Conférence des métiers sociaux : les départements sonnent l'alarme

L'Assemblée des départements de France a alerté ce 16 février, à la veille de la "conférence des métiers et de l'accompagnement social et médicosocial" sur la situation de ce secteur, avec un taux de vacance important faute d'attractivité. Les départements regrettent de n'avoir pas été associés aux décisions du Ségur. Ils évoquent le risque de "déserts sociaux". Et attendent que le gouvernement abatte ses cartes.

À la veille de la "conférence des métiers et de l'accompagnement social et médicosocial", qui doit s'ouvrir ce vendredi 18 février au matin, l'Assemblée des départements de France (ADF) organisait, le 16 février, une conférence de presse pour tirer la sonnette d'alarme et esquisser ses attentes vis-à-vis de cet événement. Outre François Sauvadet, le président de l'ADF et président du conseil départemental de la Côte-d'Or, participaient notamment les trois représentants des départements à la conférence des métiers sociaux : Frédéric Bierry, président de la commission solidarité, santé et travail de l’ADF (et président du conseil départemental d'Alsace), Stéphane Troussel, vice-président de la commission solidarité, santé et travail (et président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis), et Stéphane Haussoulier, président du groupe de travail handicap et autonomie de l’ADF (et président du conseil départemental de la Somme).

Répondre à "un profond sentiment d'injustice"

Pour François Sauvadet, il s'agit de "lancer une alerte face à un modèle à bout de souffle". Le président de l'ADF a dressé un tableau très sombre de la situation : "On n'arrive plus à pourvoir les postes et les travailleurs sociaux sont épuisés." Il a également insisté sur la perte d'attractivité des métiers du social et du médicosocial. Évoquant son département de la Côte-d'Or, François Sauvadet a indiqué recenser 400 postes vacants sur 10.000. Soit un taux de vacance de 4%, à peu près comparable au taux que faisait apparaître, au niveau national, la récente enquête de la Fehap et de Nexem portant sur un panel de 90.000 salariés d'établissements et services privés sans but lucratif (voir notre article du 20 janvier 2022).

Mais, pour l'ADF, il s'agit surtout de répondre à "un profond sentiment d'injustice". Injustice vis-à-vis des salariés du secteur, qui ont mal vécu ou vivent mal d'être "les oubliés du Ségur" face aux revalorisations accordées dès 2020 au secteur sanitaire (et même si l'écart est largement en cours de rattrapage). Injustice aussi vis-à-vis des départements, qui n'ont pas été associés aux décisions du Ségur, ni aux accords dits Laforcade (du nom du négociateur), pas plus qu'à leur mise en œuvre. Pour François Sauvadet, il faut aujourd'hui "mettre un terme aux injustices pour tous les personnels sociaux et médicosociaux". L'ADF demande donc que "l'ensemble du secteur du médicosocial bénéficie des mêmes mesures financières et de la même reconnaissance des 'métiers de la vie' que celles accordées aux personnels soignants".

Les "102 politiques différentes sur le territoire" passent mal

Le président de l'ADF a également peu goûté les allusions du chef de l'État aux 102 politiques sociales différentes selon les départements, notamment entendues lors du congrès des maires de novembre dernier : "Le président de la République aime à répéter qu'il ne peut pas y avoir 102 politiques sociales sur le territoire national. Je lui demande solennellement d'accompagner les départements pour qu'il n'y ait pas 102 politiques salariales. La véritable injustice, ce n'est pas qu'il existe des politiques différentes d'un département à l'autre. La seule injustice, c'est que l'État ne nous donne pas les moyens de mettre en œuvre les politiques qu'il décide souvent seul, dans des compétences qui sont les nôtres."

Une tonalité générale confirmée par Stéphane Troussel, qui voit dans la situation actuelle "une urgence absolue" et estime que "la question de la continuité de l'action sociale se pose". En outre, pour le président PS du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, le risque existe d'un cercle vicieux qui verrait une baisse de la qualité du service rendu aggraver à son tour la crise du recrutement.

Pour sa part, Frédéric Bierry estime qu'à la question des déserts médicaux pourrait bientôt s'ajouter celle des déserts sociaux, alors que la demande est en forte hausse et va continuer de croître dans les prochaines années. L'origine de cette situation tient au fait que "l'État veut être le gérant des solidarités, alors qu'il devrait en être le garant". Face aux accusations sur les écarts de politiques sociales entre départements, le président du conseil départemental d'Alsace se dit prêt à être "force de proposition" et préconise de faire mieux partager les bonnes pratiques, afin d'aller vers une harmonisation progressive des politiques.

Enfin, Stéphane Haussoulier a rappelé que le débat ne doit pas se cantonner à la question des salaires, mais englober également celle de la considération de ces personnels et de leurs conditions de travail. Le président du conseil départemental de la Somme se dit toutefois conscient qu'"on ne va pas traiter le problème en une matinée".  

Pour une concertation inscrite dans la durée

Si l'alerte est ainsi lancée d'une voix forte à la veille de la conférence des métiers du social et du médicosocial, les attentes et le positionnement des départements – directement concernés par les revalorisations salariales – demeurent en revanche plus flous. L'ADF affirme certes que "la question centrale, c'est le coût. L'État doit être au rendez-vous, l'État doit assumer !". Mais l'association ne semble pas arriver à la table des négociations avec des demandes et des chiffrages précis, se contentant de rappeler les 102 propositions "Pour agir mieux au service des Français" adoptées lors des Assises nationales des départements à Bourg-en-Bresse en décembre dernier. À la veille de la conférence, le coût des mesures envisagées serait ainsi – hors revalorisations déjà accordées ou en cours – "de l'ordre de 4 à 10 millions par département", selon François Sauvadet, ce qui reste assez vague. 

Il est vrai que l'ADF ne connaît pas encore le déroulé précis de la conférence du 18 février, Frédéric Bierry ayant toutefois eu un contact récent avec Jean-Philippe Vinquant (ancien directeur général de la cohésion sociale jusqu'en 2019) et Benjamin Ferras (ancien directeur adjoint de cabinet de Marisol Touraine en 2016 et 2017), les deux inspecteurs généraux des affaires sociales (Igas) chargés de préparer la conférence. L'ADF semble donc attendre que le gouvernement abatte ses cartes pour réagir. Avec toutefois une conviction partagée par tous les intervenants à la conférence de presse : il ne faudra pas se contenter de "simples annonces", mais placer la démarche dans le cadre d'une véritable concertation inscrite dans la durée.

 

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