le Sénat restera "l'assemblée du débat apaisée, de la raison et de la réflexion", a réagi l'homme fort de la chambre haute, promettant de "permettre à chaque groupe d'exercer pleinement ses droits".
Mais l'érosion de LR (131 sièges avant le vote), qui pourrait perdre autour de sept sièges selon un décompte partiel réalisé par l'AFP, révèle un certain affaiblissement. LR doit-il s'attendre à des débauchages venus de l'extrême droite ? Le président du RN Jordan Bardella a réitéré sa volonté de "tendre la main aux patriotes sincères de LR" dimanche et l'UDR a déjà revendiqué le ralliement d'une sénatrice de l'Ain qui siégeait jusqu'à présent avec LR. "Il n'y aura pas de porosité. Nous resterons sur notre ligne", a pour sa part martelé le chef du groupe LR, Mathieu Darnaud, réélu confortablement en Ardèche.
Comme prévu, Les Républicains ont souffert dans la couronne méditerranéenne. L'UDR du nouveau maire de Nice, Éric Ciotti, a ainsi raflé deux sièges dans les Alpes-Maritimes, quand le RN en a pris deux dans le Var et deux autres dans les Bouches-du-Rhône, entre autres terres de conquête. La députée RN Edwige Diaz a réussi son pari en Gironde, et passera du Palais Bourbon au Palais du Luxembourg. Pari perdu en revanche pour Marie-Caroline Le Pen, soeur de Marine Le Pen, battue logiquement dans la Sarthe.
À gauche, la présence quasi systématique de listes LFI en concurrence avec les autres formations politiques a créé une certaine dispersion des voix, le Parti socialiste lui reprochant par exemple d'avoir empêché sa réélection dans la Creuse. Avec 65 sièges avant le scrutin, le PS a perdu des plumes mais obtenu quelques gains inattendus, ce qui devrait lui permettre de demeurer la deuxième force du Sénat devant l'Union centriste (59 sièges).
Quant aux Écologistes, ils ont perdu un siège en Gironde et un en Alsace, conséquence logique de la bascule de Bordeaux et Strasbourg aux municipales.
Le parti Horizons d'Édouard Philippe, représenté notamment par le groupe des Indépendants, revendique désormais 20 sénateurs, soit une hausse de deux sièges. "Quand on est unis on gagne", a commenté le numéro 2 d'Horizons, Christophe Béchu, dans une amicale pression vers Bruno Retailleau.
Alors qu'une incertitude planait sur l'avenir du groupe macroniste RDPI (19 membres), orphelin de son influent président François Patriat décédé cet été, son représentant Xavier Iacovelli a assuré qu'il se maintiendrait.
À retenir
Groupe plus large que prévu pour le RN
C'était le suspense le plus important de la soirée. Le Rassemblement national va bien pouvoir constituer avec son allié de l'UDR un groupe d'au moins 15 sénateurs. Grâce à son implantation locale, en particulier aux dernières municipales, le parti lepéniste peut revendiquer de nouveaux élus dans les Bouches-du-Rhône, le Var, le Gard, le Vaucluse, l'Hérault, ainsi qu'en Seine-Maritime et en Gironde, remportée par la députée Edwige Diaz. Pour l'UDR, deux sénateurs ont été élus dans les Alpes-Maritimes. Le parti d'Éric Ciotti a également revendiqué la victoire de la divers droite Sylvie Goy-Chavent, ex-LR élue sans adversaire RN ni UDR dans l'Ain.
Stabilité des trois premiers groupes
La droite, le centre et le Parti socialiste restent les trois forces principales du Sénat, malgré une érosion du groupe LR liée en particulier à la percée de l'extrême droite dans la couronne méditerranéenne.
Selon un décompte partiel réalisé par l'AFP, en attendant encore les affiliations et certains résultats outre-mer, LR (131 sièges avant le vote) perdrait environ sept sénateurs.
Le groupe socialiste resterait stable et toujours à la deuxième place, devant l'union centriste, également stable.
Ce sont les Écologistes, les macronistes et les radicaux de gauche qui perdent proportionnellement le plus de plumes dans ce renouvellement de 178 sièges sur 348.
LFI entre au palais du Luxembourg. Avec l'élection surprise du député insoumis Gabriel Amard dans le Rhône, La France insoumise fait son entrée à la chambre haute. Après avoir remporté trois villes du département aux municipales, les Insoumis sont parvenus à transformer l'essai. Le parti mélenchoniste a également revendiqué la victoire en Haute-Garonne du divers gauche Marc Péré, à la tête d'une liste LFI-EELV-Générations.
Parmi les gagnants
Renaud Muselier (Renaissance) a été élu dans les Bouches-du-Rhône malgré la liste des Républicains, avec lesquels il devait initialement s'allier. Mais la sortante Valérie Boyer, qui a été réélue, était finalement partie seule, soutenue par Bruno Retailleau, facilement réélu en Vendée.
La ministre de l'Aménagement du territoire, François Gatel, a remporté son pari dans l'Ille-et-Vilaine. Ancien ministre du deuxième quinquennat d'Emmanuel Macron, le socialiste François Rebsamen a été élu. S'il a repris sa carte au PS, rien ne dit qu'il rejoindra ce groupe.