Datacenters : la région Île-de-France veut maximiser les retombées locales

Adoptée le 25 juin 2026, la stratégie francilienne relative à l'implantation des centres de données ambitionne de faire de la région "le leader européen des centres de données souverains". Entre soutien aux opérateurs vertueux et souhait de revoir le deal financier au bénéfice des collectivités, la région-capitale entend désormais orienter, plutôt que subir, un développement dont le rythme s'accélère.

Avec 44% des 322 datacenters recensés en France au 31 décembre 2024, et 65 à 70% de la puissance installée, l'Île-de-France concentre l'essentiel du parc national constate la région dans le rapport associé à sa délibération définissant sa stratégie sur les datacenters. Une position dominante appelée à se renforcer : portée par l'IA et le cloud, la puissance installée en France pourrait passer de plus de 700 MW aujourd'hui à 2 à 2,3 GW d'ici 2030, soit une croissance annuelle moyenne de 22% et 16 milliards d'euros d'investissements, selon le baromètre 2025 du cabinet EY-Parthenon et France Datacenter.

Financement des raccordements et retombées locales

Ce changement d'échelle percute déjà les réseaux électriques : le raccordement constitue "le principal facteur limitant", avec des files d'attente croissantes chez RTE. Dans le cadre de la consultation nationale lancée par le gestionnaire de réseau début 2026, la région soutient le passage d'une logique "premier arrivé, premier servi" à celle du "premier prêt, premier servi". Elle veut surtout une priorisation fondée sur la "valeur ajoutée territoriale des projets" plutôt que sur leur ordre d'arrivée.

Sur le financement, la région pourfend la "socialisation des coûts de raccordement" via le Turpe (tarif d'utilisation du réseau public d'électricité), autrement dit la facture de l'usager. Selon elle, cela contribuerait à renchérir le prix de l'électricité pour l'ensemble des consommateurs. Elle défend une prise en charge intégrale des coûts de réseau, y compris les renforcements structurants, par les opérateurs de datacenters eux-mêmes, ce qui suppose une évolution du cadre législatif.

Et au-delà du sujet énergie, la région appelle l'État à ouvrir une réflexion nationale sur les modalités d'intéressement fiscal des régions et collectivités d'implantation, face à des équipements qui génèrent peu d'emplois et de retombées locales.

Maîtriser la localisation des centres de données

Côté foncier, elle souhaite que les nouvelles implantations se fassent prioritairement sur des sites d'activité économique existants, sans empiéter sur les sites d'activités productives sanctuarisés pour la réindustrialisation. Avec l'appui de l'Institut Paris Région, elle va recenser et qualifier les fonciers propices à ces implantations dans le cadre d'un "observatoire des datacenters".

Aux collectivités infrarégionales, souvent démunies face à des porteurs de projets aguerris, la région promet un accompagnement concret : une grille d'analyse et de qualification des projets, sous forme de "kit méthodologique". Le réseau des développeurs économiques franciliens sera mobilisé pour aider à la négociation de contreparties. Des webinaires organisés par l'Institut Paris Région complètent l'acculturation aux problématiques des centres de données.

Systématiser la valorisation de la chaleur fatale

Sur le plan environnemental, la stratégie fixe un niveau d'exigence renforcé : performance énergétique (PUE), sobriété hydrique, réduction des émissions des groupes électrogènes - avec une préférence affichée pour les modèles à hydrogène - et surtout, systématisation de la valorisation de la chaleur fatale. 

La collectivité francilienne met en avant trois projets déjà opérationnels, dont le chauffage du centre aquatique olympique de Saint-Denis. L'enjeu énergétique est de taille : certaines prospectives régionales évoquent une consommation électrique des datacenters franciliens pouvant atteindre 33 TWh par an en 2050, soit environ la moitié de la consommation électrique actuelle de la région, évaluée à 62 TWh en 2022.

Peser sur toute la chaîne de valeur

Au-delà de l'encadrement des implantations, la région affiche sa volonté de structurer une filière francilienne cloud et IA de "bout en bout". Elle s'appuie sur le soutien apporté dès 2024 au site Éclairion de Bruyères-le-Châtel (91), qui héberge le supercalculateur de Mistral AI, et sur un partenariat annoncé à VivaTech 2026 associant le concepteur de puces VSORA, l'éditeur de logiciels ZML et l'hébergeur Scaleway. 

Objectif affiché : garantir un accès souverain aux capacités de calcul pour les besoins critiques - services publics, santé, défense, filières stratégiques - ainsi que pour l'écosystème francilien de l'innovation, start-up et laboratoires compris.

 

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