Désinformation : le Sénat veut un observatoire de la menace intérieure
La mission du Sénat sur les zones grises de l'information a rendu ses conclusions le 8 juillet 2026. Si la France s'est dotée d'un service contre les ingérences étrangères, rien n'existe sur la lutte contre les manipulations venues de l'intérieur. Les sénateurs réclament un observatoire indépendant, un renforcement des moyens de l'Arcom et annoncent une proposition de loi d'ici la fin de l'été.
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Selon une étude de l'Arcom de janvier 2026, 44% des Français s'informent chaque jour via les réseaux sociaux — 54% chez les moins de 25 ans, 4% au-delà de 59 ans. Les Français ne cherchent plus une information qui vient à eux, alors même qu'elle est filtrée par les algorithmes, concurrencée par des contenus commerciaux ou de divertissement. Cette situation génère de la méfiance : 59% doutent de ce qu'ils y lisent et 60% évitent volontairement l'actualité.
Impact de l'IA générative
L'IA générative n'arrange rien. 37% des Français utilisent une IA conversationnelle pour s'informer, 12% quotidiennement, et deux tiers des moins de 35 ans y ont recours. Un phénomène préoccupant car ces agents sont programmés pour conforter les croyances de leurs utilisateurs. L'impact sur la vie démocratique est déjà là : selon Terra Nova et Harris Interactive, 16% des Français ont utilisé une IA pour choisir leur candidat aux dernières municipales, dont 5% ont changé d'avis sous son influence.
Si les plateformes captent déjà l'audience et la valeur publicitaire, l'IA assèche le trafic des médias traditionnels, fragilisant un peu plus leur modèle économique. Seuls 4% des utilisateurs cliquent vers l'article source depuis un chatbot, contre 19% via un moteur de recherche.
La désinformation progresse
L'IA générative contribue par ailleurs activement à la désinformation. Selon les études citées par la mission, les contenus générés par IA représentent 24% de la désinformation identifiée sur TikTok et 19% sur YouTube, alors même que seulement 16,5% sont signalés comme synthétiques. Les sites d'information fabriqués par IA, plus nombreux aux États-Unis que les quotidiens locaux authentiques, apparaissent en France comme l'a révélé Viginum lors des dernières municipales (notre article du 23 mars 2026).
Ces faux sites ne sont cependant que la partie la plus visible d'un phénomène de désinformation plus large, où n'importe qui peut être à la manœuvre. Cette désinformation interne n'est cependant suivie par personne, la mission identifiant là un énorme trou dans la raquette.
Une régulation à adapter
Viginum n'intervient en effet que si une entité étrangère est impliquée, l'exclusion de toute manipulation interne ayant été "assumée dès l'origine".
L'Arcom, elle, raisonne toujours en pluralisme interne (audiovisuel) et externe (presse), des catégories inopérantes en ligne. Et ses préconisations aux plateformes pour les municipales n'étaient pas contraignantes. Le référé "fake news" de 2018 ne joue que trois mois avant un scrutin, sur des cas très limités. Quant au règlement européen sur les services numériques, s'il monte en puissance, il ne définit pas la désinformation. Le résultat est un traitement de la désinformation qui "repose sur les plateformes elles-mêmes", sous réserve qu'elles l'acceptent, ce qui n'est pas le cas de X, non signataire du code européen de bonnes pratiques.
Agir avant la présidentielle
Pour les sénateurs, il y a urgence à agir. Dans leur rapport, Les parlementaires demandent la création d'un observatoire indépendant de la désinformation avant 2027. Ce pendant de Viginum pour les menaces internes, serait toutefois alimenté par la société civile et non par l'État (Viginum dépend du SGDSN). Il pourrait exiger la modification d'un algorithme ou la désactivation d'un compte en cas de danger imminent pour un scrutin, puis saisir l'Arcom, le juge pouvant aller jusqu'au blocage. Il s'agit ensuite de renforcer les moyens humains de l'Arcom, une mesure qui relève de la loi de finances.
Suivent un renforcement de la responsabilité éditoriale des plateformes et des fournisseurs d'IA au regard de leurs algorithmes, la création d'un fonds pour la presse alimenté par les amendes Cnil et Arcom et le fléchage du programme européen AgoraEU vers les médias régionaux et locaux.
Maintenir la TNT
Enfin, face à l'omnipotence des plateformes, la mission incite à préserver la Télévision numérique terrestre (TNT) à l'heure où les opérateurs mobiles lorgnent sur ses fréquences. Elle couvre 96% de la population métropolitaine, 35% des foyers sont équipés pour la recevoir et elle reste le seul accès télévisé pour 14% des foyers. Or c'est un réseau d'information de masse qui fonctionne indépendamment d'internet, jugé indispensable pour diffuser l'information "en situation d'urgence". C'est surtout un espace régulé, où chaque contenu engage un éditeur conventionné et établi sur le territoire. Alors qu'il est question d'arrêter la TNT au-delà de 2030 au nom de l'érosion des usages, les sénateurs demandent à ne pas sacrifier "un actif stratégique".