Le Haut-commissariat au plan sur la natalité : il n'y aura pas de "mesure magique"
L'efficacité des politiques familiales sur la natalité "tient moins au niveau de soutien qu’à la cohérence des instruments déployés", défend le Haut-commissariat à la stratégie et au plan dans une analyse publiée le 6 mai 2026.
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En matière de soutien à la natalité, le Haut-commissariat à la stratégie et au plan appelle à "adapter les politiques familiales sans normer les choix". Dans une note publiée le 6 mai 2026, l'instance de prospective placée auprès du Premier ministre analyse les enjeux du basculement de la France en 2025 dans une situation de solde naturel négatif (voir l'encadré à notre article). Pour le Haut-commissaire à la stratégie et au plan Clément Beaune, ce cap – déjà franchi par 20 pays de l'UE – suscite à la fois un "choc psychologique collectif" et un "choc substantiel" affectant toutes les politiques publiques, l'économie et la société. Il cite en particulier un chiffre : 6.000 écoles maternelles et primaires ont été fermées entre 2010 et 2024.
Face à cela, "ce n’est pas le chèque qui fait l’enfant", affirme-t-il. Le Haut-commissariat revient dans sa note sur la politique familiale française, dont l'émergence dans l'entre-deux-guerres a été étroitement liée à "un objectif nataliste, [valorisant] la mère au foyer et [soutenant] les familles nombreuses" et qui s'est peu à peu muée en "un système plus ouvert, protecteur et attentif aux réalités contemporaines des familles". A l'appui de comparaisons internationales, notre politique familiale est qualifiée de "robuste" et constante, avec des moyens (dédiés aux allocations familiales, à la garde d'enfant et à la maternité) qui atteignaient en 2021 2,7% du PIB, contre 2,4% en moyenne dans l’OCDE. L'arsenal de soutien français aux familles continue à se développer avec la création, en 2026, du congé supplémentaire de naissance (voir notre article).
Le "niveau d’investissement public élevé" de la politique familiale aura probablement contribué à retarder l'effondrement du taux de fécondité en France mais, pour le Haut-commissaire, aucune "mesure magique" supplémentaire ne saurait désormais inverser la courbe. La Hongrie n'y est par exemple pas parvenue, malgré des moyens conséquents déployés depuis 2010. "La capacité des politiques familiales à accompagner au mieux les projets familiaux tient moins au niveau de soutien qu’à la cohérence des instruments déployés", selon le Haut-commissariat, qui vante notamment les mérites de la "logique de droits non transférables" entre parents du modèle suédois. L'organe de conseil recommande aussi de "garantir progressivement un accès effectif à un accueil formel pour tous les enfants à partir de l’âge de 1 an" et de réduire les inégalités sociales d'accès aux modes d'accueil. Plaidant par ailleurs pour la défense, à l'échelon européen, de "la protection des droits sexuels et reproductifs des femmes" (accès à l'IVG et à la santé reproductive), le Haut-commissariat n'élargit pas le spectre de ses préconisations à d'autres sphères en jeu (logement, sociabilités…) que celles des politiques familiales.
Au-delà, Clément Beaune appelle à la lucidité sur cet "hiver de la démographie" et, "en complément d’une politique familiale adaptée", à "ouvrir le débat" sur ce qu'il considère être "les trois seules réponses concrètes" pour préserver notre modèle social : la hausse de la productivité notamment par l'IA, l'augmentation du temps de travail tout "au long de la vie" (baisse du chômage, recul de la retraite…) et l'accueil d'une "immigration de travail" plus importante.