Soutien à la parentalité : le HCFEA favorable à un "appui sans injonction ni jugement" à tous ceux qui en ont besoin
S'opposant à l'approche visant à promouvoir des "habiletés parentales" à partir d'un socle de connaissances scientifiques, le Conseil de l’enfance et de l’adolescence du HCFEA appelle à définir une "offre socle de services" afin de répondre aux besoins des familles dans un cadre non lucratif, public et associatif. "Respecter les familles ne signifie pas refuser la connaissance", a réagi la ministre des Familles, alors que le gouvernement travaille actuellement à clarifier sa politique de soutien à la parentalité.
© @stephanie_rist/ Stéphanie Rist et Sylviane Giampino
"Aider les parents à aider les enfants à grandir" : c'est le titre du rapport que le Conseil de l’enfance et de l’adolescence, du Haut conseil, de la famille, de l'enfance et de l'âge (HCFEA), a remis le 7 mai 2026 à la ministre des Familles Stéphanie Rist.
On y trouve une analyse du soutien public apporté aux parents dans l'exercice de leur "parentalité", depuis les Réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents (Réaap) institués en 1999 à la Charte nationale de soutien à la parentalité adoptée en 2022 (voir notre article) et aux dispositifs financés actuellement par la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf). Cette dernière "consacrait en 2024 environ 174 millions d'euros à la politique de soutien à la parentalité", dont 43 millions d'euros pour les contrats locaux d'accompagnement à la scolarité (Clas), 32 millions pour la médiation familiale, 31 millions pour les lieux d'accueil enfants-parents (Laep), 30 millions pour le Fonds national parentalité (actions collectives de soutien aux parents, ayant remplacé les Réaap) et 28 millions pour les "Espaces rencontre".
Déplorant une "marchandisation grandissante de la pression parentale" et soulignant le fait que l'aide publique aux parents est en France "principalement de nature financière", le HCFEA pointe la nécessité de structurer une "offre de service lisible et coordonnée" pour éviter qu'"une partie des transferts à destination des familles" ne soit "absorbée par un marché du coaching parental privé à la fiabilité douteuse".
"Prévention prévenante", lutte contre l'isolement et "épaulement"
Il recommande donc de définir, dans le cadre de la prochaine convention d'objectifs et de gestion (COG) entre l'État et la Cnaf, une "offre socle de services" à destination de tous les parents et une offre destinée aux parents à "besoins spécifiques" (précarité, handicap, isolement…) – offres qui seraient ensuite intégrées dans les schémas départementaux des services aux familles.
Le Conseil plaide pour un accompagnement à la parentalité fondé sur un triptyque "prévention prévenante" ("appui sans injonction ni jugement si les parents en éprouvent le besoin"), "ouverture ou 'déclosure', pour réduire l’isolement" – "classes dehors", activité physique, sorties et vacances des enfants sans leurs parents… –et "épaulement par des mesures d’intérêt général et la pair-aidance quand les choses deviennent difficiles".
Parmi les mesures préconisées pour aller dans ce sens : le développement par les collectivités des "dispositifs permettant un accès effectif aux pratiques artistiques, scientifiques, culturelles et en pleine nature" ou encore le déploiement dans tous les départements de dispositifs de type espaces rencontre ou conférences familiales, "visant l’apaisement ou le maintien du lien entre parents et enfants.
Stéphanie Rist : "Respecter les familles ne signifie pas refuser la connaissance"
"Une politique de l’enfance, qui vise l’intérêt supérieur de l’enfant, ne peut que tenir un objectif de meilleure égalité entre tous les enfants", peut-on lire dans ce rapport. Le Conseil de l'enfance marque son opposition à "une autre vision" du soutien à la parentalité, celle qui est fondée sur la promotion de "connaissances et de compétences qui permettraient aux parents d’exercer plus sereinement leur mission protectrice et éducative".
Tout en saluant "l’engagement et la qualité des travaux conduits sous la présidence de Sylviane Giampino", Stéphanie Rist a marqué sur LinkedIn ses distances par rapport à cette approche : "respecter les familles ne signifie pas refuser la connaissance et ce rapport fait des échos a des écoles de pensées alors que le consensus et les connaissances font la base des habiletés depuis longtemps". La ministre appelle à "adapter nos institutions, nos formations et nos politiques publiques" au regard des connaissances actuelles sur le développement de l'enfant.
Ces connaissances, notamment sur le développement du très jeune enfant, "ont profondément transformé notre compréhension des besoins fondamentaux de l’enfant dont le meta-besoin de sécurité et l'attachement", a renchéri le 11 mai 2026 sur LinkedIn Isabelle Santiago, rapporteure de la commission d'enquête parlementaire sur la protection de l'enfance (voir notre article).
Reconnaître le "rôle primordial" des associations
Plaidant pour une "politique de l’enfance fondée à la fois sur la prévention, la connaissance internationale et la clinique", la députée PS considère que des étapes avaient déjà été franchies avec la démarche de consensus sur les besoins fondamentaux de l'enfant (portée en 2016 par Marie-Paule Martin-Blachais), puis avec le rapport de 2020 sur les "1.000 premiers jours" (piloté par Boris Cyrulnik, voir notre article) et celui de 2023 sur les "compétences en matière de soutien à la parentalité".
Confiée à Anne Raynaud, psychiatre et fondatrice de l'Institut de la parentalité, et Charles Ingles, psychologue et responsable de la politique Parentalité à la CAF de Gironde, cette dernière mission avait suscité la levée de boucliers de 12 réseaux associatifs dont l'Union nationale des associations familiales (Unaf), l'Uniopss et la Fédération des centres sociaux et socioculturels de France. Dans une tribune de mars 2023, ces réseaux déclaraient craindre "une standardisation des actions proposées aux parents et une marchandisation du soutien à la parentalité" et appelaient la puissance publique à soutenir les associations à but non lucratif comme instances de proximité agissant – dans leur diversité – en faveur d'un "soutien à la parentalité de qualité".
Dans son rapport de mai 2026, le HCFEA appelle justement à reconnaître le "rôle primordial" des associations, "notamment dans les domaines du sport, de la culture, des loisirs pour créer des moments et des cadres d’épanouissement familial" et à faciliter ces actions par des "financements pérennes" via "des conventions d’objectifs et de moyens pluriannuelles, entre notamment la Cnaf, les collectivités territoriales et les associations".