Dans les Ardennes, une gestion écologique des couloirs électriques (08)

Le Parc naturel régional (PNR) des Ardennes est sillonné de couloirs déboisés pour le passage des lignes électriques à haute tension. Sur ces espaces, le Réseau de transport d’électricité (RTE) et le PNR ont aménagé six sites pilotes, pour un meilleur développement de la biodiversité, et des coûts d’entretien réduits.

Des mares, des vergers, des landes à genêts, des boisements bas, de la coupe sélective, voire une évolution naturelle... Tels sont les aménagements testés sur 107 hectares du Parc naturel régional (PNR) des Ardennes, parcourus de lignes électriques. Réseau de transport d’électricité (RTE) en est le gestionnaire. Avec le PNR, RTE expérimente ces méthodes alternatives dans le cadre du projet PIEESA : Pour une Infrastructure Énergétique, Écologique et Sûre en Ardennes. « C'est la pluralité des aménagements qui nous permet de maximiser la biodiversité de ces sites, jusque-là pauvres, d’un point de vue écologique », souligne Céline Davril-Bavois, directrice du PNR, qui a coordonné ce programme.

Éviter le gyrobroyage

Les couloirs électriques étaient jusqu'alors entretenus par gyrobroyage par RTE, tous les quatre ans en moyenne. Cet entretien vise à éviter que les arbres soient trop proches d’une ligne électrique, ce qui favoriserait le risque de créer un arc électrique, voire de provoquer un incendie. « Cette coupe à ras, au cœur d'un massif très largement boisé, était mal acceptée socialement », remarque la directrice. Malgré un classement en zone Natura 2000, ces couloirs affichaient aussi une biodiversité pauvre : peu d'insectes et de reptiles, des zones envahies par la fougère qui n'offre l'hiver ni abri, ni nourriture à la faune sauvage. En 2017, RTE saisit l'opportunité d'un appel à projet de l'Ademe pour aménager des sites tests, avec une gestion de la végétation qui contribue à restaurer la biodiversité, tout en réduisant les coûts d'entretien. « Nous coopérions déjà avec RTE sur de petits projets. Ils nous ont demandé de coordonner ce nouveau projet à plus grande échelle, précise la directrice du PNR. L'outil parc est particulièrement adapté, car tous les acteurs sont déjà autour de la table : les naturalistes, les chasseurs, les gestionnaires forestiers et, bien sûr, les élus locaux. »

Un ensemble de partenaires pour l’entretien

À partir de dix sites repérés et inventoriés sur le plan faunistique et floristique, sept ont été choisis en croisant intérêt pour la biodiversité et coûts de gestion élevés. Pour chacun de ces sites, un plan d'aménagement a été proposé, mêlant divers milieux naturels : mares, prairies de fauche, coupe sélective, boisements bas qui ne nécessitent pas de coupe à maturité, landes à genêts, prairies fleuries. Sur cette base, le PNR et RTE ont mené une large concertation avec les élus locaux, les gestionnaires et propriétaires forestiers (communes, syndicats de propriétaires privés ou Office National des Forêts) et les chasseurs. « Ensemble, nous avons amendé les projets proposés et nous nous sommes réparti les tâches d'entretien », précise la directrice. Lors de cette concertation, le PNR s'est assuré de la volonté des différents acteurs de procurer gracieusement l'entretien des sites réaménagés, en signant les conventions afférentes. Un site a finalement été retiré de l’expérimentation, car les partenaires ont finalement manifesté peu d’intérêt pour s’engager dans ce projet.

Une analyse coûts / bénéfices

Les travaux d'aménagement ont été réalisés de 2019 à 2021 : semis de prairies, de genêts, plantation de boisements de petite hauteur (noisetier, aubépine, prunellier, néflier...) sous les lignes et en lisière, installation de vergers, création de mares. Tous ces espaces permettent de relier entre eux les réservoirs de biodiversité forestiers. Une zone a même été plantée d’épicéas, qui serviront à décorer les villages à Noël. En parallèle, une étude coûts / bénéfices écologiques a été menée pour chaque secteur. « On arrive vraiment à faire changer les pratiques, si les coûts diminuent aussi à long terme », reconnaît la directrice. Les conclusions varient selon les sites. Certains aménagements, grâce aux économies d’entretiens qu’ils permettent de réaliser, voient leur coût rentabilisé dès cinq ans. Pour d’autres, le coût d’aménagement sera rentabilisé au bout de dix-sept ans. La rentabilité est plus forte pour les endroits où les lignes électriques sont les plus basses, car ces sites présentaient de fortes contraintes d’entretien avant le réaménagement. « Des plans de gestion détaillés ont été rédigés pour chaque type de milieu créé, ce qui devrait amener jusqu'à 30 % de biodiversité en plus d’ici douze ans », souligne la directrice.

RTE prêt à reproduire l'approche

Après un premier bilan réalisé à l'issue des aménagements, en 2021, l'entretien se poursuit pour maintenir la physionomie de ces espaces ; battage des fougères pour éviter l'envahissement, taille des arbres quand nécessaire, nettoyage autour des mares... Un suivi est assuré par un technicien du PNR. Les premières observations montrent que les mares créées ont déjà été colonisées, une herbacée des écosystèmes humides - la laîche à deux nervures - est aussi réapparue. Dans cette aventure, le PNR a vu évoluer le regard de chacun : « Les élus se sont bien approprié le projet, les chasseurs intègrent l'entretien à leurs tournées et RTE observe qu'une politique de gestion alternative de la végétation peut être compétitive », conclut la directrice. À la suite de cette expérimentation, le gestionnaire électrique envisage de reproduire cette approche dans d’autres sites Français.

Les chiffres clés de l'expérimentation

107 hectares réaménagés, dont 20 % restent entretenus par RTE en gestion alternative, 10 % sont en évolution naturelle et 70 % sont entretenus par des partenaires

Une dizaine de mares créées

28 000 arbres et arbustes plantés

170 arbres fruitiers plantés, dont 1 verger entretenu par un foyer de personnes en situation de handicap

25 hectares de prairies créées

Entre 5 et 17 ans de retour sur investissement selon les sites

Jusqu'à 30 % de biodiversité en plus attendue après 12 ans

800 000 euros : coût global du projet, pris en charge à 60 % par l'ADEME et 40 % par RTE dans le cadre des Projets d'Investissement d'Avenir (PIA)

Parc naturel régional des Ardennes

Route de Sécheval – RD140
08150 Renwez

Guillaume Marechal

Président

Céline Davril-Bavois

Directrice

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