Une étude quantifie les difficultés de recrutement dans le secteur sanitaire et médicosocial

La Fehap et Nexem publient les résultats du premier "baromètre des tensions de recrutement du secteur sanitaire, social et médicosocial privé non lucratif", qui confirme que les employeurs de ce secteur rencontrent des difficultés structurelles de recrutement et d'attractivité. Mais aussi de départs volontaires. 5% des emplois sont aujourd'hui vacants. Le problème touche toutes les filières et professions et risque, si rien n'est fait, de se renforcer.

Alors que la "conférence des métiers et de l'accompagnement social et médicosocial" doit se tenir en février, à une date non encore précisée (voir notre article du 4 janvier 2022), et que le gouvernement vient de lancer une "campagne de recrutement d'urgence sur les métiers du soin et de l'accompagnement" (voir notre article du 5 janvier 2022), la Fehap et Nexem publient les résultats du "premier baromètre des tensions de recrutement du secteur sanitaire, social et médicosocial privé non lucratif". L'étude a été menée du 1er juin au 30 septembre 2021 auprès de l'ensemble des adhérents de ces deux organisations. Le questionnaire a été retourné par 407 structures représentant 90.000 salariés, soit 15% des 610.000 salariés des réseaux Nexem et Fehap. Le baromètre devrait dorénavant être renouvelé tous les trimestres.

Environ 5% de postes vacants

Dans un communiqué commun du 19 janvier, les deux organisations confirment que "les employeurs du secteur sanitaire, social et médicosocial associatif vivent des difficultés structurelles de recrutement et d’attractivité. Au-delà de la crise sanitaire, ces tensions fragilisent le fonctionnement des établissements et services qui accompagnent les plus vulnérables d’entre nous". Au sein du panel de 90.000 salariés, 4.300 postes sont vacants soit 5% de l'ensemble. Bien que l'étude Fehap-Nexem ne le fasse pas, on peut rapprocher ce taux de celui calculé sur l'ensemble de l'emploi salarié privé. Selon les derniers chiffres de la Dares (direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du Travail), le nombre d’emplois vacants en France s’élève à 286.100 au troisième trimestre 2021 (en hausse de près de 50% sur un an), soit 1,45% des 19,8 millions de salariés du secteur privé. Le taux d'emplois vacants apparaît donc supérieur dans le secteur sanitaire, médicosocial et social. Il faut toutefois tenir compte du fait que les chiffres de la Dares ne prennent en compte que les entreprises de 10 salariés et plus et que le taux de vacances réel est donc sans doute supérieur et plus proche de celui du secteur sanitaire et médicosocial.
L'étude de la Fehap et de Nexem précise que "les tensions de recrutement touchent toutes les filières et professions, indépendamment des personnels ayant d'ores et déjà pu toucher une revalorisation salariale dans le cadre du Ségur de la santé". Certaines professions sont néanmoins davantage touchées que d'autres. C'est le cas du personnel soignant et de rééducation (infirmiers, aides-soignants, masseurs-kinésithérapeutes...), cité par 93% des répondants, du personnel éducatif et social (73%) et des médecins (65%). Les vacances semblent moindres pour les personnels d'encadrement (47% de citations) et les fonctions supports (45%).
Autre enseignement de ce premier baromètre : la situation va plutôt en se dégradant. Ainsi, 56% des répondants estiment que les difficultés de recrutement se sont aggravées au troisième trimestre 2021 pour les infirmiers, 52% pour les aides-soignants, 39% pour les éducateurs spécialisés ou les moniteurs éducateurs, 34% pour les aides médico-psychologiques (AMP) et les accompagnants éducatifs et sociaux (AES)...  

Un turn over volontaire en hausse, mais qui ne dépasse pas la moyenne du secteur privé

L'étude se penche également sur une question très souvent évoquée ces derniers temps, mais rarement quantifiée : celle des départs volontaires de salariés (donc hors départs en retraite). Au cours du troisième trimestre 2021, les établissements de l'échantillon ont enregistré 5.300 départs (ce qui représenterait environ 36.000 départs sur la totalité des 610.000 salariés des deux réseaux). Sur ces 5.300 départs, 2.650 (50%) correspondent à des démissions ou des ruptures conventionnelles, soit un turn over de 2,9% sur un trimestre. Rapporté à une année pleine – et bien que le calcul soit imparfait car les nouveaux entrants n'ont pas vocation à démissionner rapidement –, le turn over annuel serait donc de l'ordre de 11,6%. Ce chiffre est inférieur au turn over moyen des salariés du secteur privé, calculé par l'Insee et qui se situe autour de 15%. Mais il est néanmoins possible qu'il corresponde à une augmentation dans le secteur sanitaire et médicosocial. 
Sur les raisons de ces départs volontaires, l'étude précise qu'"en dehors du niveau de rémunération fréquemment évoqué comme vacances de postes, les conditions de travail (rythme, pénibilité, poste non pérenne) sont également jugées déterminantes dans le choix des salariés. En matière de rémunération les répondants ont indiqué que les vacances de poste étaient en partie liées à la forte concurrence vis-à-vis des secteurs ayant bénéficié d'une revalorisation dans le cadre du Ségur de la santé".
Enfin, l'étude évoque aussi les mesures mises en place pour faire face aux difficultés de recrutement. Les répondants sont ainsi 25% à avoir pris des mesures de gel des places, 21% à avoir fermé des places ou des lits, 8% à avoir fermé des services ou des établissements et 7% à avoir réduit la durée d'accueil. S'y ajoutent 39% des réponses "Autres". Conclusion de l'étude de la Féhap et de Nexem : "Le secteur commence à donner des signes de fragilité structurelle quant à sa capacité à attirer et fidéliser des professionnels. La charge d’un travail retombe toujours sur les mêmes professionnels avec un risque important de dégradation des conditions de travail, entraînant inévitablement de l'épuisement, et donc potentiellement un risque de moins de qualité pour les personnes accompagnées". Dans la perspective de la conférence, les deux organisations "appellent l’Etat à l’action concrète".

 

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