Trait de côte : la France se dote d’une nouvelle stratégie nationale de gestion intégrée jusqu’en 2030

L’ambition de la stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte révisée est d’encourager les territoires à développer des politiques locales d’adaptation opérationnelles. Mais sans financements pérennes, ni de fonds national dédié, cette stratégie reste pour les élus littoraux sans moyens à la hauteur des enjeux.

Près d’un an après sa mise en consultation publique (lire notre article du 3 septembre 2025) la France est enfin dotée de sa nouvelle stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte (SNGITC) pour la période 2025-2030. L’adoption a été officialisée par un décret paru le 21 août. "Nos littoraux sont déjà confrontés aux effets du changement climatique. Nous devons donc donner aux collectivités les connaissances, les outils et les moyens nécessaires pour anticiper ces évolutions et prendre les bonnes décisions au bon moment. Cette stratégie doit leur permettre de construire, avec l’ensemble des acteurs concernés, des réponses adaptées à chaque territoire", a indiqué la ministre de la Transition écologique , Monique Barbut, dans un communiqué. 

Depuis 50 ans, 30 km² de terres ont d’ores et déjà disparu en France du fait du recul du trait de côte. La SNGITC révisée intègre la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC), qui projette une élévation du niveau de la mer de près d’un mètre d’ici 100 ans. Elle est par ailleurs étroitement liée au développement d’autres outils stratégiques et de planification comme le Plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc), la stratégie nationale pour la mer et le littoral, la stratégie nationale biodiversité ou la stratégie nationale de gestion du risque inondation. Cette stratégie, qui concerne les territoires littoraux en France hexagonale, en Corse et dans les départements et régions d’outre-mer (Drom), s’articule autour d’un plan d’actions organisé en 5 axes, déclinés en 60 mesures opérationnelles conçues "pour répondre aux besoins concrets des collectivités littorales".

Scénarios locaux à élaborer sur la base de cartes

Pour accompagner les collectivités vers l’adaptation de la bande côtière, la SNGITC encourage notamment un renforcement des connaissances, et priorise l’élaboration et l’adoption des cartes locales d’évolution du trait de côte (aux échéances de trente et cent ans), indispensables pour permettre la pleine mise en œuvre des outils réglementaires prévus par la loi Climat et Résilience. Avec l’objectif d’intégrer l’ensemble des communes concernées par le recul du trait de côte au décret-liste du 29 avril 2022. La liste des communes volontaires pour bénéficier d'outils permettant d'anticiper le recul du trait de côte a été révisée pour la dernière fois en février 2026 (lire notre article). L’accompagnement pour l’élaboration de stratégies locales sera en outre soutenu par un guide pratique co-édité avec le Cerema, disponible à l’automne. 

D’autres outils sont par ailleurs à disposition sur le site GéoLittoral fait valoir le ministère. Une nouvelle version de l’Indicateur national d’érosion côtière (INEC 2026) vient d’être réalisée par le Cerema en lien avec les observatoires régionaux du trait de côte, de façon à fournir une vision actualisée de l’évolution du trait de côte grâce à une cartographie nationale fondée sur plusieurs périodes d’observation. S’y ajoute le développement d’outils de sensibilisation et de culture du risque, dont l’application citoyenne "Le littoral de ma commune" mise en ligne en juin dernier, et permettant de visualiser le recul du trait de côte à l’échelle de la commune. Déploiement des solutions fondées sur la nature (restauration dunaire, renaturation…), mobilisation d’outils fonciers (droit de préemption, portage) font aussi partie du plan d’action au service de la recomposition spatiale. 

Un financement en pointillé 

Sur la question du financement de la gestion du trait de côte, la SNGITC renvoie pour l’essentiel aux outils existants de financement public des trajectoires d’adaptation, (fonds vert, taxe Gemapi, agences de l’eau, contrats de plan État-région, financements de l’Union européenne ou de la Banque des Territoires…) prônant une "meilleure mobilisation". Pas de quoi lever les réserves de l’Association nationale des élus littoraux (Anel)… D’autant que l’espoir de voir émerger un fonds dédié au recul du trait de côte a été douché dans le cadre du budget 2026. 

"La publication du décret laisse ainsi entière la question du financement concret et pérenne de l’adaptation du littoral dans les prochaines décennies", déplore l’Anel dans un communiqué. Les élus littoraux attendent désormais un engagement clair du gouvernement lors de la réunion plénière du Comité national du trait de côte (CNT) le 15 septembre prochain, notamment sur la création d’un fonds national dédié - qui pourrait être alimenté par la taxe sur les éoliennes en mer situées en zone économique exclusive ou la contribution des plateformes de location touristique de courte durée - et la simplification du cadre juridique permettant de "mieux articuler érosion, submersion marine et éboulements".

Référence : décret n°2026-803 du 20 août 2026 portant adoption de la stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte, JO du 21 aout 2026, texte n°6.

 

 

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