Alimentation : les Hauts-de-France s’ajoutent à la liste des collectivités qui entendent boycotter les produits du Mercosur
Les Hauts-de-France rejoignent l'Auvergne-Rhône-Alpes et quelques départements pour boycotter les produits agricoles issus des pays du Mercosur dans les cantines des lycées. Une décision prise deux jours avant que la Commission décide la mise en oeuvre provisoire de l'accord UE-Mercosur, suscitant une vague d'indignations.
© @DFasquelle/ Xavier Bertrand au salon de l'agriculture
A l'occasion du Salon de l’agriculture qui a fermé ses portes le 1er mars sur une baisse de fréquentation record due à l’absence de bovins, le président des Hauts-de-France Xavier Bertrand a annoncé qu’"aucun produit issu du Mercosur ne sera servi dans les cantines des lycées régionaux". "Nos agriculteurs respectent des normes parmi les plus exigeantes au monde. Il est hors de question que nos lycéens consomment des produits issus de filières qui ne respecteraient pas ces mêmes standards", soutient le président de région, dans un communiqué du 25 février, s’inscrivant dans les pas des collectivités ayant ainsi marqué leur désapprobation, notamment la région Auvergne-Rhône-Alpes et les départements de la Côte d’Or, du Loiret ou de la Marne (lire notre article).
Xavier Bertrand indique ne pas être "contre les accords internationaux". Mais "tout ce qui touche à la santé, à notre alimentation, ne doit pas figurer dans les toutes dernières priorités", estime-t-il.
La région qui gère la restauration de près de 270 lycées publics et sert chaque année plusieurs millions de repas entend ainsi s’opposer à ce qu’elle considère être une "concurrence déséquilibrée".
Mise en oeuvre provisoire
Une prise de position intervenue deux jours avant que la présidente de la Commission ne décide, le 27 février, en plein Salon de l’agriculture, l’application provisoire de l’accord qu’elle a signé le 17 janvier avec les quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay). Ursula von der Leyen se justifie par la ratification de deux pays (l’Uruguay et l’Argentine) qualifiée "d’excellente nouvelle", expliquant qu’en janvier, "le Conseil européen a habilité la Commission à appliquer l’accord à titre provisoire dès la première ratification par un pays du Mercosur".
Cependant l’annonce de Bruxelles est vue comme un nouveau passage en force par les opposants à l’accord. Pour rappel, pour contourner les oppositions, la Commission avait déjà décidé de scinder le volet commercial, qui relève de sa compétence, et le volet politique, qui relève des États. De fait, le volet commercial ne nécessite qu'une majorité qualifiée au Conseil (obtenue le 9 janvier) et l'approbation du Parlement européen. Or ce dernier a voté une résolution le 21 janvier visant à demander un avis juridique à la Cour de justice de l'Union européenne (lire notre article). Ce qui reporte le vote du Parlement européen, très divisé sur le sujet, et aurait dû suspendre toute mise en œuvre provisoire. En janvier, Maud Brégeon, la porte-parole du gouvernement français avait déclaré que "si Ursula von der Leyen (…) venait à passer en force en imposant une application provisoire", cela constituerait "une forme de viol démocratique".
"Scandale démocratique"
"Ursula Von der Leyen choisit le moment d’un salon de l’agriculture sans vaches pour autoriser l’importation de dizaines de milliers de tonnes de bovins. C’est une insulte aux institutions démocratiques, aux agriculteurs et aux citoyens", a aussitôt fustigé Pierrick Horel, président du syndicat Jeunes Agriculteurs, vendredi.
Pour Maxime Combes, économiste à l'Aitec et co-animateur du collectif national Stop Mercosur, cette application provisoire est "un scandale démocratique inacceptable". "Appliquer cet accord de libre-échange dès maintenant, sans l’avis de la Cour et sans le consentement des députés européens, reviendrait à piétiner les processus démocratiques moment où de nombreux membres de notre société se sentent marginalisés et perdent confiance dans les processus politiques", souligne, dans une lettre ouverte au Conseil et à la Commission, une coalition européenne réunissant plus de 200 organisations de la société civile.