À Floques, une résidence seniors écologique (76)
À Flocques, la résidence des Roseaux permet aux personnes âgées modestes de vieillir près d’où elles ont vécu, dans des logements de qualité. Ces constructions préfabriquées en bois, paille et terre crue sont développées par la Foncière Chênelet, partenaire du projet.
© Foncière Chênelet
À quelques kilomètres du Tréport, en limite de la Seine-Maritime, le bourg de Flocques compte une population vieillissante, avec des retraités bénéficiaires de pensions parfois modestes. « Quand survient un problème de santé, ou encore à la suite de la perte du conjoint, ils doivent bien souvent quitter leur pavillon, sans avoir de solution dans notre village. C'est ce qui nous a motivés à proposer du logement pour les seniors, explique Eddie Facque, le maire. Avec trois enjeux : des loyers modérés, des logements peu énergivores et la possibilité pour la commune d'en être le gestionnaire. »
Recours à un maître d’ouvrage d’insertion
La mairie commence par contacter les bailleurs sociaux de Seine-Maritime, sans être convaincue par leurs projets. C'est dans le Pas-de-Calais, à deux heures de route de là, qu'elle trouve l'opérateur idoine. « J'ai visité une opération de la Foncière Chênelet, près de leur siège social. C’était en hiver : il faisait 6 degrés dehors et 16 dedans, sans chauffage. J'ai été séduit et convaincu par ce modèle », se souvient le maire. La structure inventrice de cette solution est atypique. « À l'origine, Chênelet est un chantier d'insertion autour de la construction en bois », explique Marine Rubier, secrétaire générale de la Foncière. Dans les années 2000, les administrateurs – ingénieurs bois de formation – s'étaient demandé comment créer des logements dignes pour leurs travailleurs en insertion. C'est alors qu’est née l'idée d'un habitat écologique de très haute qualité, à faibles charges, pour des personnes à bas revenus. Créée en 2009, la Foncière Chênelet sera le nouveau bras armé pour les opérations de bailleur social, agréé maître d'ouvrage d’insertion (MOI).
Une structure modulaire
Perfectionné au fil des ans, ce logement durable est une solution préfabriquée très au-dessus de la réglementation énergétique (RE) 2020 – plus proche des performances des maisons passives. Les murs et toitures sont des ossatures bois, isolées en paille, avec ouvertures triple vitrage directement intégrées. Réalisés dans les ateliers d'insertion, ils sont assemblés ensuite sur site. Des cloisons intérieures, en briques de terre crue, apportent de l'inertie pour stocker chaleur et fraîcheur. La toiture est végétalisée. En tenant compte de la construction, de la fin de vie et de l'exploitation de ces logements, la foncière déclare une empreinte carbone de son modèle à 918 kg équivalent CO2 par an et par locataire. Soit une moyenne inférieure de 46 % à la moyenne française (chiffre 2024). « Ensuite, selon les opérations et les financements obtenus, nous intégrons également des équipements innovants : chaudières particulières, récupération des eaux pluviales pour les sanitaires, etc. », indique la secrétaire générale de la foncière. Convaincu, le maire doit néanmoins batailler pendant un an auprès de la préfecture pour que ce bailleur social des Hauts-de-France soit agréé pour la Normandie. « Il nous a fallu justifier des normes environnementales, sécuritaires et adaptées aux personnes à mobilités réduites », se rappelle l'édile.
12 logements installés
La mairie souhaite installer l'opération entre l'école et une promenade accessible aux personnes à mobilité réduite, récemment créée. Le terrain est cédé en bail emphytéotique de 99 ans à la Foncière et le programme de douze logements acté. Dix sont à destination des seniors et deux en étage pour les familles. L'opération est dotée d'une chaudière très performante combinant chauffage, production d'eau chaude et VMC (ventilation), d'une récupération des eaux de pluie pour les sanitaires et de panneaux solaires photovoltaïques en autoconsommation. Le chantier se déroule entre 2019 et 2020.
En parallèle, la mairie sélectionne les futurs locataires, via une commission d'attribution. La municipalité loue les logements à la Foncière, avant de les refacturer aux locataires. Un mode de fonctionnement atypique pour la Foncière. « Généralement, nous louons nos logements via des agences immobilières à vocation sociale », précise sa secrétaire générale. Après une petite présentation aux futurs locataires du mode de vie dans ces logements écologiques (par exemple : ne pas planter de clou dans la terre crue, explication de la VMC double flux…), la remise des clés s'opère en novembre 2020. Si la gestion locative demande quelques ajustements au lancement, le système est aujourd'hui bien rodé.
Vers une pension de famille
Cinq ans après l'ouverture, le maire fait part de sa grande satisfaction. « Les locataires sont originaires du village et des alentours, ils restent sur place et apprécient cette offre rare. Dès qu'un logement se libère, il trouve preneur. » Le service après-vente de la Foncière est aussi un atout précieux : les volets artisanaux en bois, peu manipulables à l'usage, vont par exemple être bientôt remplacés par des volets roulants plus classiques. Forte de ce premier projet seniors réussi, la mairie s'est lancée dans une nouvelle aventure qui doit bientôt voir le jour face à la résidence des Roseaux : une pension de famille de vingt logements, avec offre médicale 24 heures/24 et salle commune.
Le programme de la résidence des Roseaux en quelques chiffres
- 12 logements pour une surface habitable de 854 m2, pour moitié en PLAI (Prêt locatif aidé d’intégration) et moitié en PLUS (Prêt locatif à usage social).
- Loyer de 470 euros pour un T3 de 84 m2, charges comprises de 77 euros/mois (chauffage compris, avec une part dérisoire)
- Mise à disposition du terrain par la commune par bail emphytéotique de 99 ans
- 2,6 millions d’euros HT : coût du projet de construction (soit 3 044 euros du mètre carré)
- 29 % de subventions : État, région Normandie, Fondation pour le logement (ex-Fondation Abbé Pierre), Agirc-Arrco
- 28 % d'emprunts auprès de la Banque des Territoires
- 43 % de fonds propres de la Foncière Chênelet
- 56 % d'heures d'insertion réalisées pour le chantier de construction (10 300 heures sur un volume total de 18 328 heures)
Commune de Flocques
Nombre d'habitants :
Eddie Facque
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