Après le report du plan Grand Âge, des fédérations alertent : "Quand des centaines de milliers de personnes se retrouveront sans accompagnement digne"…
Le départ imminent de la ministre Charlotte Parmentier-Lecocq a été annoncé en même temps que le report du plan Grand Âge, qui devait être présenté le 12 février 2026. Alors que de nouvelles données de la Drees confirment que les besoins en termes de recrutement et de création d'habitats adaptés seront massifs du fait de l'évolution démographique, la Fnadepa et la FHF font part de leur vive inquiétude et exhortent le gouvernement à ne plus différer les décisions attendues.
© Eric TSCHAEN-REA/ Charlotte Parmentier-Lecocq
La ministre déléguée chargée de l'autonomie et des personnes handicapées, Charlotte Parmentier-Lecocq, a fait savoir le 4 février 2026 qu'elle quitterait prochainement le gouvernement pour retrouver son siège de député – siège laissé vacant par son suppléant qui se présente aux élections municipales. Avec ce départ, c'est le plan Grand Âge du gouvernement qui est une nouvelle fois reporté sine die.
Ce plan, qui devait être annoncé à l'automne 2025 (voir notre article) puis en janvier 2026 et enfin le 12 février, remplaçait lui-même dans l'agenda gouvernemental la fameuse "loi de programmation pluriannuelle sur le grand âge" qui devait, selon la loi bien-vieillir d'avril 2024 (voir notre article), être votée avant la fin 2024. Avant cela, un projet de loi Grand Âge et Autonomie promis par Emmanuel Macron pour 2019 (voir notre article) avait déjà subi des reports, notamment début 2021 du fait de la crise sanitaire (voir notre article)…
"Un sentiment d’abandon des politiques publiques en direction du grand âge"
Pour le secteur, ce report de début 2026 est donc celui de trop. "Depuis 2007, tous les gouvernements ont renoncé à engager une réforme du grand âge à la hauteur des enjeux. Nous sommes désormais au pied du mur", déplore ainsi la Fédération nationale des associations de directeurs d'établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa) dans un communiqué. Cette annonce "nourrit un sentiment d’abandon des politiques publiques en direction du grand âge", abonde la Fédération hospitalière de France (FHF) dans son communiqué. "Quand des centaines de milliers de personnes se retrouveront sans accompagnement digne, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas", alerte le président de la FHF, Arnaud Robinet, pour qui il est urgent de "cesser de reporter les décisions".
Pourtant, les chiffres sont là : les besoins sont "massifs" et de plus en plus pressants, insistent les fédérations qui se réfèrent toutes deux aux données publiées le 5 février par la Drees (direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, ministères sociaux) à partir du modèle Livia (Lieux de vie et autonomie). Selon un scénario médian, la France comptera en 2050 près de 23 millions de personnes âgées de 60 ans ou plus (+5 millions par rapport à 2021), dont 2,8 millions en perte d'autonomie (+738.000 par rapport à 2021).
Programmer les financements et les recrutements pour répondre aux besoins
"Sans création de place en Ehpad, 156.000 ETP supplémentaires d’aides à domicile ou d’aides-soignants en Ehpad seraient nécessaires pour accompagner les bénéficiaires de l’APA à domicile et les résidents des Ehpad en 2050", évalue la Drees, qui indique que ce besoin grimperait à 202.000 ETP dans un scénario "où le nombre de places en Ehpad n’est pas contraint et permet des pratiques d’entrée en Ehpad inchangées entre 2021 et 2050". Si la tendance actuelle consistant à ne plus ouvrir de places en Ehpad se poursuit, "le besoin d’habitat intermédiaire pour personnes âgées serait presque cinq fois plus important" que le parc existant, selon la Drees. Cette dernière ne mesure ici que les places en résidence autonomie (113.000 places et 97.000 seniors accueillis en 2021, avec un nombre de places offertes qui a baissé de près de 2% entre 2019 et 2023).
Pour répondre à ces besoins, les acteurs de l'"habitat senior" ont demandé, le 4 février 2026, des financements à la hauteur et des clarifications notamment en matière de pilotage local (voir notre article). "Le temps des concertations, des tours de France et des mesurettes est révolu", pour la Fnadepa qui "exhorte le prochain gouvernement" – la prochaine ministre en charge ? - à agir dès sa nomination, en présentant un plan ambitieux et financé". La FHF affirme de son côté : "Sans loi de programmation, notre pays n’aura ni les financements ni les professionnels nécessaires pour répondre aux besoins à venir."