TNT : l'Arcom autorise un test de réduction de couverture
Le régulateur a validé l'extinction de trois émetteurs TNT dans le Cantal, la Savoie et l'Ardèche à compter du 24 novembre 2026. Une expérimentation qui intervient alors que les chaînes nationales demandent une réduction bien plus large du réseau et que l'avenir même de la plateforme hertzienne est débattu.
© Mussklprozz CC BY-SA 3.0/ Saint-Paul-de-Salers dans le Cantal
Le 8 juillet 2026, l'Arcom a autorisé les éditeurs des chaînes nationales à "adapter leur couverture hertzienne" sur trois sites de diffusion : Saint-Paul-de-Salers (Cantal), Meyrieux-Trouet (Savoie) et Salavas (Ardèche). Ces trois émetteurs cesseront d'émettre le 24 novembre 2026.
Une demande des chaînes
La demande émane des groupes TF1, M6, France Télévisions, Canal+ et RMC BFM, qui diffusent la TNT depuis 1.626 sites en métropole. Ils la justifient par la nécessité "d'optimiser la couverture de la TNT afin de l'adapter à la décroissance de son audience et du marché publicitaire". De fait, seuls 34,7% des foyers utilisaient encore la TNT en 2025, en recul de 7 points en cinq ans, tandis que les recettes publicitaires des chaînes ont reculé de 27% en euros constants entre 2019 et 2025.
Pour les habitants des zones concernées, l'Arcom promet de garantir "la continuité de la réception télévisuelle", financée par les éditeurs : réorientation de l'antenne râteau vers un autre émetteur ou, à défaut, bascule vers la réception satellitaire gratuite. Le régulateur souligne que l'obligation légale de couverture – plus de 95% de la population métropolitaine, avec un minimum par département fixé par l'Arcom – n'est pas remise en cause.
Le début de la fin de la TNT ?
Ce test intervient à un moment où l'Arcom vient de clôturer (le 15 juin) une consultation publique sur l'avenir de la TNT : arrêt, repositionnement, accompagnement... Il faut dire que les opérateurs mobiles, qui ont déjà récupéré les bandes de la TV analogique, font pression pour obtenir des fréquences supplémentaires afin d'absorber la croissance du trafic mobile. L'Arcom annonce un "livre blanc" au premier semestre 2027, année où expireront les autorisations de six chaînes nationales. De son côté, la conférence mondiale des radiocommunications pourrait, à l'horizon 2031, réaffecter la bande des 600 MHz, dont dépendent un tiers des chaines de la TNT, aux opérateurs mobiles.
De nouvelles "zones blanches audiovisuelles" ?
Le dossier suscite de fortes réticences du côté des parlementaires. Le député Aurélien Saintoul (LFI), ancien rapporteur de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la TNT, rappelle que la demande des éditeurs dépasse ces trois sites : il évoque une extension possible à plus de 500 sites touchant près de 300.000 personnes, et dénonce le choix de commencer par des territoires ruraux sans consultation des habitants ni du Parlement. Dans une question datée du 26 avril, le sénateur Patrick Chaize (LR) avait craint de son côté la création de nouvelles "zones blanches audiovisuelles", soulignant que la TNT ne coutait en diffusion que 2 euros par an et par habitant.
La mission sénatoriale sur les "zones grises de l'information" (notre article du 15 juillet 2026) s'est aussi émue du dossier. Les élus rappellent que 14% des foyers dépendent encore exclusivement de la TNT pour accéder à la télévision et appellent à préserver un "actif stratégique". C'est aujourd'hui l'un des rares réseaux d'information indépendants d'internet, gratuit, opérationnel en situation d'urgence, et un espace régulé où la responsabilité des éditeurs peut être engagée.