Gestion de la ressource en eau face au sous-investissement chronique

Face à des infrastructures vieillissantes, nécessitant des fonds importants souvent éloignés des budgets communaux, la gestion de la ressource en eau est sous tension. Des leviers opérationnels et financiers existent pour accompagner les collectivités dans ce défi.

État des lieux de la gestion de la ressource en eau : des infrastructures fragilisées

Le constat est sévère : le secteur de l'eau souffre d'un déficit d'investissement structurel qui se répercute directement sur la qualité et la disponibilité de la ressource.

La ressource en eau est soumise à de nombreuses pressions (pollutions, prélèvements, pressions hydromorphologiques, manque de gestion intégrée sur certains territoires, changement climatique,…). Ces dernières impactent la quantité et la qualité de la ressource en eau disponible.

Solène Le Fur, directrice du programme Aquagir

Au regard des défis à relever, les investissements dans le secteur de l’eau ne sont pas à la hauteur puisqu'ils sont moitié moindres que nécessaires. Ce sous-investissement, notamment dans le patrimoine bâti et les infrastructures, est à l'origine :

  • de la perte d'un litre d'eau sur 5 faute de renouvellement des réseaux ;
  • de la fermeture de 14 000 points de captage, notamment pour des raisons structurelles ou de pollutions, entre les années 1980 et aujourd'hui ;
  • du rejet d'eaux non conformes dans les milieux naturels faute de modernisation des stations d'épuration…

Un investissement encore trop timide face à l'ampleur des besoins

Le Cercle Français de l'Eau évalue le déficit annuel d'investissements à 13 Md€. Dans l'édition 2025 de son observatoire des investissements publics sur l'eau, la Banque des Territoires constate la stabilité de la commande publique. En moyenne, les marchés publics représentent 5,3 Md€ par an et atteignent 7 Md€ en intégrant les DSP (Délégations de Service Public). C'est largement insuffisant vis-à-vis des défis à relever.

Autre enseignement : les investissements des collectivités se concentrent essentiellement (80 %) sur l’eau potable et l’assainissement. Les 20 % restant visent la gestion des eaux pluviales et encore la gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations. Un résultat qui montre un modèle économique solide pour l’eau potable et l'assainissement mais qui se cherche encore sur la GEPU et GEMAPI.

Enfin, la réutilisation des eaux usées traitées (REUT), bien que constituant un levier concret pour limiter nos prélèvements sur la ressource et économiser l’eau si toutefois elle se substitue (et non s’ajoute), reste encore largement marginale dans la commande publique.

Investissement eau : quand la réglementation accroît la pression sur les collectivités

DERU 2 : une directive, des milliards d'euros d'investissements à anticiper

La nouvelle Directive des Eaux Résiduaires Urbaines (DERU 2) a été publiée fin 2024. L’État a jusqu'à juillet 2027 pour la transcrire en droit français. Son impact financier s’avère colossal pour les collectivités en charge de l'assainissement et de la GEPU. Une étude du Synteau chiffre à 5 Md€ les investissements nécessaires pour mettre aux normes le traitement quaternaire des micropolluants. Sont concernées 69 stations d'une capacité supérieure à 150 000 équivalents-habitants (EH) et 550 stations dépassant les 10 000 EH. 

Transfert de la compétence eau : mutualiser la gestion de la ressource en eau dans les collectivités

Dans son observatoire, la Banque des Territoires note également que le transfert de la compétence eau vers les EPCI-FP avait conduit à une augmentation des consultations intellectuelles et à une augmentation de la taille des marchés. La suspension de l'obligation de transfert, prise en 2025, risque de freiner ce mouvement.

La gestion de la ressource en eau dans les collectivités se heurte à un obstacle structurel : l'approche par bassin hydrographique peine à s'imposer face au découpage administratif des territoires. Pour Solène Le Fur, directrice du programme Aquagir, avoir des ressources humaines compétentes, des moyens financiers suffisants, une vision de long terme et agir à la bonne échelle sont des conditions essentielles pour agir en faveur de la gestion intégrée de la ressource en eau.

L'urgence à préserver et partager la ressource, les exigences réglementaires accrues et le mur d'investissement témoignent d'un vrai enjeu à accélérer.

Solène Le Fur, directrice du programme Aquagir

Le programme Aquagir lève les freins techniques et financiers

La technicité du sujet, la complexité de la gouvernance et le montant élevé des investissements nécessaires constituent des freins que la Banque des Territoires entend contribuer à lever notamment via son programme Aquagir.

Le programme repose sur plusieurs piliers complémentaires : des contenus pédagogiques pour monter en compétences, une offre de financement d'ingénierie pour structurer les projets, des prêts à taux préférentiels via l'Aqua Prêt pour financer les projets, une capacité d’investissement et de la consignation. L'ambition est à la hauteur des enjeux : financer 1 600 projets liés à l'eau d'ici 2028, en mobilisant 4 Md€ de prêts.

À ce jour, 750 collectivités ont adhéré au programme Aquagir. Sur le volet crédit d'ingénierie, 3,6 M€ ont été accordés en 2024-2025 à 63 acteurs publics pour aider à la structuration des projets. Sur le volet prêts, 894 projets ont été accompagnés à hauteur de 2,9 Md€ en 2024-2025 et il faut noter que les projets qui concernent la gestion des eaux pluviales et des milieux aquatiques semblent se multiplier. La Banque des Territoires a, par exemple, financé des opérations de désimperméabilisation ou de reméandrage des cours d'eau.

Solène Le Fur, directrice du programme Aquagir

AquaRepère : comprendre et analyser pour pouvoir passer à l'action

Face aux enjeux de la gestion de la ressource en eau dans les collectivités, le programme Aquagir de la Banque des Territoires a lancé AquaRepère en mai 2025. Cet outil en ligne gratuit accompagne les acteurs publics pour mieux appréhender la question de l'eau sur leur territoire.

AquaRepère agrège des milliers de données qualitatives et quantitatives afin de comprendre les enjeux liés à l'eau sur chaque territoire. Un important travail de traduction de la complexité permet à cet outil de donner des points de repère.

Philippe Lasserre, responsable data et appui territorial du programme Aquagir

L'exercice de vulgarisation porte sur quatre dimensions clés :

  • la place de l'eau dans les différentes activités de la vie quotidienne et de la vie économique à travers la question des usages ;
  • la logique de cycle unique de l'eau ;
  • l'évolution quantitative et qualitative de la ressource  ;
  • la présentation des acteurs impliqués.

Depuis son lancement, le service AquaRepère a enregistré plus de 10 000 visites. Actuellement en phase d'amélioration, l'outil va s'enrichir et une nouvelle version sera opérationnelle en septembre 2026.

L'outil peut être utilisé par un responsable du service eau potable pour sensibiliser des élus ou par une agence d'urbanisme dans le cadre de la révision du PLU (Plan local d'urbanisme.

Philippe Lasserre, responsable data et appui territorial du programme Aquagir

En plus de compiler et simplifier des données, AquaRepère donne accès à des ressources complémentaires : articles d'experts, retours d'expérience, kits de prévention — pour poursuivre la réflexion et débuter les premières actions.

Pour les collectivités territoriales confrontées aux enjeux de la gestion de la ressource en eau, AquaRepère ouvre la voie vers les compétences et les moyens financiers mobilisés par la Banque des Territoires dans le cadre du programme Aquagir.

La gestion de la ressource en eau dans les collectivités est à un tournant. Entre dérèglement climatique, exigences réglementaires et déficit d'investissement, l'heure est à l'action. Avec Aquagir, la Banque des Territoires se positionne comme un partenaire de long terme pour aider les territoires à reprendre la main sur leur ressource en eau.

 

 

Les experts

Solène Le Fur

Directrice du programme Aquagir

Ingénieure agronome également diplômée d'un Master en Ingénierie du Développement Durable et d'un Master en Management et Administration des Entreprises, Solène Le Fur a démarré sa carrière au CNRS. Elle a ensuite rejoint une association nationale, à vocation scientifique et technique, rassemblant les professionnels de l'eau et des déchets des secteurs tant publics que privés. Elle y a œuvré douze ans, dont quatre en tant que directrice générale avant d'intégrer la Banque des Territoires en novembre 2023. Elle dirige le programme Aquagir et porte l'offre transverse biodiversité.

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Philippe Lasserre

Responsable data et appui territorial du programme Aquagir

Diplômé de l'EDHEC, Philippe Lasserre a démarré sa carrière dans un cabinet de conseil et innovation. Il a travaillé sur l'impact du changement climatique pour de grands groupes (Michelin, SNCF) avant de rejoindre la Banque des Territoires. Il a d'abord exercé au sein de la direction du digital à l'animation du Lab des Territoires sur des sujets de rénovation énergétique avant de rejoindre le programme Aquagir pour porter les outils digitaux et l'appui au territoire.

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