"Zéro enfant à la rue" : les associations déplorent un "échec collectif"
Plus de 2.300 enfants ont dormi dehors dans la nuit du 18 au 19 août 2026 faute de solution d'hébergement, selon le dernier baromètre Unicef France-FAS. Alors que la hausse de cet indicateur est de 42% par rapport à 2022, les associations dénoncent la promesse gouvernementale non tenue d'éradiquer le sans-abrisme des enfants et appellent les futurs candidats à l'élection présidentielle à faire de ce sujet la "priorité absolue des politiques du logement et de l’hébergement".
© Richard DAMORET/REA
Chaque année depuis huit ans, quelques jours avant la rentrée des classes, l'Unicef France et la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) publient un décompte des "enfants à la rue". Ils étaient 2.355 – dont 514 enfants de moins de trois – à avoir dormi dehors dans la nuit du 18 au 19 août 2026, un chiffre en hausse de 9% par rapport à l'année dernière. "Derrière ce chiffre, conséquence d’un échec collectif, il y a des enfants dont le quotidien est rythmé par l’insécurité et l’instabilité", déplore Adeline Hazan, présidente de l’Unicef France.
Il est rappelé, comme les années précédentes, que ce nombre est sous-estimé puisqu'il correspond aux enfants restés sans solution d’hébergement à la suite d'un appel de leurs parents au 115 – certains appels ont pu ne pas être décrochés, des parents n'appellent pas le numéro d'urgence et ces données "ne disent rien de la situation des mineurs non accompagnés (MNA)". "En juin 2025, la Coordination nationale jeunes exilé·e·s en danger recensait au moins 1.087 MNA en attente de reconnaissance de leur minorité par un juge, contraints de vivre dans la rue, dans des squats ou des campements", indiquent l'Unicef France et la FAS.
Demandes au 115 non pourvues : 63% de personnes en famille
Si "toutes les régions sont concernées", l'Île-de-France a logiquement le plus grand nombre d'enfants contraints de dormir dehors, 1.940 lors de la nuit du 18 août dernier. L'accent est également mis sur la situation de La Réunion, jugée particulièrement alarmante par la Fondation pour le logement, avec 1.300 enfants restés sans solution d'hébergement après un appel au 115 en 2025 soit + 30% par rapport à 2024.
Le baromètre témoigne globalement d'une dégradation de la situation, le chiffre des enfants concernés en France étant en augmentation de 42% par rapport à 2022. Et les associations rappellent que c'est justement en 2022 que le gouvernement s'était engagé à mettre fin au sans-abrisme des enfants, cinq ans après l'ambition formulée par Emmanuel Macron de "loger tout le monde dignement" et de ne plus "avoir des femmes et des hommes dans les rues".
Les familles sont globalement les moins bien loties. Selon le baromètre Unicef/FAS, sur un total de 6.840 personnes pour lesquelles le 115 n’a pas pu trouver de solution, 4.300 étaient des personnes en famille soit 63%. Parmi ces personnes en famille, "41% étaient des femmes seules avec enfant(s), (…) soit deux fois plus qu’en 2022" – des chiffres confirmant les retours de terrain témoignant d'une "féminisation croissante du sans-abrisme".
Une grève de 57 jours du Samu social de Paris
"L’augmentation du nombre d’enfants en demande non pourvue s’explique en premier lieu par une saturation chronique des dispositifs d’hébergement", selon l'Unicef France et la FAS. Stabilisé à 203.000 places depuis 2021, le parc d'hébergement d'urgence avait été jugé sous-dimensionné par les Inspections générales en 2025 (voir notre article).
Dans ce cadre contraint, une majorité de services intégrés d’accueil et d’orientation (SIAO) ont dû mettre en place "des critères de priorisation fondés sur la vulnérabilité déclarée par les personnes en demande, faute de places disponibles". "En résumé, si tu n’as pas d’enfant de moins d’un an ou si tu n’es pas enceinte de 8 mois, tu n’accèdes pas à l’hébergement", selon une écoutante sociale d'un SIAO citée dans le baromètre.
À Paris, l'été a été ainsi marqué par une grève de 57 jours du Samu social et par une occupation du site par une association et plusieurs centaines de personnes sans domicile – un campement finalement évacué courant août. Les grévistes réclamaient une augmentation de salaire et dénonçaient le manque de places d'accueil et le fait de devoir remettre à la rue des personnes fragiles. À l'issue du mouvement social, la CGT a indiqué à l'AFP avoir obtenu que les agents soient désormais "systématiquement associés aux décisions" et participent "directement aux travaux sur les pratiques et l'organisation du 115".
"Pour en finir durablement avec le sans-abrisme et garantir le respect des droits de l’enfant", l'Unicef France et la FAS recommandent de créer 10.000 places d'hébergement supplémentaires, "dont 2.500 nouvelles places pour les femmes enceintes ou sortant de maternité", pour parvenir à une capacité totale de 213.000 places. Les associations demandent des moyens dédiés pour mettre en œuvre le plan "Enfants mal-logés" et, au-delà, "un plan massif de production de logements sociaux et très sociaux" jugé "indispensable pour sortir durablement les enfants de la rue". À huit mois de l'élection présidentielle, elles appellent à considérer le sans-abrisme des enfants comme "une priorité absolue des politiques du logement et de l’hébergement".