Ville & Banlieue sur ses gardes en vue d'un Anru 3... et de la présidentielle

L'association d'élus Ville & Banlieue renouvelait ces instances ce 20 mai, dans la foulée du renouvellement des équipes municipales et intercommunales. Parmi les dossiers d'actualité qui vont la mobiliser, celui de la rénovation urbaine avec la perspective d'un Anru 3. Et elle prévoit d'ores et déjà de faire entendre la voix des quartiers politique de la ville lorsque débutera la campagne pour la présidentielle.

Gilles Leproust président, Catherine Arenou première vice-présidente, Damien Allouch secrétaire général. Le trio à la tête des instances de Ville & Banlieue a été reconduit à l'identique ce 20 mai à l'occasion de la première assemblée générale post-municipales de l'association. Seule petite modification, Catherine Arenou, maire de Chanteloup-les-Vignes, est désormais aussi trésorière (en lieu et place de Fannie Le Boulanger, ex adjointe au maire de Bordeaux).

Du changement pour cette association d'élus qui renouvelait son conseil d'administration et son bureau, il y en a pourtant, avec l'arrivée de "nombreuses nouvelles têtes" et nouvelles sensibilités politiques suite aux élections de mars dernier et au "troisième tour" intercommunal qui a suivi, relève Gilles Leproust. Plus globalement, Catherine Arenou estime que ces élections locales ont abouti à un important renouvellement, citant le cas de son département des Yvelines, qui compte 30% de nouveaux maires. Maire de Chanteloup-les-Vignes depuis 2009, elle se réjouit en tout cas de constater que même lorsqu'il y a eu changement de majorité, un certain nombre de nouveaux élus ont choisi de s'impliquer auprès de Ville & Banlieue, alors même que la politique de la ville est souvent perçue comme "une thématique qui ne passionne pas les foules". Et qu'ils ont, ce 20 mai, manifesté un réel "appétit". En sachant que l'association a opté pour un conseil d'administration provisoirement incomplet afin de pouvoir continuer à "intégrer d'autres villes".

Au lendemain de ces élections, Ville & Banlieue se place d'ores et déjà dans la perspective du projet de loi de finances pour 2027, consciente qu'il va sans doute falloir batailler. Les élus n'ont pas oublié que la loi de finances pour 2026 a été "douloureuse", y compris du fait de l'arrêt de plusieurs dispositifs importants pour les quartiers prioritaires de la politique de la ville (Quartiers d'été, Vacances apprenantes…).

"Il faut que l'Anru reste sur son métier"

Autre dossier hautement actuel, plus encore depuis les annonces du Premier ministre de fin avril (voir notre article) : la rénovation urbaine, avec la perspective d'un Anru 3 et l'atterrissage de l'Anru 2. Pour l'association, beaucoup de questions sont encore en suspens. Combien de quartiers concernés par le futur Anru 3 ? Jusqu'où ira l'élargissement annoncé ? S'agira-t-il d'appels à projets ? Et avec quels moyens, étant entendu que les 5 milliards mentionnés par Sébastien Lecornu (contre 12 milliards pour l'Anru 2), "ça ne suffira pas", tonne d'emblée Gilles Leproust, qui s'apprêtait à rencontrer le ministre Vincent Jeanbrun à ce sujet. Et dont les propos rejoignent ceux tenus le jour même par Anne-Claire Mialot, la directrice générale de l'Anru, devant la commission des affaires économiques du Sénat (voir notre article de ce jour). La vocation première de l'Anru est de "reconstruire les quartiers", donc cela coûte cher, rappelle le maire d'Allonnes (Sarthe), indiquant que "des villes ont déjà abandonné leurs projets", faute de moyens.

Une interrogation aussi quant à l'accent mis par le gouvernement sur les enjeux de sécurité et de lutte contre le narcotrafic dans le cadre de ce futur "Anru 360". Les élus ne nient naturellement pas l'ampleur du problème, mais rappellent qu'il s'agit avant tout de "compétences nationales" ne pouvant pas être "uniquement renvoyées à des crédits politique de la ville". "Nous faire croire que l'on va démanteler les trafics grâce à l'Anru 3, ce n'est pas sérieux", appuie Damien Allouch (Anne-Claire Mialot avait pour sa part dit croire aux vertus de la "prévention situationnelle" et considéré que le renouvellement urbain "peut participer" à la lutte contre l'insécurité).

Quant à la volonté du gouvernement d'élargir l'Anru 3 bien au-delà des seuls QPV, y compris "les petits centres anciens"… les trois représentants de l'association sont plus que sceptiques. "Ils sont en train de faire une erreur de diagnostic", tranche Catherine Arenou, mettant en avant "la particularité de nos quartiers, notamment quant à la densité de la précarité et au poids du logement social". Pas question de "dire que l'Anru va tout faire alors que ses équipes sont spécialisées, que les problématiques sont spécifiques", insiste-t-elle, ajoutant : "Prévoir le même traitement pour des maladies différentes ne guérira personne." "Il faut que l'Anru reste sur son métier", conclut lui aussi Gilles Leproust.

Et puis il faut bien parler logement, sachant que c'est dans le cadre du futur projet de loi logement que s'inscrira l'Anru 3. Ceci, à l'heure où, dixit Catherine Arenou, "il n'y a plus de mobilité", "plus de construction privée et donc plus de Vefa" pour le logement social. A l'heure aussi de "la révolution démographique" liée au vieillissement de la population des QPV ("Les équipes de l'Anru ont bien cela en tête", note Damien Allouch). "Le vrai sujet de nos quartiers, c'est le peuplement", estime la maire de Chanteloup-les-Vignes, pour qui "cela fait vingt ans que la politique de peuplement, qui est une politique nationale, se fait sans réflexion de la part de l'Etat". Dans ce contexte, la volonté affichée de Vincent Jeanbrun de donner aux maires plus de "pouvoirs" dans l'attribution des logements sociaux laisse les trois élus plutôt dubitatifs. En tout cas, pour eux, cela ne pourrait avoir de sens que si "tous les maires jouaient le jeu de la loi SRU".

Entre mise au ban et mise en concurrence…

"A un an de la présidentielle", toutes ces questions prennent un relief particulier. "Nous allons vivre une année singulière", prédit Damien Allouch. "Nous ne voulons pas que 6 millions d'habitants soient les grands oubliés de ce scrutin, alors même que la situation continue de se dégrader", prévient Gilles Leproust.

Ville & Banlieue prévoit ainsi de "travailler à un document" posant un certain nombre de considérants, d'exigences et de propositions. Et dès début 2027, elle compte entreprendre un "tour de France" ponctué par plusieurs étapes, et ce jusqu'en octobre pour "une grande initiative" devant marquer le dixième anniversaire de l'appel de Grigny, cet appel transpartisan venu réclamer au gouvernement de l'époque un sursaut en faveur des quartiers populaires - et ayant entrainé le fameux rapport Borloo auquel il fut, on le sait, donné bien peu de suites ("on a tout juste réussi à sauver les cités éducatives…", glisse Gilles Leproust).

Des exhortations, il y en a eu d'autres depuis. Dont récemment, en 2025, l'appel d'Epinay, ou encore le manifeste d'Evreux, de concert avec les maires ruraux. Pendant ce temps, également l'an dernier, le gouvernement organisait le comité interministériel des villes (CIV) de Montpellier, que Damien Allouch qualifie de "non-événement" dont il n'a rien pu retenir. Selon le maire PS d'Épinay-sous-Sénart, cela fait "dix ans que les QPV sont mis de côté, soit par méconnaissance, soit par volonté d'invisibilisation", et qu'ils sont de surcroît "mis en concurrence". Tout comme Gilles Leproust craint une ascension du RN selon lequel "la politique de la ville, c'est trop d'argent dilapidé", Damien Allouch entend se battre contre "une extrême droite qui va nous dire qu'on est le problème et va développer de manière encore plus précise et plus violente cette question de la concurrence entre les territoires".

 

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