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Espaces verts - Désherbage : le retour de la binette ?

Le contexte législatif a-t-il contribué au succès de l'opération ? Quelques semaines après l'adoption par le Parlement d'une proposition de loi généralisant le zéro phyto en ville, la présentation le 11 mars des résultats de quatre ans de travaux sur les pratiques de désherbage a fait salle comble au ministère de l'Agriculture. Les élus et gestionnaires qui n'ont pu y assister peuvent se rattraper en consultant le site très complet qui a été mis en ligne le 13 mars, hébergeant entre autres un nouvel outil d'autoévaluation à leur disposition.

Derrière l'acronyme un brin barbare de Compamed ZNA, pour "Comparaison des méthodes de désherbage utilisées en zones non agricoles", se cache un programme mêlant recherche et retours d'expériences locales qui débouche sur des outils d'aide à la décision très concrets pour les élus et gestionnaires de voirie et d'espaces verts. Dévoilés le 11 mars devant un parterre de 200 participants, ses résultats donnent des repères aux acteurs de terrain explorant des alternatives au désherbage chimique. Tous ceux qui travaillent de près ou de loin sur la question ont - c'est suffisamment rare pour le souligner - phosphoré ensemble sur ce programme soutenu notamment par Ecophyto. On retrouve donc les professionnels du paysage (Val'hor) aux côtés de réseaux d'acteurs locaux (Aitf, Hortis), de collectivités (villes de Paris et Versailles) et de l'incontournable centre technique Plante & Cité, qui coordonne l'ensemble et fédère lui-même 500 structures adhérentes. A noter que le programme dispose d'un volet complémentaire toujours en cours axé sur la santé et les risques professionnels. Ses résultats début 2015 viendront abonder les ressources présentes.

Trois familles, trois actes

Découpé en trois actes, ce programme a comparé entre elles les trois familles de désherbage chimique, thermique et mécanique. Premier acte : une enquête menée auprès de 400 collectivités par Plante & Cité a permis d'alimenter en données un observatoire des pratiques de désherbage qui révèle la forte diversité des situations. Certaines constantes néanmoins se dégagent, comme le poids de la main-d'œuvre dans les coûts associés au désherbage. Ce critère coût intègre ainsi l'outil d'autoévaluation des pratiques qui sera gratuitement mis à disposition des gestionnaires et élus sur le site www.compamed.fr, lequel détaille tous les résultats du programme. A voir le nombre d'expérimentations en cours dans les municipalités, cet outil d'aide à la décision leur sera certainement utile. Prenons l'exemple de Saint Malo. Dès 2006, cette ville a prévu dans son plan de désherbage de voirie de faire plus de place aux modes de désherbage mécanique. Mais la solution présente des limites, ce qui l'a conduite à expérimenter d'autres solutions, comme le recours depuis un an à des désherbants naturels à base d'acide acétique. Ailleurs, l'alternance des techniques est aussi monnaie courante. Mais comment opter pour la bonne méthode en fonction des moyens disponibles, du support (perméable/imperméable) et de la flore en présence ? En s'appuyant sur des scénarios de désherbage réels ou prospectifs, cet outil de modélisation lancé à l'issue du programme permettra d'apprécier les impacts environnementaux potentiels de chaque pratique.

Deuxième acte, l'analyse de cycle de vie

Cette évaluation environnementale comparative des méthodes de désherbage a été rendue possible grâce au travail d'analyse du cycle de vie (ACV) effectué par le bureau d'étude indépendant Evea. Sept techniques ont été passées au crible de onze indicateurs. Il en ressort que chaque technique a des impacts potentiels, en termes d'écotoxicité et de pollution de l'eau pour les modes chimiques, de pollution de l'air, d'eutrophisation et de consommation de ressources fossiles pour les méthodes thermiques et à eau chaude… "Sans surprise, le désherbage à la binette est le mode le moins impactant", indique Stéphane Le Pochat, responsable R&D d'Evea. L'ingénieur précise que cet exercice de l'ACV a toutefois ses limites et ne remplace pas la pertinence des études de terrain. Parmi les voies les plus fiables pour réduire l'impact environnemental du désherbage, il cite la réduction du nombre de passages ("moins on désherbe, moins on pollue"), laquelle pose le problème de l'acceptation du public dans les zones moins régulièrement traitées, de tolérance vis-à-vis des adventices, "et ce jusqu'à envisager le non désherbage de certaines zones urbaines". En cela, il prône le passage d'un "désherbage planifié" à du "désherbage raisonné".

Dernier acte, l'efficacité

N'est-ce pas le but ultime du désherbage ? Sur des parcelles mises à disposition par la métropole toulousaine, les modes de désherbage ont été testés selon trois protocoles pointus de recherche. C'est le Centre d'expertise en techniques environnementales et végétales (Cetev) qui s'y est employé durant un an. Il en ressort que les méthodes thermique (brûleur à gaz) et mécanique (balayeuse) ont une moindre efficacité dans le temps, avec des graminées et adventices qui repoussent plus vite que dans le cas du mode chimique (herbicide au glyphosate). Les techniques à l'eau ou à la vapeur affichent de bons résultats (peu de repousses) mais difficile pour autant d'en tirer des généralités. "Une chose sûre, c'est un choix à faire à la lumière de nombreux critères : stade de développement de la flore présente, période d'application, aspect pratique de certaines méthodes (le brûleur à gaz), volonté ou non d'un résultat immédiat", énumère Adeline Renier du Cetev. Pour chaque méthode, le nombre de passages nécessaires a par ailleurs été évalué. Un protocole dont les résultats ont eux-mêmes alimenté la fabrique de l'analyse de cycle de vie précédemment présentée. "Désherber au brûleur à gaz ou à la binette nécessite de nombreux passages, eau chaude-vapeur et mode chimique en nécessitent moins", ajoute Adeline Renier. On l'aura compris : chaque technique a sa plage d'efficacité. Aux gestionnaires de faire un choix, parfois cornélien, et qui dépend aussi de la volonté politique et des compétences des équipes en place. 

 

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