Consigne pour recyclage des bouteilles en plastique : les associations de collectivités ne désarment pas

Lors d'une réunion visiblement tendue avec le ministre délégué à la Transition écologique ce 28 mai, les associations de collectivités ont réaffirmé leur ferme opposition à la consigne pour recyclage des bouteilles en plastique. Elles ont obtenu l'assurance que cette dernière ne constitue "ni un préalable, ni une condition à l'ouverture d'une véritable concertation avec les élus locaux". Le bras de fer continue.

Comme prévu, dans la foulée du conseil de planification écologique du 19 mai dernier ayant singulièrement décidé la mise en œuvre de la consigne pour recyclage des bouteilles en plastique à compter du 1er janvier 2029, le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a successivement réuni, ce 28 mai, ONG et associations environnementales d'une part, associations de collectivités d'autre part, pour le lancement d'une "concertation nationale pour structurer une filière d'économie circulaire sur le plastique plus performante d'un point de vue environnemental et économique". Une réunion au cours de laquelle l'Association des maires de France (AMF), Intercommunalités de France, France urbaine et le Cercle national du recyclage ont "réitéré pendant plus d'1h30 leur opposition ferme" à ce qu'elles jugent être "une véritable privatisation déguisée d'un service public essentiel", relatent-elles dans un communiqué.  

Temporisation ?

Non sans un – relatif – succès. D'abord parce qu'elles y affirment avoir obtenu du ministre l'assurance que le gouvernement ne fera de la mise en place de cette consigne "ni un préalable, ni une condition à l'ouverture d'une véritable concertation avec les élus locaux". Ensuite parce qu'elles assurent avoir également obtenu du ministre la prise en compte dans cette concertation des 14 propositions qu'elles ne cessent de promouvoir depuis 2023 pour conjurer le spectre de cette "fausse consigne", qui n'avaient "jusque-là malheureusement pas été réellement prises en compte dans le débat avec l'État", en dépit des relances. Ce qui ne constitue pour autant en rien un enterrement de la consigne.

Fausse concertation

Les associations préviennent d'ailleurs qu'elles "seront particulièrement vigilantes sur la suite qui sera donnée". Jean-François Vigier, vice-président de l'AMF, et Odile Begorre-Maire, membre associée du bureau d'Intercommunalités de France, redoutent "une concertation qui ne semble au fil des déclarations ministérielles n’en avoir que le nom", dans une texte publié par La Tribune ce 31 mai. Les deux élus y mettent également en avant les conséquences défavorables que ce dispositif entraînerait, en particulier pour "les petits commerces de nos centres villes qui n’auraient pas les moyens ni l’espace suffisant pour collecter et stocker toutes ces bouteilles" et pour "les habitants des zones rurales […] puisque les metteurs en marché installeraient prioritairement les automates dans les centres commerciaux des zones urbaines".

Fausse consigne

Les associations ont également prévu une "conférence de presse unitaire", le 5 juin prochain, "avec d'autres acteurs engagés pour la défense des consommateurs et de l'environnement" pour continuer de faire valoir fois leurs arguments. "Développer la consigne pour recyclage, c’est permettre au système du tout jetable de perdurer sur le long terme. Le recyclage ne s’attaque pas à la racine du problème, qui est la surproduction d’emballages à usage unique. Il est aujourd’hui indispensable d’inverser la tendance, et de financer en priorité le réemploi des emballages", plaide par exemple Marine Bonavita, chargée de plaidoyer chez Zero Waste France. Une association qui met encore en avant le fait "qu'en pratique, une faible proportion des déchets plastiques est vraiment recyclée (27%). La majorité est en réalité 'décyclée', c’est-à-dire transformée en produits différents, de moindre qualité et plus difficiles à recycler à nouveau" et insiste sur la nécessité de ne pas confondre consigne pour recyclage et consigne pour réemploi.

Bras de fer

À ce stade, le bras de fer reste donc de mise. "Les relations ont été très tendues", rapportait sans surprise à l'issue de la réunion le délégué général d'Amorce, Nicolas Garnier, auprès d'AEF infos. Lequel continue de défendre que la consigne n'est nullement nécessaire pour atteindre les objectifs de recyclage fixés par la législation européenne. Contrairement à Citeo, qui dans un communiqué du 22 mai, la juge au contraire "indispensable pour atteindre nos objectifs de collecte et de recyclage", tout en concédant qu'elle n'est "ni une solution miracle ni une réponse complète à l'enjeu environnemental des emballages". L'éco-organisme continue ainsi lui aussi de camper sur ses positions, présentées en mai 2023 en réaction au plan des collectivités. 

Un chiffon rouge pour panache blanc ?

Aussi, si le président du conseil d'administration de Citeo, Antoine Fiévet, voit dans le "dialogue engagé par le président de la République" le seul moyen "d’être à la hauteur des enjeux", il est à craindre que ce dernier ne se cantonne pour l'heure au dialogue de sourds. "Nous ne réussirons pas cette transformation [vers une "économie circulaire industrielle"] les uns contre les autres, mais avec l'ensemble des acteurs autour de la table", plaide Mathieu Lefèvre pour sortir de l'ornière. L'avenir dira s'il est possible de rallier les troupes autour d'un chiffon rouge plutôt que d'un panache blanc.

 

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